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"Le Sang des Rois" : L'histoire
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"Le Sang des Rois" : L'histoire
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Jess
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
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Je me relève peu à peu. Lorsque je fais face au plastron, le métal poli me renvoie une image que je n'attendais pas : celle d'un être à fourrure, au museau proéminent, aux oreilles dressées. Je ne suis plus un vampire, je suis un lycan.


Je prends peur soudain de décevoir mon roi. A voir ce que je suis devenu il va se détourner de moi, me mépriser ou me tuer. Mais lorsque je me suis totalement redressé et que je lui fais face, je vois la tendresse sur son visage. Il est calme et serein, pose une main amicale sur mon épaule.


« Il est temps, ami ».


Mon coeur déborde de joie. Mon roi est là de nouveau, il ne m'avait pas abandonné, et à nouveau il va guider mes pas. Fini le chaos, fini l'errance, le chemin s'éclaire enfin !


Ma joie s'assombrit soudain lorsque je découvre derrière mon roi deux démons mineurs aux grandes ailes de jais. Puis à ma grande stupeur lui aussi déploie deux grandes ailes majestueuses, et s'envole avec eux en me faisant signe de les suivre.


Avec dégoût, je me mets à quatre pattes en tente de courir derrière-eux, mais quelque chose pèse sur mon dos et m'écrase ventre-à-terre. Je lève le museau et vois une humaine juchée sur mon échine, enserrant mes côtes de ses jambes, étriquant mon cou de ses bras. C'est douloureux, je rue pour tenter de la désarçonner mais elle s'accroche et me secoue d'autant plus... j'ouvre une oeil...
Jeu 6 Jan - 13:22 (2011)
Taïla
L'Encre des Rois

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Inscrit le: 02 Jan 2011
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J'arrive enfin à l'auberge. La lassitude se fait de plus en plus sentir. J'ai besoin de faire le vide. Mais comment ? Le décor végétal des lieux m'apaise quelque peu, mais pas suffisamment à mon goût.


Je monte l'escalier jusqu'à la chambre dans laquelle j'entre silencieusement. Jess dort toujours, mais son visage est moins serein. Je m'assois au bord du lit, n'osant pas le réveiller. Pour passer le temps, j'observe de nouveau la chambre.


La moquette figure un tapis de feuilles vertes et orangées. Je vois que les nervures sur les meubles sont particulièrement ouvragées. Elles ne sont pas totalement naturelles, mais ne dépareraient pas dans un paysage de verdure. En effet, du sol partent les pieds des meubles. « Tiges » serait le terme adéquat. Ces tiges se torsadent pour atteindre le niveau bas de chaque meuble. De là, elles se séparent pour courir le long de ceux-ci, le long de leurs arêtes, autour de leurs tiroirs dont la surface reprend le même thème.


N’y résistant pas, je me lève pour effleurer la commode. De plus près, je m’aperçois que parmi les tiges se déploie un enchevêtrement délicat de feuilles et de fleurs. Enchevêtrement pensé et réalisé avec le plus grand soin. Du grand art. C’est une véritable dentelle sculpturale qui court ainsi sous ma main. Contrairement aux apparences, la texture du bois est d’une douceur incomparable. Le premier terme qui me vient à l’esprit pour qualifier le père de cette œuvre serait « tisseur de bois ». Un sculpteur, même choisi parmi les meilleurs, n’aurait jamais pu réalisé une œuvre d’une telle beauté et d’un tel réalisme.


Je continue de promener mon regard impatient dans la chambre, m'attardant sur le moindre détail quand soudain, Jess s'agite, puis se calme. Je sens que quelque chose ne va pas. Il a l'air tendu, crispe ses poings. Ignorant la réaction qu'il pourrait avoir, je ne sais quel comportement adopter. Je me dirige doucement vers lui et tend une main hésitante vers son épaule :
« Jess… »


Il est alors pris de violents spasmes. Je ne sais pas quoi faire. Il faut que je le réveille et je finis par le prendre par les épaules pour le secouer de toutes mes forces.


Il ouvre un œil dont la pupille est orangée. J’y vois de l’agressivité, de la sauvagerie, une sorte d’instinct animal. Canines retroussées, il commence à se redresser. Je fais un bond en arrière et attrape une lampe. Je tremble de la tête aux pieds. Malgré tout, je me tiens prête à frapper.
Jeu 6 Jan - 13:22 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

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Inscrit le: 03 Jan 2011
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Je prends mes quartiers, confortables. Un superbe lit trône au milieu de la pièce, et m'appelle.
La décoration par contre est totalement hétérogène. Papier peint pseudo-néo-rococo, mobilier Louis -Philippe, bibliothèque où les grands auteurs en côtoient d'autres que je ne connais pas, contemporains semble-t-il. J'en extrait un au hasard : Amélie Nothomb, Attentat. On verra bien.


Le clou de la décoration se situe sur les murs : là un Modigliani, ici un Degas, une pâle imitation de Gauguin, un mauvais Renoir, un Dali, vrai celui-là... et au sol une tapisserie de Kandinsky. Un véritable patchwork d'oeuvres d'art, où vrais et faux cohabitent en toute insouciance. Je réprouve un frisson d'indignation. Il va falloir que je donne quelques cours d'histoire de l'art à ce jeune homme, et que je lui explique les fondamentaux de la décoration et des arts plastiques... de l'oenologie également.


Le vin qu'il ma servi était vraiment excellent. Châteauneuf-du-pape 1969. Un grand classique pour les amateurs. Long en bouche, chaleureux, il a largement contribué à détendre l'atmosphère, et m'a rendu disert. Peutêtre un peu trop, mais tant pis après tout. Je peux bien baisser un peu mes défenses de temps en temps. Ezekiel doit me prendre pour un vieil aigri rabat-joie, et il n'a pas tord.


Il me surprend de plus en plus. J'apprécie la fraîcheur de son humour, même si je n'en laisse rien paraître, ainsi que sa candeur et son énergie. Sous ses airs de jeune paltoquet se cache un potentiel débordant, et je suis sûr qu'il se bonifiera avec le temps. Oui, je décide que je l'aime bien.


Comme je n'arrive pas à dormir, je retourne voir la fille ligotée sur le sofa. J'approche mon visage très près du sien. Il est toujours figé en un masque haineux. Pas de repos pour elle. Je titille du bout des doigts les méridiens de l'éveil : elle émet un râle, ouvre deux yeux embrûmés, me vois et tente de me cracher au visage. Elle ne parvient qu'à se baver dessus. Très doucement je lui murmure :


«Je n'ai aucun sentiment pour toi. Ta mort m'importe peu, ta souffrance encore moins. Je peux te torturer des jours durant sans me lasser. Alors...»


Je ne termine pas ma phrase : la fille est à nouveau évanouie. Les sédatifs ont un effet trop puissant. Tant pis, je laisserai Ezekiel l'interroger demain, avec ses méthodes plus... douces. Et plus longues.


Je retourne à ma chambre, et me mets au lit, curieux de savoir si les auteurs contemporains sont aussi passionnants que ceux de mon époque.


«La première fois que je me vis dans un miroir, je ris...
Jeu 6 Jan - 13:23 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Inscrit le: 02 Jan 2011
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Encore ces foutus cauchemars... mais cette fois ils ont une cause : mon repas d'hier soir. Je tente de me lever, mais mes jambes ne me portent pas. Je m'écroule sur la moquette épaisse, tremblant et fébrile.


J'ai une fièvre de cheval, mon corps doit atteindre au moins les 26° (ce qui est énorme pour un vampire). J'ai eu les yeux plus gros que le ventre en buvant le sang de l'animal hier, et j'ai dû m'inoculer sa maladie. Mon métabolisme va en venir à bout, mais pour le moment la lutte intérieure fait rage et je ne dois pas être beau à voir.


Les hallucinations de mon rêve sont toujours là, fantômes tournant dans la pièce, démons, elfes noirs, vampires, chimères, lycans, spectres, et au milieu d'eux, à peine plus tangible et moins mobile, une humaine au bras levé, prête à me frapper. Je tente de tous les chasser de mes bras, griffe l'air en vain, monopolisant le peu d'énergie à ma disposition. Cet effort survampirique a pour effet de me provoquer un haut le coeur, je vomis dans un spasme quelques litres de sang. Cela m'a un peu soulagé, et je me rallonge sur le flanc, les yeux clos et le souffle court.


Les personnages de ma Comedia Del Arte ont disparu, excepté l'humaine. Je me souviens maintenant. Taïla.
Jeu 6 Jan - 13:23 (2011)
Taïla
L'Encre des Rois

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Inscrit le: 02 Jan 2011
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Jess s’effondre aussitôt et lutte avec le vide. Il se débat contre des monstres invisibles. Quelque chose ne va pas chez lui. Et si ma présence réveillait son instinct ? Tout un tas de données sur les vampires me passent par la tête afin que je puisse me défendre de lui. La seule disponible est la lumière. Je décide d’allumer la lampe, mais c’est sans effet. Je m’apprête à frapper, et stoppe mon geste. Il semble à bout de force. Les vampires peuvent-ils être malades ?


La réponse vient aussitôt, mais me provoque un haut-le-cœur. Je porte une main à ma bouche, tandis que de l’autre je brandis toujours la lampe. Je ferme les yeux le temps de prendre quelques longues inspirations. De quoi tenir pour la suite, je l’espère. Je le regarde allongé à même le sol. Ma peur laisse alors place au désarroi et à la compassion. Dans son état, il ne peut pas être une menace.


Essoufflé par cette crise, il semble plus calme. Je m’agenouille près de lui, pose la lampe qui ne m’est plus d’aucune utilité. J’effleure son front. Il est glacé. Pourtant, il est en nage. Je vais chercher un linge que j’humidifie pour éponger son visage. Peu à peu, sa respiration revient à la normale. Malgré ces yeux clos, je sais qu’il ne dort pas.


« Jess, que t’arrive-t-il ? Tu es… glacé… Je sais ce que tu es… ce que disent les légendes… mais tu es si froid… Je ne sais pas si c’est normal… »


Je réfléchis à ce que je sais des vampires. Je regarde autour de moi, pas d’ail, pas d’eau bénite. C’est à ce moment que j’aperçois un crucifix au-dessus de la porte. Et si c’était ça qui le rendait malade ? Il faut que j’enlève ce truc. Je cherche un moyen de le décrocher. Rien dans la chambre. Je finis par trouver un balai dans le couloir et par faire tomber le crucifix avec. C’est bien beau, mais que puis-je en faire ? Le crucifix à la main, je traverse le couloir en espérant que personne ne remarque mon manège. Je le cache dans un pot de fleurs et retourne dans la chambre.


L’éloignement du crucifix ne semble pas avoir amélioré l’état de mon compagnon de route. Je me rapproche de lui. Le sang qu’il a recraché est encore humide, si épais, que la moquette ne semble pas l’absorber. La flaque s’élargit doucement telle une coulée de lave. Je réprime un nouveau frisson à la vision de ce liquide rougeâtre. Je l’enjambe et m’assois à ses côtés et humecte de nouveau son visage. Pourquoi est-ce que je m’inquiète ainsi pour lui ? Après tout il n’est qu’un inconnu et pourtant…


« Jess... réponds-moi… »
Jeu 6 Jan - 13:23 (2011)
Jess
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Je me sens vide. Je sais que le plus dur est passé, et je goûte ce retour au calme comme le marin après la tempête.


" Ca va, ne t'inquiète pas. Une petite indigestion, rien de grave. Je me sens déjà mieux". dis-je dans un souffle que je veux rassurant. Mon haleine doit empester le sang caillé. Pas terrible pour un vampire, mais alors pour une humaine !


A travers mes cils je n'ai rien perdu de son manège : après avoir reposé la lampe, une superbe pièce en verre soufflé dans le plus pur style de maître Gallé de l'école de Nancy, elle a évacué le crucifix suspendu au-dessus de la porte. Geste dérisoire qui me fait sourire... ah ! les humains avec leurs idées reçues sur les vampires ! Je crois qu'il est grand temps que j'éclaire un peu ses lanternes sur quelques points concernant ceux de ma race.


Je commence par dégager le linge humide et chaud qu'elle a gentiment posé sur mon front.


« Il me faut de l'eau fraîche. Je dois te paraître glacé, mais pour un vampire j'ai de la fièvre. Il faut donc que je commence par faire baisser la température de mon corps ».


Elle s'exécute, et reviens avec le linge imbibé d'eau fraîche cette fois. J'apprécie sincèrement sa sollicitude.


« Ecoute Taïla, il me faut quelques heures de repos pour assimiler et vaincre le virus qui me rend malade. Je vais en profiter pour te livrer quelques informations sur les vampires, afin de t'aider à mieux nous comprendre.


Les humains ont beaucoup d'a priori sur nous, venant d'une méconnaissance du monde qui les entoure. Vous autres humains êtes pour la plupart orgueilleux, égocentriques et psychorigides, exubérants et grossiers. Je ne dis pas ça pour te froisser, mais simplement pour expliquer pourquoi vous vous croyez seuls au monde. Vous n'avez conscience que des végétaux et animaux, qui n'existent que pour vous servir ou vous nourrir. Vous vous croyez au-dessus d'eux, au sommet de la chaîne alimentaire et du savoir, le prédateur et sage ultime. Hélas...


La réalité est plus vaste que cela, et j'en suis l'introduction. De nombreuses autres races, anthropoïdes pour la majorité, existent sans que vous en ayez réellement conscience. C'est le cas des vampires, des lycans, des démons, des anges, et cetera. T'en dresser la liste serait trop long. Tous partagent un point commun : la discrétion et, quelque part, l'humilité.


Il arrive que vous perceviez notre présence de manière fugace. Lorsque c'est le cas, c'est la peur que nous amenons. Nous sommes le reflet de vos terreurs ancestrales, celles de ne pas être ce prédateur ou ce sage ultime, mais un simple chaînon à l'instar de la vache ou du poulet. Alors vous nous fantasmez, nous rangeant dans un placard étiqueté "mythes et légendes", "créatures du mal", et vous vous placez sous la protection d'un Dieu juste et bon qui, si il ne peut préserver votre corps, sauvera au moins votre âme.


Il arrive également que vous perceviez réellement notre présence. Dans ces cas là il est déjà trop tard, et vous n'avez plus qu'à prier votre Dieu pour qu'il remplisse le rôle que vous lui avez assigné. Seuls quelques rares humains vivent dans la connaissance, et ont suffisamment de sagesse pour se taire.


Tu penses donc bien qu'un crucifix ou de l'eau bénite ont autant d'effet sur nous que la piqûre d'une abeille sur une armure. Pourquoi pas l'étoile de David ou le croissant de Lune alors ? C'est une vision chrétienne et réductrice du mythe du vampire ».


Parler me fatigue et m'assèche la bouche. J'ai besoin de faire une pause.


« Sans vouloir abuser, pourrais-tu m'amener un verre d'eau fraîche s'il-te-plaît ? ».
Jeu 6 Jan - 13:24 (2011)
Taïla
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
« … »
Je reste un moment interdite, le temps d’assimiler ses aveux. Je ne veux surtout pas lui montrer que je suis terrifiée, car au fond, ce qu’il m’apprend éveille ma curiosité et j’espère ainsi en apprendre plus sur lui.


Je me lève et me dirige vers la salle d'eau, emplit un verre d'eau fraîche en me demandant bien à quoi ça peut lui servir. Je prend un profonde inspiration avant de retourner à ses côtés. La flaque de sang a cessé de s’étendre et commence à sécher peu à peu. Elle noircit doucement. Je tends le verre à Jess qui le boit d’une traite sous mon regard étonné.
« … de l’eau ?! Tu peux… en boire ? »
Jeu 6 Jan - 13:24 (2011)
Jess
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Je me relève péniblement sur les coudes, prends le verre et le porte à mes lèvres. Je sens la fraîcheur se répandre dans mon corps. Combinée à celle du linge, ça me fait du bien. Ma température redescend doucement.

Je repose le verre vide sur la moquette à mes côtés, et reprend ma position allongée.

« Oui, je peux boire de l'eau. Du vin, également, du café, du thé... je peux aussi manger de la viande ou des fruits. En un mot, je peux manger tout comme toi. Tout comme toi aussi je préfère certains aliments à d'autres.

Il y a deux différence dans notre rapport à la nourriture : la première, c'est que notre sens du goût est plus développé que le vôtre. Nous percevons donc plus de saveurs, la longueur en bouche est supérieure et surtout nous percevons l'empreinte mnésique des aliments que nous consommons : par exemple pour un vin, nous pouvons voir le terroir où la vigne a poussé, le climat qui a gorgé le raisin et l'a fait mûrir, l'amour des hommes et des femmes qui l'ont cueilli et l'ont foulé du pied, les longues journées de vendanges harassantes sous un soleil de feu, et les soirées qui s'en suivent, pleines de fêtes et de festins...

Cette nourriture là est donc chargée d'émotions, et c'est bien là sa seule vertu. Nous mangeons comme vous par seul plaisir.

Car la seconde différence, et fondamentale, c'est que cette nourriture ne nous insuffle pas suffisamment d'énergie. Notre métabolisme étant très différent du vôtre, il nous faut bien plus que de la nourriture basique et issue de végétaux ou animaux morts pour pouvoir exploiter nos pouvoirs physiques et psychiques terriblement gourmands en énergie. Il nous faut une nourriture puissante, vivante, un flot de vie : c'est le sang. Seul le sang nous permet d'exister pleinement.

Tu imagines donc la gifle émotionnelle lorsque l'empreinte mnésique de notre proie se déverse en nous. Avec son sang c'est son énergie, ses émotions, ses souvenirs, ses pensées les plus intimes que nous lui prenons. Oui, on peut vraiment dire qu'on lui prend la vie, dans sa totalié ».

J'ouvre les yeux et fixe Taïla. Quand j'utilise le mot "proie", c'est d'elle que je parle. Des humains, comme elle. Je n'ai pas l'habitude de les aborder avec tant de proximité, et de leur révéler ce genre d'éléments. En général mes rapports avec eux sont soit nutritifs soit strictement pragmatiques. J'ai quelque remords d'avoir été si cru et direct.  
Jeu 6 Jan - 13:25 (2011)
Taïla
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Au mot « proie », je frémis et sans le vouloir, rapproche ma main de la lampe. Mon cœur bat à tout rompre. J’avais presque oublier ce que je pouvais représenter pour lui : un repas, ni plus ni moins. Il me fixe de son regard bleu acier et une certaine gêne s’installe entre nous. Il semble désolé d’avoir parlé si abruptement, mais c’est aussi bien. Après tout, mieux vaut connaître la potentialité de ce qui m’attend. La peur est revenue, les frissons avec. Je cherche une raison de m’éloigner un peu de lui.

« J’ai faim… Je… Tu veux quelque chose ? »

Je n’attends même pas sa réponse et me lève d’un bond, surprise que mes jambes me tiennent debout. Je me dirige vers le téléphone, de l’autre côté de la chambre. Il est minuscule et reprend la couleur bleutée des couvertures du lit et du fauteuil. Je jette un coup d’oeil vers Jess qui n’a pas bougé et voit la tâche de sang. Si le service voit ça… Je leur demande donc de laisser ma commande à la porte.

Une fois le téléphone raccroché, un silence pesant s’installe. Je regarde Jess. Il a de nouveau les yeux clos et, une nouvelle fois, me paraît inoffensif. Je ne saurais pas expliquer cette confiance que je lui porte, mais me sens ridicule de l’avoir craint ainsi. En même temps il reste un inconnu. Indécise, je m’assois au bord de lit, attendant le service d’étage.


« La lampe… elle n’a… rien fait…
Et… d'où venez-vous ? Nous... les humains... on naît au bout de neuf mois... Comment... ? »

Toutes mes idées se bousculent et je suis incapable de formuler mes question plus clairement. Je pense qu’il saisi le sens de mes questions puisqu’il répond aussitôt.
Jeu 6 Jan - 13:26 (2011)
Dëss
L'Encre des Rois

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Localisation: Les Enfers

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Je repense encore à quelques temps plus tôt, encore dans la grotte, une visite inattendue… Ce duo, plus près du couple, qu'autres choses, qui se présente devant nous alors que la dernière fois que nous nous somme vu, chacun de nous avait essayé de toutes ses forces de tuer les deux autres. Mes ressentis à leurs égards n’ont pas changés d’un iota. Par contre, Saend a côtoyée la princesse pendant mon... "absence". Bref, ils se présentent devant nous, et vu leur côté feignant, il doit y avoir anguille sous roche, ils ne se seraient jamais déplacés eux-mêmes s’ils ne devaient pas se passer quelque chose d'extrêmement important.
Non mais c'est pas vrai?! Premièrement ces monstres aux bras surdimensionnés sont bien plus nombreux que je ne le pensais, et forme une armée, mais de plus je dois libérer le Roi des vampires?! Et puis quoi encore?!
Me voila face à un dilemme, sauver les mortels, les autres, et faire une bonne action, ce qui me répugne déjà au plus haut point, mais de plus, et c‘est de loin le problème, libérer cet homme. Celui la même que je n'ai pu tuer, celui que j'ai du enfermer, celui dont la puissance m'a forcé à sacrifier mon nom, mes racines et même une partie de mon âme. Ou alors, laissez cette chose dans son sommeil, et essayer de survivre avec mes propres moyens sachant que ces monstres vont être de plus en plus nombreux... Ce n'est pas un choix, je suis obligé, mon être lui-même refuse d’obéir. Je suis forcé à agir contre mes principes, mais je ne suis pas encore sûr de ce que je vais faire, j‘improviserai sur le moment. Et même si je n’ai pas encore bien définit mes intentions, je pense que si je le libère, de nombreux combats s’offriront a moi, des combats comme je n’en ai pas eu depuis bien longtemps. Saend me précède dans le passage que nous avons à notre disposition. Durant les quelques minutes qui me séparent de lui, je sors de l'eau ou je baignais encore, je m'habille, et avance vers le vortex. Je passe. Je dois attendre deux ou trois secondes avant de tomber sur la terre ferme. Je jette un rapide coup d'œil, et comme à son habitude, la princesse joue l'enfant, et Saend supporte ses gamineries. Le temps avance toujours inexorablement, et je dois me décider. Saend utilise ses dons pour désactiver la première porte. En 700 ans, il n'a pas perdu la main, sa magie est toujours aussi surprenante : il a réussi à briser un sceau qui a tenu plusieurs siècles en a peine une heure. Même si son enveloppe corporelle n'est pas très résistante, il peut faire preuve d'une grande force.
Je n'ai pas fait mon choix, mais si Saend a ouvert la première porte, il y a une raison, et je lui fais confiance. Peut être à tord. Je m'avance dans la salle que la première porte à libérer. Des ombres d'un coin à l'autre de la pièce se bousculent, je sens des regards sur moi, et bien sûr je suis le seul de la troupe à être entrer. En un éclair la présence que j'ai ressentit de dissipe, comme si elle n'avait jamais existé, et que cela n'avais été qu'un mauvais rêve.
Devant moi se dresse une immense façade en bois, recouverte de lierre dont les feuilles se rapprochent plus du violet que du vert. J’arrache celles qui sont à ma portée, je pose ma main sur la porte, je sens le contact du bois nourris du temps qui passe, empli du silence des longues années passées, et pourris de l’être malfaisant qui repose ici.
« Restez loin, n'approchez pas ».
Mes mots résonnent encore dans la pièce que je lance une décharge d'énergie contre la porte. Le bois éclate en morceaux qui volent d'un bout à l'autre. Le seul sort qu'il y avait sur cette porte a disparu il y a longtemps, et le seul obstacle qui se présentait à nous était cette vulgaire planche. Par contre, je sens d'ici la barrière que notre prochain obstacle possède. Celui-là est de taille, il ne laissera passer personne. L'unique moyen de passer, est à l'aide d'une clef. Et elle n'est pas des moindres. Cette clef c'est mon sang. En y réfléchissant un peu, utiliser son sang n’est pas très ingénieux, mais c’est l’unique moyen que j’ai de savoir exactement qui peut ouvrir cette porte. Et les personnes qui en sont capables sont très restreintes, car il faut connaître l’existence de cette porte, savoir quelle est la clef, et le plus dur, me prendre du sang ... Et rester en vie.
En dessous du lierre, une porte, également en bois, tout du moins en apparence. Rien que de sentir l’aura quelle dégage, une nostalgie prend possession de mon corps, celle du sang, du massacre, du carnage, de la seconde ou la proie voit son bourreau…
Une simple tentative de connexion télépathique que je reconnaîs sans même y penser, et je reprend mes esprits, je retourne au moment présent et suis à nouveau devant ce mur, si merveilleux de par sa si simple construction mais également grâce à sa si fascinante utilité. Oui, la mort est simple. Un contact avec cette porte, et une impulsion électrique longe le corps jusqu’au cœur, puis stoppe les battements. C’est simple, mais cela marche à tous les coups, car même une créature de la nuit à besoin d’un cœur qui bat. Il reste les quelques créatures qui peuvent vivre sans cœur, et pour cela, il me suffit de les tuer. Cela m’a valu de nombreux duels très sanglants. Il faut vraiment que j’arrête de repenser au passé, ce n’est pas très utile au vu de ce que je suis en train de faire.
Je me mord la main à pleine dents, le sang dont l’odeur excite mes papilles va me permettre de passer, je fouette l’air de ma main ensanglantée et envoie sur la porte quelques gouttes rouges. Dès la première seconde où le liquide touche le bois, une impulsion provoque une bourrasque d’air qui soulève mes cheveux et ceux de mes trois compères improvisés qui m’observent. Le bois de la porte se désagrège en des millions de grains de poussière qui volent et disparaissent aux bouts de quelques mètres dans les airs. L’air qui emplit la pièce maintenant vient de la dernière salle, il est hanté, il n’est pas normal, il est lourd, malsain. Rien que de le respirer, je me sens mal à l’aise, comme si j’aspirais un air empoisonné, qui me remplit le corps d’un mal énorme. Ma peau se refroidit, je ressens encore cette présence, ce regard posé sur moi, j’ai l’impression qu’une main vient de me frôler l’épaule, je me retourne rapidement et observe Saend, le Dauphin et la princesse le regard posé sur moi, intéressés, intrigués et en totale interrogation. Quelqu’un essaie de me faire peur, rien qu’à cette pensée, je souris, cela me donne même envie de rire aux éclats. Malheureusement je suis dans une situation où je ne peux pas me le permettre…
L’atmosphère de ce tombeau est intéressante. Il n’y a aucun signe de vie quel qu’il soit ici. Le seul et unique objet est un cercueil en merisier, planté au centre. Le cercueil possède une poignée dorée. Je m’avance d’une dizaine de pas en direction de la boite de conserve, et enlève le couvercle du bout des doigts. Un corps séché s’offre à ma vue, la peau est grise, collée aux os, les cheveux sont raides, presque blanc, les yeux rouges sang sont recroquevillés à l’intérieure des orbites. Le visage est sans vie. Il porte une armure rouillée, des pieds à la tête, composée de plusieurs parties métalliques. A la droite de ses jambes, une épée à deux mains est posée, elle est également recouverte de rouille. A sa gauche, un écu de grande taille. Je revois dans ma tête les derniers moments que j’ai passé dans cette pièce, 700 ans plus tôt, des images défilent dans ma tête : le Roi, dans un profond sommeil, que je dépose ici, avec ses armes et ce sentiment de victoire. Mais tout cela est bien fini, puisse-t-il penser comme moi. Je tend mon bras droit vers sa tête, le silence prend une place importante et me laisse commencer mon incantation. Au bout de plusieurs longues secondes, l’air de la pièce est aspiré vers le corps inanimé, mon être tout entier est bousculé, et je sens mes yeux se fermer, mon attention diminue, et la dernière chose que je ressens est le contact du sol sur mon dos.
Je sais que je rêve, que je ne suis pas éveillé. Et pourtant cela parait si vrai, lui, qui me parle sans méchanceté, calmement. Mais ses paroles ne m’atteignent pas. Je ne l’entend pas, puis il sourit et son rire qui ferait glacer le sang à plus d’un retentit dans tout mon être.
Je me réveille en sursaut, en sueur au milieu de la chambre de réclusion du roi. Saend est en face de moi. Il me regarde, comme si j’avais une explication à lui donner. Je me sens bizarre, et ai l’impression de ne pas être a ma place. Je fais seulement deux mètres debout et je vomis les restes d’un de mes vieux repas. Je m’assois contre un des murs. Je suis seul, avec Saend, il n’y a personne d’autre. Mais où sont-il ?! Sa voix résonne comme si j’avais bu comme quatre la veille.


« Ils sont partis ».
Jeu 6 Jan - 13:26 (2011)
Ezeckhiel
L'Encre des Rois

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Inscrit le: 03 Jan 2011
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Quelques rayons de soleil me réveillent aux environs de midi, et me forcent alors à me lever.


Encore quelque peu fatigué, mais content des progrès que j'ai fait avec Urdaan, je souris quelques instants, et efface mon sourire très rapidement, en pensant à ma journée. Elle va commencer par un interrogatoire, et je vais devoir réussir à faire mes preuves devant lui. Dès le lever... on fera avec.


J'enfile quelques habits, me débarbouille, et vais dans mon salon pour y retrouver Zillah.
Passant devant la chambre où il dormait, je cherche mon invité, qui semble être plus matinal que moi. Je jette un coup d'oeil rapide, et trouve une chambre impeccable. A-t-il vraiment dormi, ou...? Un seul détail attire mon attention: un livre est manquant dans l'armoire. Mon invité aime donc la lecture...


Je le retrouve dans le salon, à surveiller Zillah, assis sur une chaise en lisant un Nothomb, un verre de sang posé devant lui.
J'aurais peut-être dû lire les bouquins de ma bibliothèque... J'aurai eu un sujet de conversation.
Je lui lance un bonjour énergique, auquel il me répond de la même façon, avant de s'empresser de s'excuser pour le livre et les libertés qu'il a prises.
« Pardon ?
- Le livre, la chaise, le verre de sang... ».
Je le coupe, ne jugeant pas utile qu'il continue.
« Il y a AUCUN problème. Faut bien la surveiller, maintenant qu'elle est réveillée. C'est moi qui te remercie! ».


Mon grand sourire semble apaiser sa conscience. Je ne comprends pas la gêne qu'il ressent de s'être levé et servi un verre de sang...
Il me sourit à son tour, et me demande si je désire commencer l'interrogatoire maintenant. Ne pouvant de toute façon pas repousser l'échéance indéfiniment, je répond par la positive, et me tourne vers notre prisonnière.
« J'ai une bonne nouvelle! Tu vas venir visiter mon labo. »
Le regard meurtrier qu'elle me jette ne m'impressionne aucunement. Le moindre de ses mouvements pourrait lui être fatal, et elle le sait. Ainsi, je libère son bras "normal", et l'attache dans le dos à son autre bras, que je détache alors de sa cheville.
« Tu vas pouvoir te dégourdir les jambes quelques instants. C'est tout de suite à gauche en sortant ! », lui dis-je ironiquement en l'accompagnant.
Son bras titanesque et menaçant tentant mollement de se défaire de ses liens, je l'attrape à la nuque.
« Tu n'as aucune chance. Ne m'y oblige pas... »


Docile, elle recommence à avancer jusqu'à la table d'opération située au fond de mon laboratoire. Avec l'aide d'Urdaan, je l'y positionne, et lui explique les règles du jeu.
« Il y a trois règles que tu ne dois pas oublier. Premièrement, nous sommes deux. Deuxièmement, tu es seule. Troisièmement, le moindre de tes mouvements peut te coûter la vie ».
Je me délecte de cet instant où je ne suis pas moi, où je joue un rôle d'interrogateur sadique et ironique. Le sourire d'Urdaan semble me dire qu'il apprécie aussi.
« On va commencer simple. Comme tu peux le voir, ce laboratoire est rempli de plein de trucs chimiques auxquels tu dois n'y rien comprendre, et je ne t'en tiendrais pas rigueur. J'ai ici de quoi te faire souffrir pour le reste de ta vie avec quelques mélanges simples. J'ai aussi de quoi fabriquer en quelques minutes un sérum de vérité.
Et, si on veut réellement être sadique dans nos méthodes, j'ai ici Urdaan, l'être le plus machiavélique que je connaisse. Fais ton choix... »


Les réactions successives d'Urdaan et de Zillah ont un effet réellement comique. Urdaan ne semble pas savoir s'il apprécie ou non la présentation que je fais de lui à Zillah, qui se tourne alors vers lui avec un regard interrogateur.
Lui, voulant rester crédible, prend alors un scalpel sur une table d'opération, et se pique le doigt avec, tout ça avec la tête d'un violeur psychopathe sadique.


Tordant.


« On va faire simple, petit con. Tu me détaches, je te bute, toi et ton pote le mongole, et je vous pisse dessus avant de vous donner à bouffer aux serviteurs de mon maître. Ca te vas, raclure de chiottes ? »


Il semble qu'elle n'ait pas bien interprété mes propos. Et quel langage....Un vocabulaire que je ne lui connais pas. Il faut garder à l'esprit que ce n'est plus la même...


« Pour qui te bats-tu ?
- Va crever, en*ulé de fils de p*te ».
Elle accompagne ses paroles avec quelques crachats que je peine quelque peu à éviter.
Urdaan, amusé, me regarde sans rien dire.
« Bien, je n'ai plus qu'à utiliser la manière forte. Je dois avoir quelques potions qui feront leurs effets, quelque part par là ».


Au hasard, j'attrape une fiole sur une étagère, remplie de... pus de rat. Avec un sourire sadique, j'en vide le contenu dans la bouche de ma prisonnière, avec un dégoût dissimulé. Ca me fait presque mal de l'obliger à manger ça...


« Pour qui travailles-tu ?
- J'ai pas de maître, petite b*te! Et t'es qui pour me prendre à la légère comme ça ?! Va te faire mettre, sale petit c*nnard ! »


Bien, un premier pas. Elle répond...
Elle ment, mais elle répond.


« Ezekiel, pour te servir. Tu ne te souviens pas de moi ? »
Son sourire insolent disparaît, et elle semble réfléchir quelques minutes.
« C'est toi l'espèce de... celui d'il y a quarante ans ?!
- Lui-même.
- Et bah vu comme t'es moche, j'ai eu bien raison de j'ter, sale thon eh ! ».
Son attaque m'amuse. Une vraie gamine...
« Venant d'une femme au bras hypertrophié, et dont la tête dégoûterait un bulldog, je prends ça pour un compliment... »
Paf! Dans les dents.
Je crois...
« TA GUE*LE ESPECE DE P'TIT... »
BAM!
Je lui assène un coup sur la tête afin qu'elle ferme sa "grande bouche".
Croit-elle pouvoir arriver à bout de mes nerfs, ou est-elle simplement devenue stupide ?


« On continue. Pour qui est-ce que...
- T'es moche et t'es VIOLENT en plus, espèce de gros c*nnard! J'AI BIEN FAIT D'TE LARGUER! J'T'AI JAMAIS AIMÉ! D'TOUTE FACON T'ES QU'UN...
- Encore une insulte à mon égard et le seul bras qu'il te reste finit dans ton estomac. En y entrant par la sortie.
- Tu me touches, je t’éclate, bouffon! ».


Son agressivité est anormale. Pourquoi tant de haine ?
« Tu l'aura voulu. Urdaan ? Scalpel, s'il te plaît. Tranches lui une phalange... ».
Urdaan, ne sachant pas si je suis sérieux, marque un temps d'arrêt.
« Tu...Maintenant ?
- Non, tu as raison. Attends encore un peu. Elle est déjà assez déformée, soyons patient.
- Tafiole!
- Vas-y.


Urdaan s'exécute alors, et lui coupe une phalange du petit doigt. J'ai, de toutes façon, de quoi le faire repousser. Un mélange bien de moi qui accélère la régénération cellulaire. Et rien à voir avec les portables...


Les effets du vin d'hier soir semblent ne pas s'être estompés totalement...Un grand vin.


« J'ai même pas mal, espèce de grose t*rlouse!
- Ca va venir, ne t'inquiètes pas. Bon, tu réponds, ou...? ».
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase. Un crachat noirâtre vient m'atterrir dans la bouche. A une certaine période, j'aurai pu en apprécier le goût....mais sa salive même a un goût d'Haine et d'amertume. Sans compter le goût du pus de rat.
Immonde...
Sa violence masculine me dégoûte. Elle était pourtant si douce et si calme...
« Ta violence sert à rien ici. T'as oublié les règles ?
- J'suis seule, vous êtes deux, et le moindre de mes mouvements peut me coûter la vie. Tu me prends pour qui ?! ».
Et merde...Elle est maligne. Ca, ça n'a pas changé...


« Pourquoi est-ce que t'es aussi haineuse ?
- Ca t'regarde pas, dugland. Va crever ».
Son ton semble s'adoucir.
« Fils de p*te... ».


Ou pas...Sa haine est omniprésente, et je ne comprends pas d'où elle viens. Elle ne peut pas avoir changé comme ça, du jour au lendemain...
C'est quelque chose qu'il va falloir que j'éclaircisse.
Mais pour le moment, une pause s'impose...
« Urdaan, un verre de sang, ça te dis ? ».
Jeu 6 Jan - 13:27 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Je compatis à la confusion de Taïla. Il est vrai que mes dernières révélations doivent être difficiles à digérer. D'une manière générale, les évènements qui se sont déroulés ces dernières semaines ont bouleversé sa vie et sa vision du monde de manière irrémédiable. J'ai confiance en sa jeunesse et sa qualité de fille de marin : la maléabilité de son esprit et sa capacité d'adaptation l'aideront à passer ce cap sans boussole.

Il est trop tard désormais, impossible de faire machine arrière. Elle en sait beaucoup, trop peut-être, et un jour je devrais prendre une décision à son sujet. Mais ce n'est pas l'heure.

« Ce que je vais te révéler maintenant, seule une poignée d'humains y a été initiée. Je te laisse imaginer les implications que cela sous-entend. Mais de toute façon ça ne change rien, tu connais déjà trop d'éléments et il est bon, je pense, que tu aies une vue d'ensemble pour comprendre ce à quoi tu es mêlée.

Dans l'échelle de l'évolution, vampires et humains doivent avoir un lointain parent commun. Les deux espèces sont un jour apparues et séparées, et se sont développées en parallèle. Dans ta culture on peut comparer cela au rapport entre l'homme de Néanderthal et l'homo-sapiens.

A l'origine donc, un vampire naît vampire, de parents vampires. Ses pouvoirs sont immenses, basés sur l'exploitation de ressources psychiques inconnues des humains : télépathie, télékinésie lui permettant de communiquer à distance, voler, se déplacer rapidement, pour ne citer que quelques exemples. S'il a ces pouvoirs en lui à la naissance, il apprend à les maîtriser et les développe avec le temps.

On appelle ces vampires des «premiers-nés», par opposition aux vampires de deuxième génération que l'on nomme des «deux-fois-nés». Contrairement à un premier-né, un deux-fois-né n'est pas né vampire. Il est né humain, mais a été volontairement transformé en vampire par la morsure d'un premier-né.

Les différences sont nombreuses entre l'espèce pure originelle et l'espèce hybride. Il faut comprendre que le métabolisme de base d'un premier-né est celui d'un vampire, tandis que celui d'un deux-fois-né est celui d'un humain subissant une métamorphose. Selon les individus, cette mutation peut-être plus ou moins complète, influant sur ses pouvoirs et faiblesses, plus ou moins longue. Nul n'est capable de prévoir la rapidité d'évolution du processus, ni le moment où il s'arrête. Certains deux-fois-nés poursuivent encore leur transformation plusieurs siècles après leur deuxième naissance.

Je reviens quelque peu sur ce que je t'ai dit tout à l'heure quant à notre rapport à la nourriture : la description que je t'ai donnée ne concerne que les deux-fois-nés, parce que leur système digestif est humain. Il tolère donc la même nourriture. A contrario, un premier-né ne peut se nourrir que de sang, son système digestif n'étant pas capable de traiter d'autres aliments.

Les pouvoirs psychiques des deux-fois-nés sont bien inférieurs à ceux des premiers-nés. Le temps passant cependant, et le métabolisme poursuivant sa mutation, les pouvoirs se développent, s'affirment et se renforcent. Plus le temps passe, plus le deux-fois-né devient vampire au détriment de son humanité.

Un premier-né ne tolère pas la lumière. Il peut y être exposé sans risquer une mort instantanée, mais il s'affaiblit très vite et perd peu à peu ses pouvoirs, puis ses forces, et si l'exposition est trop violente ou trop prolongée, il peut y perdre la vie. A l'inverse, les cellules d'un deux-fois-né connaissent la lumière et il peut donc s'exposer plus généreusement sans s'épuiser. Mais encore une fois, plus le temps passe, plus il devient vampire et moins il supporte l'exposition.
Quant à ...»

Je suis interrompu par quelques coups frappés à la porte, et une voix masculine nous annonce :

«Groom service. Je vous amène le repas que vous avez commandé à la réception».  
Jeu 6 Jan - 13:28 (2011)
Urdaan
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
« Avec plaisir », et je prends le verre vide que j'avais laissé sur le guéridon.

La haine de cette femme est stupéfiante. Je ne connais pas l'histoire entre ces deux êtres, mais une rupture et même un comportement de mufle de la part d'Ezekiel, 40 ans plus tôt, ne peuvent expliquer cette puissance malsaine qui sourd de toute son âme. Il y a là quelque chose de surnaturel que je ne m'explique pas. Il faut que je sache.

Vif comme l'éclair, je perce un trou du bout d'un ongle dans l'artère humérale de notre prisonnière. Un fin jet de sang gicle aussitôt. J'ai toujours préféré le sang à la pression qu'en bouteille. Je ne prête attention ni à l'air ahuri d'Ezekiel, ni aux jurons de la fille, et incline mon verre pour recueillir le breuvage. Il est étrangement fluide et grumeleux, un peu trop sombre... je vais le regretter je le sens, mais il n'y a pas moyen plus efficace pour connaître la vérité. Les techniques d'Ezekiel sont trop douces et trop longues.

Je porte le verre à mes lèvres et bois deux longues gorgées. Le goût est âpre et amer. Je réprime un frisson et me force à déglutir...

Aussitôt je suis assailli d'émotions et m'effondre sous le coup de leur puissance. Je ressens sa haine comme une rouée de coups et loin, très loin, un chagrin, une souffrance infinie. Je ressens la peur, la torture, les cellules qui se transforment et se multiplient, les chairs qui se dilatent et l'esprit qu'on écrase.

Je me tords de douleur et de détresse. Qu'a-t-on fait à cette fille ? Une étincelle d'humanité continue à briller faiblement au fond d'elle et appelle à l'aide désespérément, mais son corps et son âme ne lui appartiennent plus.

Je la vois dans une cuve remplie de liquide, le corps nu transpercé d'un écheveau de tubes et de fils. Je vois à travers ses yeux des silhouettes passer devant moi, fantômes blancs déformés par le liquide et la souffrance, et je vois... je vois... un visage, horrible, momifié, qui me fixe d'un regard hypnotique, et le mal qu'il m'insuffle me pénètre jusqu'aux tréfonds de l'âme. Je le hais, lui, comme je hais mes congénères, je hais le monde, je hais la vie. Je me hais moi-même.

Il se passe alors une chose étrange : la douleur n'agit plus comme quelque chose qui me prive de forces, mais comme une source d'énergie qui alimente chacun de mes muscles et me galvanise. Riche de cette force nouvelle je me redresse d'un bond et saisit Ezekiel par le cou. Je le soulève de terre, prêt à lui arracher la tête. Je le hais lui aussi. J'entends à peine le ricanement de la fille derrière moi.
Jeu 6 Jan - 13:28 (2011)
Taïla
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Je me sens mal... très mal... Et le fait que mon estomac soit vide n'y est pas pour grand chose. J'avale difficilement ma salive, j'ai le souffle court. Je serre les poings pour ne pas trembler de peur.
Je secoue la tête. Il dit me révéler des choses que je ne devrais pas savoir sans aucun moyen d'être sûr que je n'en parle pas, hormis celui de me tuer ou de me transformer... Pourquoi je devrais le croire ?


«Groom service. Je vous amène le repas que vous avez commandé à la réception».


Jess s'est tu et j'avoue en être soulagée. Je ne suis plus aussi convaincue de vouloir qu’il m’en dise plus et ne suis pas sûre de le croire. J'attends que les bruits de pas s'éloignent dans le couloir. Je me lève, chancelante et me dirige vers la porte.
Je sors prendre le chariot et le ramène dans la chambre en me demandant bien lequel des deux fait avancer l'autre. Ma faim devient plus forte que ma peur. En 48 heures, je n'ai mangé que quelques biscuits et cette pizza est appétissante.


Jess semble vouloir me laisser manger en paix. Avant que je n’appelle, il a décliné mon offre de lui commander quelque chose. Après ses dernières révélations, s’il ne m’a pas menti, je peux en déduire qu'il a été humain avant... Né une fois humain, une fois vampire... « Né-deux-fois »... Ce qui expliquerait qu'il puisse manger et boire comme moi.


Je fais tout pour prendre mon temps afin de reculer l'instant où la conversation reprendra... et m'accorder quelques minutes de réflexion. Croire à l’impensable…. Je ne peux pas et pourtant un retour en arrière me force à reconnaître que ce qu’il dit est vrai. Il y a eu ces mutants dans le train, et cet homme… ce vampire…, Urdaan dont la sauvagerie n’était pas humaine… Et Lou… Puis la crise de Jess, ce sang sur la moquette… Je dois admettre les faits qui se sont déroulés sous mes yeux…


Cela signifie que je suis en danger. Il me l'a dit lui-même, je sais trop de choses. Il n'a donc pas beaucoup d'option. Me faire confiance, mais je reste une inconnue pour lui et à ses yeux cela doit représenter un trop gros risque. Me tuer ? Je lui jette un coup d'œil. Pourquoi ne l'aurait-il pas fait avant dans ce cas ? Et pourquoi ne pas le faire maintenant plutôt que de m'en révéler plus ? La dernière option est de me « transformer ». Un frisson me secoue... de peur... mais pas seulement, d'excitation aussi. Car sauf erreur de ma part et c'est peut-être le cas, vampire est synonyme d'immortalité. Je chasse rapidement cette pensée en pensant aux conséquences. L'alimentation pour commencer... Le sang... Et puis, vivre sans la seule personne qu'il me restait...


Mon père...


Il s’est sacrifié pour que je vive… Assise dans cette chambre, je n’ai pas l’impression que ma survie dépende de moi… Quoique… S’il me garde en vie, -et humaine-, c’est qu’il doit avoir de bonnes raisons de le faire. Je pense aux évènements de ces derniers jours. Le simple fait que je sois la fille du capitaine peut sans doute lui ouvrir des portes, mais c’est bien peu de choses… En revanche, avoir quelqu’un qui puisse être en contact avec les humains… ça doit être bien pratique pour un vampire… Je détiens des informations qu’il pourrait facilement me voler, mais il est plus simple pour lui que je prenne le renseignement dont il a besoin. Sans compter que s’il est traqué comme il me l’a fait comprendre, ça doit l’empêcher de se nourrir comme il le souhaite et il doit lui être difficile d’approcher de trop d’humains en même temps. Si c’est le cas, je pourrais facilement disparaître… Mais pour aller où ? Et puis, ce serait trahir mon père que de ne pas poursuivre ce qu’il a commencé. Et pour ça, si mon raisonnement est le bon, j’ai autant besoin de Jess que lui de moi.


J'achève de me restaurer et me sens plus calme après avoir pu réfléchir à la situation. Pour ce qui est de la question de mon devenir, seul Jess peut m’assurer que mon raisonnement est le bon :
« Tu comptes faire quoi de moi... ? …me transformer ? ».
Jeu 6 Jan - 13:28 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
J'esquisse un pâle sourire... nous y voilà. J'aurai préféré retarder l'échéance, mais Taïla est loin d'être stupide, elle sait que je vais devoir faire un choix.


« Te transformer ? Hélas... je n'ai pas ce pouvoir. Là encore il y a une différence fondamentale entre premiers nés et deux-fois nés. Seuls les premiers nés sont capables d'offrir la naissance vampirique. Don pour certains, calamité pour d'autres. Les deux-fois nés ne sont capables que de mordre et boire le sang, mais n'ont rien à offrir en échange. Et j'en suis un.


Donc quand bien même je voudrais acheter ton silence en te réduisant à l'état de vampire, je ne peux pas. Il faudrait pour cela l'assistance d'un premier né, or ils ne sont plus légion, et se cachent pour protéger les derniers représentants de leur espèce. Et puis il y a plus de chances qu'ils nous exécutent tous deux plutôt que d'accéder à ma requête ».


Son regard s'agrandit encore, mélange de peur pour les choix restants à ma disposition, et de curiosité quant à l'histoire que je lui raconte. Je poursuis sur ma lancée :


« Pour perpétuer la lignée pure, les premiers-nés doivent se reproduire entre eux. Un père premier-né et une mère premier-né pour un bébé premier-né. Les unions mixtes sont possibles et existent, mais ne donnent jamais que des bâtards ayant au mieux les caractéristiques des deux-fois nés.


Le taux de natalité est très faible chez le vampire premier-né. Tout le cycle de reproduction est minutieux, basé sur de nombreux paramètres qu'il serait trop complexe de t'expliquer en détail. Disons pour résumer qu'il s'appuie scrupuleusement sur le cycle lunaire, qu'il y a un moment bien particulier pour féconder la femme vampire, et que si tous les paramètres ne sont pas réunis, c'est l'échec et il faut attendre l'année suivante. Année lunaire j'entends, correspondant également au cycle de gestation, soit 354 jours.


Les naissances sont donc rares. Or il y a plusieurs siècles, des guerres inter-raciales firent rage et décimèrent les peuples. Si les autres espèces vivantes n'eurent pas trop de mal à repeupler leurs rangs, les vampires premier-nés ne réussirent pas à renouveler suffisamment leurs générations.


Autrefois, le peuple vampire n'était composé que de premier-nés. C'était un peuple dominant, petit en nombre mais grand en puissance, craint et respecté, orgueilleux et suffisant mais raffiné et combatif. Piégé par ces guerres, il fût relégué au rang de peuple décadent, vivant caché, obligé de passer outre ses codes éthiques pour regonfler artificiellement ses rangs en créant des légions de deux-fois nés, moins forts et moins combatifs, à l'inceste et à la consaguinité pour perpétuer la lignée des premier-nés ».


Je crois que le cerveau de Taïla va exploser, saturé par toutes les informations qu'elle doit emmagasiner. Je décide de m'en tenir là pour l'instant, et de lui parler du reste plus tard, si elle en fait la demande.


« Mais je m'égare. Pour répondre à ta question donc, je ne vais pas te transformer. Je ne vais pas te tuer non plus. Ni t'enfermer dans un donjon comme au temps jadis, ni te réduire à ma servitude. Tu vivras donc ta vie d'humaine, mais au vu de notre piètre situation de gibiers je crains qu'elle ne soit brève ».


Je commence à me sentir mieux. Je me lève difficilement, comme perclus de courbatures, m'approche du chariot, me sers une verre d'eau et coupe un bout de "pizza", puis je m'assois au bord du lit et grignote d'un bout de canine ce repas plus fait pour chasser le mauvais goût de sang caillée qui emplit ma bouche que pour réellement me sustenter.
Jeu 6 Jan - 13:29 (2011)
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