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"Le Sang des Rois" : L'histoire
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"Le Sang des Rois" : L'histoire
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Saënd
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 04 Jan 2011
Messages: 9

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
PublicitéSupprimer les publicités ?
Cela fait quelques heures que Dëss et moi nous sommes séparés.
Je cours toujours vers Loëna, la liberté est la valeur la plus importante pour moi et je suis enchaîné par un serment vieux de 700ans, le comble!
Alors que je rumine de sur les moyens de briser ce serment les alarmes que j'ai placées autour de Dëss s'activent. Ce démon est impossible, il trouve toujours le moyen de s'attirer des ennuis dès que je le laisse plus de quelques minutes… Je me demande bien comment il a réussi à survivre avant de me connaître…
J'active un portail centré sur son âme. Une fois le halo bleu stabilisé je traverse, et me retrouve à cinq ou six kilomètres d'Elesmera à peine ais-je eus le temps de faire un repérage rapide de la zone qu'un OVNI me fonce dessus à grande vitesse.
En coup de vent il me frôle et me cris.


"Salut!"


Je saute à sa suite dans mon portail pour le retrouver de l'autre coté.
Une fois arrivé je le vois encastré dans une pierre de la fumé s'élevant au-dessus de son point d'impact.
Je le vois s'extirper du rocher, faire quelques pas mal assuré dans ma direction pour s'écraser à mes pieds.
Je me penche sur son corps et analyse son état.
Multiples fractures, contusions diverses, et hémorragies mineures.
Sa régénération est plus lente qu'à la normale, j'en déduis qu'il ne lui reste que très peu d'énergie. J'utilise ma magie pour l'aider dans sa guérison.
Quelques minutes plus tard il est sur pied.
Je prends une inspiration pour garder mon calme et commence à l'interroger.*


"Bon alors, qu'est-ce que tu à encore fait comme ânerie?"
"J'ai laissé ma faim prendre le dessus."
*soupir désespéré*
"merci d'être compatissant…"
"mais enfin… tu vis depuis toujours avec cette faim et moi qui ne l'ai que depuis 700ans je la contrôle beaucoup mieux que toi, et ça ne te ressemble pas de la laisser te dépasser en dehors des moments de combat…"
"je pense que le fait de récupérer une partie de mon âme à changer la donne…
Je ne me contrôle plus aussi bien qu'avant et ne compare pas ta faim à la mienne!!!
Je suis un démon pas un vampire! Ta faim est bien moindre que la mienne!!!"
"hey hey calme-toi, je ne te juge pas j'essais simplement de comprendre pourquoi tu viens de t'écraser sur une pierre et pourquoi j'ai dut t'aider à te soigner…"
"Parce qu'un ami commun que tu m'as conseillé de libéré a pris possession de mon corps."
*j'hausse un sourcil*
"Pardon?"
"Oui, tu as bien entendu, mais tout ce que je sais c'est qu'il l'a fait!!! Quand je pense que tu m'as convaincu de sauver le monde! Tu aurais dû essayer de savoir si j'y tenais à ce monde!"
*il se lève*
"Bon écoute mon petit *(il est plus grand que moi)*, moi je ne t'ai convaincu de rien ok?
Tu as pris ta décision de toi-même, et je te rappel que tu à une mission à accomplir pour les hauts démons. Alors on discutera de ce que tu aime dans ce monde une fois que tu auras mené cette @&?!§ de mission a bien. Pigé? Et de plus si tu viens avec moi nous pourrons sans doutes mettre ça au clair avec Lui.
En attendant je vais essayer de muselé ta faim et son emprise mais je ne te promets rien…"
"Je compte sur toi, fait de ton mieux. Après il faudra que je passe en ville, et j'irai le voir seul."


Je me concentre, des filaments de lumière-fumée rouge s'agitent autour de lui et s'impriment dans sa chair, comme des veines de surfaces mais chargées d'une énergie rougeoyante.


" Voilà qui devrait tenir suffisamment longtemps mais n'en mettrais pas ma main à couper, bonne chance."


Il repasse par le portail que je referme derrière lui. Il est temps pour moi de reprendre ma course vers ma geôlière.
Jeu 6 Jan - 20:18 (2011)
Taïla
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 02 Jan 2011
Messages: 36

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Plus j’y réfléchis, plus je me rends compte que rester ici ne me servira à rien. J’entends les secouristes continuer de s’agiter sur la place non loin de là, les hurlements et les pleurs des blessés et citoyens ayant perdu leurs proches… Je perçois presque le silence des morts pour lesquels l’explosion a été fatale.


Mon regard se pose sur le tissu qui recouvre Jess. Je vais devoir l’abandonner ici… Et chercher des vampires pour m’aider ne serait sans doute pas judicieux de ma part. Ma destination est finalement toute trouvée : l’institut de médecine. Je soulève le drapeau pour le regarder une dernière fois, dans l’espoir de le voir ouvrir les yeux… Rien… Je soupire tristement et le recouvre de nouveau.


Ce F… Je l’ai déjà vu auparavant… D’abord sur les voitures, maintenant ici. Ça ne peut pas être une coïncidence… Je sais que je l’ai déjà aperçu, bien avant de le voir sur la photo de mon père, mais où ? J’essaie d’imaginer l’endroit où j’aurais pu le croiser auparavant, mais ça m’échappe. Je n’ai pas le temps de m’y attarder pour l’instant, mais compte bien éclaircir cette question également.


Je me relève et choisis de me diriger à l’opposé de la fourmilière. Le terrain devient de plus en plus stable. De quelques tas de pierres s’échappent encore des flammèches, résultats de l’explosion. La poussière reste omniprésente, oppressante. La voie est quasiment bloquée par les gravats, ce qui va me laisser peu de place pour passer. Je m’approche de cet espace quand un homme en costume noir en surgit.


A ma grande surprise, il m’attrape le bras brutalement lorsqu’il passe devant moi. Par réflexe, je lui offre un coup de genou bien placé, technique que mon père avait été ravi de m’apprendre afin que je fasse le poids face à ses marins. Je profite qu’il est plié en deux pour l’assommer avec la mallette. Finalement, avoir du monde autour de moi pourrait être très utile. Je pars donc dans l’autre sens, mais me retrouve face à un bras griffu. Je stoppe net. Ne pas paniquer… Derrière moi, un autre bloque ma retraite. Mon cœur bat à tout rompre. Ca ne s’arrêtera donc jamais ?!


Ils n’ont pas la même approche que dans le train. Ils semblent hésitants. Pourquoi ? Le savoir m’aiderait sûrement à leur échapper. J’essaie de ne pas laisser la peur m’envahir. Elle me paralyserait et cette fois, personne ne sera là pour venir à mon secours.


« La mallette »


Ils parlent… J’ignore pourquoi je pensais le contraire… Peut-être à cause de la lueur sauvage dans leurs yeux. Sa voix est rauque. Elle donne l’impression que pour lui, parler est un supplice. Ses deux mots sonnent comme un ordre. Plutôt que de lui obéir, je serre l’objet de sa requête contre moi.


Celui qui est en face de moi s’avance. Je sais que si je recule, je vais me retrouver dans les bras de son complice. Je suis prise en étau… Mais j’ai un peu de marge, je recule d’un pas. Sans que je l’ai vu avancer, numéro un a déjà posé ses griffes sur la mallette qu’il m’arrache des mains :


« NON !!! »


Il l’ouvre devant moi. Il faut que j’agisse avant qu’il n’en étudie le contenu. Il tient déjà l’une des pages de la lettre de mon père. Je me précipite vers lui. Ma réaction le surprend, ce qui me laisse le temps de récupérer ce que je peux dans la mallette et de le jeter dans les flammes juste à côté de lui. La lettre et quelques photos commencent alors à être happées par plusieurs langues de feu, réjouies qu’on les nourrisse enfin.


Je sens alors les doigts griffus de mon assaillant s’abattre sur mon épaule :


« Toi tu vas le regretter amèrement »


Je cherche à me débattre tandis que je vois numéro deux récupérer les restes de ce que j’ai jeté dans le brasier... Il faut au moins que la lettre disparaisse. J’ai l’impression que c’est mon père qu’ils détiennent… Numéro un serre encore mon épaule. Un craquement se fait entendre, qui m’arrache un hurlement de douleur.


« On fait moins la maligne maintenant.
- Doucement ! IL a dit qu’il l’a voulait vivante.
- Vivante oui… Elle le sera… Entière, ça reste à voir… »


Ses paroles m’horrifient. Je frissonne, ce qui lui provoque un ricanement machiavélique. Je serre les dents. Il faut que je garde l’esprit clair. Il est évident que je ne pourrai pas fuir. Chercher à le faire serait une perte de temps. Être un boulet pour eux en revanche, ça doit pouvoir s’arranger. Surtout qu’apparemment, ce n’est ni le bûcher, ni le pal qui m’attendent…


La mallette semble le handicaper. Je lui donne un coup de coude de mon bras valide. Une nouvelle fois, je surprends mon agresseur qui la lâche. Il desserre son étreinte. Je me dégage et me précipite sur numéro deux pour lui arracher la lettre...


« Espèce de petite… »


Je recule et la déchire en plusieurs morceaux. Ils semblent désemparés. Elle reste reconstituable et je suis loin des flammes… La seule idée qui me vient pour la faire disparaître est donc de l’avaler… Je m’exécute sous leur regard incrédule. Mon père ne leur appartiendra pas. Je ne peux m’empêcher de croire que peut être, une partie de son âme restera en moi par cette action, un peu comme dans les sociétés cannibales. Je me reprends… Décidément, toute cette histoire met en route mon imagination de manière déroutante.


Numéro un et numéro deux n’ont toujours pas bougé. Ils semblent analyser la situation. Le papier a un goût atroce… Je déglutis avec difficulté, manquant de m’étouffer. J’ai la bouche sèche, pâteuse, mais au moins la lettre est en sécurité… dans mon corps, dans mon coeur et dans ma mémoire. En moi.


« Tu vas souffrir, humaine. Je t’offre ta dernière chance : où est le vampire ? »


Il appuie chaque syllabe de sa question. Il faut que je les éloigne de là… qu’ils ne le trouvent pas… Mais je suis loin d’être suffisamment rapide. Comme des robots, ils s’avancent d’un même pas. Cette fois, c’est numéro deux qui s’adresse à moi :


« Alors ?!
- … derrière vous »


J’ai accompagné mes paroles en en pointant vaguement mon index vers le vide derrière eux. Ils mordent à l’hameçon et se retournent tous les deux. J’en profite pour faire volte face. Je sais que je ne leur échapperai pas, mais plus je m’éloignerai, plus ils auront de peine à retrouver Jess. J’entends déjà l’un d’eux derrière moi, tandis que l’autre atterrit quelques mètres devant moi… Ils veillent à ne pas me porter un coup fatal, ce qui peut m’être très utile. Je traverse pour les éviter, histoire de gagner encore quelques secondes. J’évite de justesse une voiture, mais me retrouve dans les bras de numéro deux. Mauvais souvenir… Son complice nous a rejoint. Il approche son visage du mien. Je ne sais pas ce qu’il me fait, mais je commence à perdre conscience peu à peu. Je l’entends juste dire :


« L'humain aurait pu nous dire qu'elle n'était pas commode »


L’humain… ? De… qui parle-t-il… ? Je lutte pour rester éveillée, écouter encore, mais son emprise devient trop forte et je finis par perdre connaissance.
Jeu 6 Jan - 20:21 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

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Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Le roi est vivant... je n'en reviens pas. Je ressens un mélange d'incrédulité, d'euphorie, de relâchement immense. Les émotions se bousculent et me submergent. Je me force à respirer calmement, je ne dois pas les laisser paraître. Une fois cette déferlente contenue, je reprends :

«Le roi, vivant ? Mais comment est-ce possible ?»

- Nous n'avons pas toutes les données techniques. Ce que nous savons, nous l'avons appris du Prince. Voilà quelque temps déjà qu'il prépare quelque chose dans le plus grand secret, rassemblant les populations vampires éparpillées, rappelant d'anciens officiers toujours vivants, recrutant de nouveaux soldats pour la garde. Je vous l'ai dit, il n'est plus cet adolescent ingérable que vous avez connu : c'est aujourd'hui un décideur et un meneur d'hommes. Vous l'apprecierez, j'en suis sûr.

Il me laisse assimiler les informations petit à petit. Le roi... je me sens soudain léger, comme si on avait retiré une chape de plomb qui pesait sur mes épaules depuis si longtemps. L'euphorie prend peu à peu le dessus sur les autres émotions. Si le roi est vivant, alors je n'ai pas failli. Et ne faillirai jamais.

Une décharge d'adrénaline explose dans mon coeur, et se diffuse dans mes veines comme du feu. Je me redresse sur ma chaise. Mon changement d'attitude doit être assez spectaculaire, car Astoban se redresse à son tour, et sur son visage naît un immense sourire. Je ne sais s'il est heureux de me retrouver, ou d'avoir gagné. Sans doute les deux.

«Commandant, je veux un rapport détaillé des activités vampiriques et démoniques des sept derniers siècles. Je veux savoir ce qu'il s'est passé tout ce temps où j'étais... disons... quelqu'un d'autre. Je veux un bilan politique et diplomatique entre les différentes races. Je veux un inventaire de nos troupes, infrastructure et matériel.»

Une émotion particulière me noue la gorge. J'ajoute, presque timidement :

«Le roi est-il visible ?»

- Non. Personne ne sait où il est pour l'instant. Seul le Prince et la Princesse sont en contact avec lui.

«Mmm... très bien. Alors je veux un entretien privé avec le Prince... et un nouvel uniforme».

Son sourire s'est encore élargi.

- Bien, mon général.

Cette fois, je ne le reprends pas de volée.

On tape à la porte. Le commandant m'interroge du regard. Je hoche la tête en signe d'assentiment, et il ordonne d'entrer. Un soldat, jeune vampire, pénètre dans la pièce et s'adresse à lui.

«Commandant, le prisonnier commence à s'agiter. Il se mutile et n'a de cesse de nous faire intervenir dans sa cellule. Et là il tente visiblement de communiquer avec la cellule voisine.Quels sont les ordres ?»

Astoban m'interroge à nouveau du regard. «Un grand classique : soit il simule pour pouvoir s'évader, soit il devient vraiment taré. Général ?»

A ce mot, le soldat devient livide, claque les talons et se raidit dans le garde-à-vous le plus tendu que je n'ai vu de toute ma carrière. Il bredouille.

«Pa.... pa...pardon Géné...glups... Général je ne savais pas...». Son embarras m'émeut et me fait sourire.


- Repos soldat. Il s'agit du jeune vampire qui m'accompagnait dans la forêt ? Et de la fille au bras griffu ?

«Oui mon général. Avec lequel vous vous battiez, et que vous avez sacrément amoché même ! Sauf votre respect, mon général. S'agit-il d'un ennemi ? Doit-on le torturer ? L'exécuter ?»

- Non soldat. Il n'est pas un ennemi. C'est moi qui l'était, à ce moment là, et il m'a protégé, quelque part. Il est intelligent et rusé, et très capable de simuler pour tenter l'évasion. Ne lui donnez pas cette peine, vous pouvez le libérer. Par contre la fille est dangereuse. Surveillez-là de près, mais prenez vos précautions en approchant d'elle.

«Bien mon général, à vos ordres mon général !»

Comme il va pour quitter la pièce, une idée me traverse l'esprit. Un sourire machiavélique déforme peu à peu mes traits.

- Attendez soldat. Tout bien réfléchi n'en faites rien. Surveillez-le mais n'intervenez pas, quoiqu'il fasse. Continuez à jouer son jeu comme si de rien n'était. Tenez moi régulièrement informé de ses agissements.

«Bien mon général !»

Et il quitte la pièce. Astoban me regarde, interloqué. Il n'a pas l'audace de demander des explications à son supérieur.
Jeu 6 Jan - 20:22 (2011)
Dëss
L'Encre des Rois

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Localisation: Les Enfers

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Je sens la magie de Saend entrer dans ma peau. Je ne sais pas s’il va vraiment pouvoir …Je n’ai pas le temps de me le demander. Je laisse mon ami après quelques minutes de discussion. Je m’envole doucement en direction de la capitale. Je n’ai plus la même apparence qu’il y à quelques heures, mes cheveux sont plus courts, je suis plus petit, mais reste comme même à environ un mètre quatre-vingt du sol, je suis moins corpulent, mes muscles ne sont plus aussi développés, et mes os ont rétréci. Mes yeux sont rouges, ma peau est restée la même, plutôt foncée. Ces changements étaient normaux, car ma faim incontrôlable me rapproche de mon apparence démoniaque, mais quelques soit mes changements, ma force ne diminue pas. Par contre, mes vêtements sont dans un sale état, mon pantalon est déchiré de toutes parts et ma veste ne tient même plus.


Après ce constat, je me pose près d’un magasin pour homme. Je rentre. Deux hommes me regardent d’un air hautain, ils changent cela au moment même où je les fixe des yeux. Je ressors une demi-heure plus tard ; un long manteau à col sur les épaules, des bottes et une ceinture noire, ainsi qu’un ensemble marron foncé, à rayures. Je suis beaucoup mois repérable maintenant, même si ces habits ne sont pas très communs. Je déambule dans les rues, me rapprochant peu à peu de la zone ou j’ai combattu ce vampire, j’aimerai voir ce qu’il est devenu avant d’aller voir un vieil ami. Durant les quelques secondes où je vois des gens qui font des aller et retour, je ne comprends pas, mais c’est quand je vois le désastre, les dégâts, que je me souviens. Les explosions, les attaques, et tout le reste. Je reste parmi la foule qui observe les décombres et ceux qui s’activent pour aider les blessés et sortir ceux qui sont ensevelis. Et là, assise contre le mur près d’un cadavre, je vois celle qui a subit mes attaques, mon envie de meurtre et qui a survécut. Je me demande si je dois aller m’excuser, sans savoir si je pourrai provoqué un mouvement de terreur, ou autre. Quand je me rends compte que le cadavre près d’elle est le vampire qui m’a bloqué, qui l’a sauvé, et qui s’est sacrifié pour la protéger, je décide de ne pas m’approcher d’elle. Je l’ai tué. Et merde.


Je m’éloigne en ayant presque des remords. … Oui, presque. Je fais quelque pas, et je sors de la ville, je m’envole pour ne pas être vus derrière un bâtiment assez grand. Je passe au dessus des nuages, j’ai un voyage assez long à faire. Je vois l‘agitation en bas, les humains se bousculent et s’ignorent, font leur vie comme il y à de ça 3000 ans.. Absolument rien n’a changer.. ah.. Si! La seule chose qui ai changé c’est la vitesse à laquelle ils détruisent se qu’ils construisent..


Je sors de la zone habitée, j’arrive à la lisière de la forêt, pas loin de l’entrée du désert. Je regarde au sol et aucun être vivant ne peux me voir d’où je suis, et il le vaut mieux. Après avoir réfléchis quelques secondes, je me mord la main à pleine dent et laisse le liquide rouge couler. Je trace rapidement dans les airs des hiéroglyphes incompréhensibles pour les mortels, de l’écriture satanique. Après des mouvements rapides et précis, un cercle de sang flotte dans les airs. Les nuages se rapprochent, ils deviennent noirs et se chargent d’éclairs. La pluie commence à tomber et un froid inexplicable …humainement, prend la suite des rayons de soleil. Le tonnerre s’abat sur le pentacle. Puis des éclairs sortent de ce dernier à de multiples reprises. Le passage est ouvert. Je m’avance doucement vers la porte. Mon bras disparaît en plusieurs poussières qui s’envolent, puis c’est tout mon corps qui y passe comme aspiré.


A mon arrivée, je reconnais l’odeur, celle du sang, la couleur du ciel, également celle du sang, et même celle de mes nouveaux amis qui sont venus m’accueillir. Une paire de grands vampires, les crocs découverts, les yeux remplis de sang et d’une effroyable envie de me tuer. Le premier se jette sur moi, il tente de planter ses armes pointues dans mon cou, mais mon esquive ne lui laisse que mon bras droit. Après quelques secondes de succion, je donne un coup du côté de la main sur sa nuque qui se brise sous le choc. Le corps tombe sans vie sur le sol, les yeux blancs retournés dans leurs orbites. Je lève ma tête, imperturbable.


«Tu peux sois rester ici et mourir, soit aller dire à ton maître que son visiteur est arrivé.»


Il ne résiste pas à l’envie de vivre, et s’en va sans répondre. Me voila de retour. Le sol couvert de caillasse rouge, pas une seule plantation excepté les si connus griffes du diable, dont les humains croient aux vertus médicinales. Le ciel est rouge et les nuages s’approchent du bordeaux, l’air est parsemé d’une odeur de massacre, et de défaite. Le lieu a vu des combats sanglants se dérouler ici. Je marche quelques pas, et entre dans un temple en ruine, les pilier sont tous écrouler, et le plafond rocheux tient on ne sait comment. Les dalles qui recouvrent le sol sont solides, on ne voit aucune trace de cassures malgré l’ancienneté de la construction. Je me laisse porter par des souvenirs enfouit et vieux de plusieurs siècles, des massacres, des pillages, des meurtres, et autres déversement de violence. Il me faut de longues secondes avant de retrouver mes esprits, face à la jeune princesse.


«Pourquoi c’est toi qui es venu? Où est Saend? Toi je t’aime pas !»
«Pas besoin de faire ta gamine, ton jouet préféré n’est pas la.»


Ses yeux changes d’expression et passe de la peur de l’enfant gâtée à la forte envie de tuerie de la fille du Roi des vampires. Elle tend son bras droit et sors de sa manche une dague aiguisée dont la pointe brille sous les rayons de la lumière des rayons du soleil, que les trous du plafond laisse passer. Elle bondit sur moi. Je ne me suis pas préparé à une offensive aussi rapide, j’ai le temps d’esquiver me coup, mais elle m’entaille la joue et une giclée de sang tombe sur le sol, je trébuche et tombe à la renverse en arrière, je me rattrape et me relève. Je suis près à la recevoir la fille à papa. Je ne la vois pas, ni à gauche ni à droite. Je saute de deux bons mètres sur le côté, et esquive son attaque qui venait d’en haut, cette fois je ne la quitte pas des yeux, elle fonce droit sur moi. Je me décale en ouvrant ma garde, elle en profite pour essayer de m’ouvrir en deux. Au milieu de son attaque, je saisis son poigné et retourne le coup contre elle. Je la tiens ! Mon bras droit tiens le sien bloqué dans son dos tandis que le gauche tiens son poignet sous sa gorge, elle ne peut plus rien faire.


«Va jouer à la poupée et laisse donc les grandes personnes parler !»
«Et toi tu devrais ne pas baisser ta garder !»


Sa main que je tiens dans son dos s’ouvre et laisse sortir une lame, je n’ai pas le temps de l’esquiver et elle m’enfonce l’arme dans le sternum. Elle saute et se prépare à porter une attaque supplémentaire.


«Le problème c’est que même si je baisse ma garde, tu ne peux pas me blesser.»


Je ressors l’arme pleine de sang et la laisse tomber par terre, puis je pose sur elle un regarde de.. Démon.


« Par contre, toi, je peux te blesser.»


Je me déplace bien plus vite qu’elle ne peux le faire, et me retrouve juste derrière elle. Elle met un peu plus d’une seconde pour se retourner doucement. Je la frappe en plein ventre, mon poing s’enfonce et lui coupe le souffle. Elle tombe à genou et suffoque, je lui saisis la tête et les cheveux de la main droite et lui écrase mon genou en plein visage. Elle vole un long moment avant de s’écraser durement sur le dos. Elle se relève, une main sur son nez qui saigne et l’autre tendu vers moi. Elle s’apprête à parler lorsqu’une voix plus grave la coupe.


«Laisse nous Kaelïa.»


Je me retourne. Il est le même qu’il y à sept siècles. Il n’a pas changé. Ses habits sont un peu plus modernes que ceux qu’il avait l’habitude de porter, mais c’est bien lui. Le Roi est debout.
Jeu 6 Jan - 20:22 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Inscrit le: 02 Jan 2011
Messages: 91

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Mon ascension s’est arrêtée. Je flotte entre deux mondes, ne faisant plus tout à fait partie du premier et pas encore du second. Mille six cents années de vie terrestre ne se délaissent pas aussi facilement, c’est l’heure du bilan. J’imagine que dans certaines croyances c’est cela qu’on appelle le jugement dernier, et qu’à l’issu de ce jugement les portes s’ouvrent, celles du paradis, ou celles de l’enfer. Un peu trop manichéen à mon goût.


J’attends donc, flottant toujours dans ce no vampire’s land, qu’il se passe quelque chose. Si le temps n’existe plus, l’ennui si. Soudain, des images commencent à tournoyer autour de moi. On ma passe un film, et me voilà spectateur central d’une séance de cinéma en 4 dimensions dont je suis également l’acteur principal. Ce film, c’est le film de ma vie.


Je me revois enfant, un enfant humain tout ce qu’il y a de plus classique au sein d’une famille modeste. Mes parents étaient artisans tailleurs, ils travaillaient quinze heures par jour et n’avaient donc que très peu de temps à consacrer à l’éducation de leurs trois enfants. Très tôt mon frère aîné s’est orienté vers la succession de l’affaire de famille, et il fût pris en main et formé par mes parents. Ma sœur cadette a bien failli faire carrière sur le trottoir, mais elle a heureusement fini par trouver un mari aimant et avec lui a épousé une vie rangée. Quant à moi, le plus indépendant de tous, je m’échappais de chez moi le plus souvent possible pour vivre l’aventure dans la rue.


J’ai passé mon adolescence ainsi, vivant de petites combines, escroqueries et menus larcins dans le ventre de la cité. Mon intelligence et ma ruse me permettaient de ne pas me faire pincer, de faire des coups de plus en plus audacieux et fructueux, mais j’étais jeune, insouciant et irrespectueux, je menais grande vie et étalais mes richesses à la vue de tous. Avec le recul je pense que je cherchais la reconnaissance et l’amour qui m’avaient fait défaut dans mon foyer.


Cette légèreté a fini par me coûter cher. Sans le savoir alors, j’avais été repéré, et chacun de me nouveaux «exploits» étaient suivis de près. Puis un jour, alors même que je sortais de la propriété du maire de la ville où j’avais dérobé une toile de mâitre, je fus arrêté par la police spéciale.


On m’embastilla plusieurs jours, on me fit subir plusieurs interrogatoires musclés, on m’intimida, on m’humilia, on me menaça, puis on me montra des preuves accablantes de tous les vols et délits que j’avais commis les dix derniers mois. Pour la première fois de ma vie j’eus honte, non de ce que j’avais commis, mais de m’être fait avoir comme un bleu sans me douter de rien.


Mon compte était bon. Au vu des peines cumulées, j’allais passer au moins les trentes années à venir en prison, comble de l’horreur pour un homme de vingt ans libre et indépendant comme moi. A moins que…


A moins que je n’intègre les rangs de la police secrète. Le deal était clair. Mon culot, ma capacité d’adaptation intéressaient fortement en haut lieu, et on souhaitait faire de moi un agent spécial, opérant seul et en secret pour le compte de l’état. Avantages: je recevrai toute l’éducation qui me faisaient défaut, une formation complète et intensive comprenant sports de combat, maniement des armes, approches psychologiques, art de la discrétion, etc etc… Inconvénients: j’étais à jamais lié à l’état. J’évitais la prison, pour une forme de captivité plus pernicieuse encore. Mais au moins je parcourrai le monde.


J’acceptais donc. Il me fallut trois années d’un apprentissage intensif et disciplinaire pour intégrer les bases de ma profession. Trois années d’efforts, de frustration, de douleur, de rigueur, d’isolement pour façonner mon corps et mon esprit au métier d’espion, avec des instructeurs durs et exigeants, à la limite de l’humain. Mais au moins j’ai appris à me battre et à me dissimuler, à lire, écrire, compter, j’ai appris la survie et à parler plusieurs langues, j’ai appris l’histoire et la géographie. Mais par dessus tout j’ai appris à observer, analyser et à m’adapter.


On me confia donc mes premières missions, plutôt simples au départ, destinées plus à observer mes comportement en situations réelles qu’à atteindre un objectif capital. Je me révélais être un élève brillant et doué, aussi les opérations devinrent rapidement plus complexes et plus vitales pour l’état. Sur le terrain je complétais mon apprentissage, et acquis de nouvelles compétences. En quelques mois je devins un élément majeur de la sécurité intérieure, en quelques années le bras armé de l’état sur le plan international.


Je croyais mon sujet maîtrisé, mais certaines de mes missions pourtant avaient entrebaillé des portes par lesquelles j’avais aperçu des phénomènes étranges, inexpliqués. Le doute s’insinua peu à peu en moi, et un jour, alors que je venais de remplir une mission où une nouvelle fois j’avais été confronté à des situations paranormales, je rompis le protocole et osa m’en ouvrir à mon supérieur. Je revois la scène avec précision, ce jour là ayant été celui où ma vision du monde s’est transformée à jamais. Avant cette discussion je voyais une image plate et en noir et blanc, elle s’est soudain illuminée d’un million de couleurs et a pris un relief incroyable.


J’avais regardé mon chef droit dans les yeux, et sans ciller lui avait asséner ma vérité:


«Nous ne sommes pas seuls n’est-ce pas?»


Il m’avait regardé avec intensité, laissant planer un silence éloquent avant de répondre. Rien ne servait de mentir. Me mettre au parfum ou m’éliminer.


- Toute légende a une part de vérité. Toute vérité, une part de légende. Etes-vous sûr de vouloir réellement savoir? Prenez votre temps avant de répondre.


Je mourrai d’envie de savoir. Ou plutôt qu’il confirme ce que je savais déjà. J’avais bien réfléchi aux implications de ma réponse.


«Oui»


- Hmm… très bien. Venez avec moi.


Il m’emmena dans une aile du bâtiment abritant le quartier général de l’intelligentia militaire que je connaissais mal. Nous franchîmes plusieurs portes blindées et lourdement gardées, et pénétrâmes dans le saint des saints. Un bunker dans le bunker. Un secret dans le secret.


Il me présenta alors un inventaire complet de toutes les races humanoïdes répertoriées dans notre monde: vampires, elfes, démons, lycans, anges, succubes, goules, archanges… des êtres dont j’avais entendu parler, et d’autres qui m’étaient totalement inconnues. Il me montra des objets inconnus, des textes écrits avec des signes étranges et indéchiffrables, des planches de dessins représentants les créatures. J’étais à la fois effrayé et fasciné. Mon univers prenait soudain une autre dimension.
De but en blanc, il m’exposa la suite des évènements:


- Vous vous rendez bien compte que vous accédez là à des informations ultra secrètes, que seuls quelques rares humains connaissent? Vous vous rendez bien compte que désormais, vous devrez vivre dans le silence le plus total? Vous avez un rôle à jouer. Acceptez, ou mourrez.


«J’accepte»


Durant les mois qui suivirent, il m’apprit tout ce que je devais savoir sur chacune des races, et sur les relations qu’elles entretenaient entre elles. Je compris alors beaucoup d’évènements qui jusque là me paraissaient boiteux. Enfin, mon supérieur estima qu’il n’avait plus rien à m’apprendre en théorie, et qu’il était temps de passer à la pratique. Il m’incorpora aux relations vampiriques.
Jeu 6 Jan - 20:23 (2011)
Jess
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Je ne plongeais pas tout de suite dans le grand bain. Au début, mes prérogatives se limitaient à un travail de bureau. Là je parfis mon apprentissage et mes connaissances sur les différentes races et leurs relations en général, et sur les vampires en particulier. Il me fallut surtout désapprendre tout ce que je croyais savoir sur eux, et qui n’était en majorité qu’un tissu d’idées reçues se révélant erronées.


J’observais le fonctionnement du service et glanais ça et là des informations complémentaires sur tel ou tel personnage, principalement sur la famille royale: le roi régnant Adam de Lécidéa et la reine Hawa, leurs enfants le prince Sethi et la princesse Kaelia, ainsi que toute leur généalogie: ancêtres, parents, frères et sœurs… ils seraient désormais les acteurs principaux de mon univers. Je n’imaginais pas à ce moment là à quel point.


A mon arrivée au sein du département des relations vampiriques, le contexte politique était stable, chaque race vivait discrètement dans son espace bien défini, les relations étaient froides mais sereines et les humains continuaient à prospérer dans le déni le plus total du monde réel. Mis à part pour une poignée de rares dont je faisais partie désormais, et protégés par un pacte de non agression: les non-humains avaient besoin de nous pour gérer certains problèmes.


Le roi Adam et la reine Hawa régnaient depuis cinq cents sept ans sur le peuple vampire. On était déjà loin de l’âge d’or de leur civilisation, et le peuple vampire sombrait peu à peu dans la décadence. L’inceste n’était pas encore monnaie courante, mais commençait à rentrer peu à peu dans les mœurs pour renouveler la population de premiers-nés. La population vampire grandissait encore, mais ses rangs étaient gonflés artificiellement par des légions de deux-fois-nés. A terme, elle était condamnée à disparaître.


Enivré peu à peu par ce monde exaltant, je bouillais d’impatience d’effectuer ma première mission. Enfin je reçus mon ordre: je n’oublierai jamais ma première rencontre avec un vampire.


Je devais le rencontrer à la terrasse d’un café, pour discuter avec lui de nouveaux accords concernant la stratégie de désinformation sur leurs sites remarquables. J’étais très nerveux, à la fois angoissé et excité. J’arrivai le premier, et quelques instants plus tard, il était là. Je ne le vis pas approcher, non parce qu’il avait employé des compétences de furtivité et de rapidité, mais simplement parce que j’attendais un être extraordinaire, une arrivée spectaculaire ou quelque chose de sensationnel, et je ne fis pas attention au quidam qui approchait tranquillement et que je pris pour un humain jusqu’à ce qu’il fût assis à mes côtés. Je me rendis compte bien plus tard de la maîtrise dont il faisait preuve, car il est extrêmement difficile et contraignant pour un vampire de ralentir et d’alourdir ses mouvements pour ressembler à un humain. Moi-même devenu vampire je n’ai jamais vraiment réussi et préférais toujours éviter de me mêler aux humains de peur d’attirer l’attention.


J’avais soudain pris conscience de l’identité de mon interlocuteur, et j’arrêtais de respirer, paralysé par le stress. Je l’observais de toute mon acuité visuelle, cherchant des signes de distinction. Il se laissa faire patiemment, et paraissait même amusé de ce petit jeu. On avait du l’informer que j’étais un «bleu».


Les indices de son identité étaient vraiment minimes, et passaient inaperçues pour un non-initié. Un regard plus pénétrant, une peau un peu plus tendue, deux légères pressions sur la lèvre inférieure où les canines discrètes appuyaient. Rien de plus.


«Alors, déçu?»


Ses mots n’étaient pas plus qu’un murmure, et pourtant je compris clairement son propos. J’eus un peu honte de mon attitude, m’efforçais de redevenir professionnel et de le considérer comme un diplomate quelconque. Pourtant tout au long de notre entretien, je ne pus détacher mon regard de son visage, subjugué par cet être si différent, s’exprimant avec calme, très prévenant et poli.


Une sorte d’admiration pour le peuple vampire naquit en moi ce jour là, et ne me quitta plus jamais. Bien au contraire, les années qui passèrent me rapprochaient de plus en plus de ces êtres fantastiques, au gré des missions de plus en plus longues et complexes que j’effectuais. Il m’arrivait parfois de vivre à leur contact plusieurs jours d’affilée, sans jamais ressentir la moindre peur d’être une proie. J’étais très à l’aise, admiratif de la finesse de leur culture et appréciant leurs discussions.


Sans prétention je pense que c’était réciproque. Je fus introduit de plus en plus haut dans la hiérarchie vampirique, on semblait apprécier et mon contact et la qualité de mon travail. J’en veux pour preuve qu’ils finirent par me débaucher…


J’avais rencontré le prince et la princesse à plusieurs reprises, puis la reine Hawa. Un soir que nous conversions sur les bons et mauvais côtés de mettre en place une organisation commune en matière de criminalité humaine, elle aborda le sujet avec malice:


«Jess, à force de vivre parmi nous vous vous mettez à nous ressembler. Même vos canines ont poussé»


J’avais soudain passé la langue sur mes dents, et dû faire une moue de surprise. La reine éclata de son rire cristallin. Elle se moquait de moi.


«Cela ne marche pas comme ça. Mais je suis sérieuse. Il ne vous manque pas grand chose pour faire partie des nôtres. Vous pourriez nous rejoindre, et faire le même travail. Mais de l’autre côté du miroir…»


Nous avions bu beaucoup de bon vin ce soir là, et nous reposions alanguis côte à côte. Tout en me parlant, elle s’était approché de mon cou. Je pouvais sentir son souffle chaud et sucré sur ma peau. Plus près. Toujours plus près. Ses lèvres à présent. Son baiser. Une légère pression…


Lorsque je me réveillais le lendemain, j’étais un vampire. Cela s’était passé en douceur, dans une infinie tendresse, sans peur ni douleur. J’étais amoureux de ma reine évidemment, si belle, mais à travers elle c’est tout le peuple vampire que j’épousais. Je savais exactement où était ma place, je ne me faisais pas d’illusion, et de toute manière j’éprouvais le même amour dès le premier jour où je vis mon roi. Ma loyauté et mon dévouement seraient totals.


On me confirma que cette décision avait été longuement réfléchie et mûrie entre les membres de la famille royale. On m’avait recruté pour mes qualités de diplomate, et on m’affecta aux relations démoniques. Ma carrière de diplomate prenait un nouveau tournant.
Jeu 6 Jan - 20:23 (2011)
Ezeckhiel
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Le moment est venu. Je n'ai aucune idée du temps que j'ai passé dans cette geôle, mais j'en ai marre.
Me tournant vers le mur Ouest, je demande.


"Prête ?"
"Toujours."


Et je recommence mon rituel. Les bandages sur mes bras, arrachés et gardés en lieu sûr dans l'une de mes poches, et je n'ai plus qu'à réouvrir mes plaies, une vingt-sixième fois.
La douleur ne se fait quasiment plus ressentir, depuis le temps...
L'alerte est donnée, les bleus arrivent, avec la même démarche gauche, les mêmes erreurs que les vingt-cinq autres fois. C'en est pathétique.


Et je romps les habitudes.


"MAINTENANT!"


Mon cri n'a pas l'air de beaucoup les surprendre. Pas plus que l'intrusion de Zillah par le mur Ouest. Ou ce qu'il en reste...
Tandis qu'elle commence son massacre, je passe à travers leurs jambes, déjà métamorphosé en rongeur, et fonce vers ma ceinture.


Il est là.
Evidemment...
Je ne doute aucunement qu'il m'ai vu: il semble presque me tendre ma ceinture, avec un sourire bienfaisant.
Urdaan.
Je sais que ça ne peux pas être aussi facile, et qu'il va me poser problème. Mais si je peux tenter...
En un dixième de seconde, je reprends ma forme humanoïde, fait volte-face tout en attrapant ma ceinture, de mon bras ensanglanté, et commence à courir.
Je l'ai.


Je ne pensais pas que ça pouvais être si simple. Il est où, le piège ?


Dans ma cellule, je vois Zillah et, derrière elle, dans le mur Sud, un trou énorme. A ses pieds, les corps évanouis des soldats. Ils ont bénéficié du reste d'humanité qu'elle avait enfoui en elle.
Elle a été clémente...


Je n'ai pas le temps de m'extasier sur le retour partiel de la gentillesse d'un monstre. Je passe devant, et elle me suit.


Et c'est là qu'elle intervient.
Cette indescriptible traîtresse attrape ma ceinture, et part vers l'Ouest.


Elle avait probablement tout planifié. Elle connaissaît chaque détails de mon plan, a profité de mon inattention, crée par son improbable gentillesse, et m'a trahi.


Manipulé...


Je n'arrive pas à y croire. Elle m'a manipulé. Le temps que je m'en remette, elle m'a déjà semé. Et elle sait que je suis moi-même suivi.


Elle savait qu'après notre évasion s'engagerait une course entre plusieurs participants. J'avais calculé deux, moi et Zillah contre Urdaan et ses hommes, mais elle avait calculé trois.


Mon plan diffère. Je ne dois plus me contenter de fuir: je dois maintenant la retrouver.


Je cours, tente de retrouver sa trace dans cet espèce de marais, dans cette espèce de jungle, mais je n'y crois pas.
Je n'ai aucune idée d'où elle va, et ma filature est risquée. Elle peut très bien me pièger une seconde fois, ou m'emmener dans le repère de ses amis griffus. Elle a toutes les cartes en main.
Si l'on ajoute à ça l'aggression de chacun de mes sens, après une longue période durant laquelle ils ont été inactifs, mes chances de la retrouver sont bien maigres.


Trahison. Ce mot flotte dans ma tête, se répète, doucement, se multiplie, grandit. Je n'entends plus que lui.
Trahison.


J'ai perdu une fois ma proie, et c'est ça qui m'a ammené jusqu'ici. Je ne pourrais tolérer un second échec. Je dois au moins essayer.


Comme prévu, je sors l'un des vingt-cinq bandages imbibés de mon sang, et le lâche par terre. Puis j'attrape un caillou dans ma course, y attache un second bandage, et l'envoie dans une direction opposée.
J'en envoie une bonne dizaine, tout en en semant d'autres derrière moi.


Je pense avoir gagné un peu de temps sur mes propres poursuivants. Mais mon odeur omniprésente ne suffira pas à les semer, ils suivront également mes empreintes dans la boue, tout comme je suis celles de Zillah.


Suis-je stupide... En aucun cas je n'ai réfléchi à ma situation. Je suis suivi par la voie terrestre, et je suis Zillah par cette même voie. Si je romps ma position, et que je ne suis plus intercalé entre les deux autres coureurs, je pourrais suivre Zillah sans avoir à me soucier d'Urdaan.


Une multitude de mots résonnent dans mes oreilles. A "trahison" viennent s'ajouter "Rapide" et "Aérien". Puis "Discrétion". Et "Fuite".


Je sais quelle forme est la plus adaptée à ma situation. Une forme que je n'ai pas adopté depuis...
Oh.
Depuis le jour où je suis arrivé sur le toit de "Chez Marie", et où j'ai rencontré Jess.
Non. Aperçu serait plus exact.


J'ai toujours une montée d'adrénaline en m'élevant dans les airs. Le faucon que je suis a désormais une vue quasi-totale de la jungle. Derrière lui, à un bon kilomètre, Urdaan et ses hommes. Devant lui, à une bonne dizaine de kilomètres, Zillah.


Que la partie commence.
Jeu 6 Jan - 20:24 (2011)
Jess
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Suspendu entre deux mondes, je continue à voir les images de ma vie défiler autour de moi, et les clichés de mes émotions en moi.


Je me revois pendant les mois qui suivirent ma deuxième naissance, et revis les mêmes sensations entremêlées de douleur et d'exaltation. En tant que diplomate humain j'avais appris presque tout sur les vampires, mais ressentir dans sa chair les mutations s'opérer est unique. La douleur, bien sûr, est omniprésente : les organes, les tissus sont tiraillés, tordus, déformés, déplacés, comprimés ou dilatés... et tout cela est source de souffrance.


Mais ce qui permet de surpasser cette douleur intense, c'est la découverte des nouvelles capacités du corps et de l'esprit. Quel émerveillement d'éprouver l'acuité accrue de ses sens, de sa perception du temps, de tester sa force décuplée, de se dire qu'avec de l'entraînement on pourra déplacer des objets par la pensée, communiquer ou même voler !


Je ne connais pas exactement l'explication scientifique du processus de deuxième naissance, mais c'est comme si la morsure de la reine avait donné à mes cellules une nouvelle information génétique, et que mon corps entier s'était mis en chantier et s'était remodelé avec la même matière mais dans une version optimisée, bien plus performante.


Mais à nouvelle machine nouveau carburant, et vint le jour où je dus boire du sang pour la première fois. Mon côté humain était terrifié à cette idée, mais mon côté vampire réclamait sa pitance à corps et à cri. Mû par ce nouvel instinct, je me mis en chasse. Ma première victime fût un lapin. Le rat ou le pigeon me dégoutaient, et je ne me résolvais pas encore à me repaître d'un humain. Au moment de planter mes crocs naissants dans le petit corps chaud, je faillis renoncer . L'animal était terrorisé, tout autant que moi. Finalement ma faim prit le dessus, et je mordis maladroitement dans son cou. Mon manque d'expérience et ma réticence faisaient souffrir le pauvre lapin, je ne trouvais pas immédiatement la carotide et j'arrachais les chairs plutôt que ne poinçonnait les artères. Je pleurais, horrifié par ce que j'étais devenu et par le massacre que j'étais en train de perpétrer.


Malgré tout ce repas apaisa mon appétit. Pour une petite heure seulement. Il me fallut recommencer encore, et encore. Au dixième lapin, je compris qu'il me faudrait des repas plus consistants, et bientôt je m'attaquais à un chèvre qui me permis de tenir deux heures, puis un cochon, quatre heures, et enfin carrément une vache que je ne pus vider qu'à moitié, et qui me rassasia pour deux jours complets.


Mes crocs poussaient et mes techniques de morsure s'affinaient. Je commençais à mordre proprement, sans trop mâcher les chairs de mes victimes. Je ne ressentais plus de tristesse ou de culpabilité. J'étais assez content de moi, je pouvais me nourrir sans recourir à l'humain, et mes convictions en étaient rassurées. Les fermiers de la région, eux, commençaient à gueuler et à organiser des battues au loup. Je fus responsable de l'extemination de beaucoup d'entre eux.


Mon entourage vampire, qui observait mon évolution, attendait avec une certaine impatience que je me résolve à mordre enfin mon premier humain. Je jurais à qui voulait l'entendre que jamais ça n'arriverait, que les animaux me suffisaient amplement, ce à quoi ils souriaient tendrement en me disant qu'on en reparlerait. Bien évidemment ils avaient raison.


Il s'appelait David. Il était debout dans la nuit, sur le parapet d'un pont au-dessus de l'océan noir, tremblant de peur et pleurnichant. Au même moment, je déambulais par là et par hasard et je l'avais trouvé là. Intrigué par son comportement je lui avais demandé ce qu'il faisait. Il m'avait répondu que la vie ne vaut pas la peine, qu'il voulait en finir et j'avais écouté ses jérémiades pendant près d'une heure, lui démontrant qu'il se trompait, que même si parfois la vie est dure il y a quand même de très belles choses, que rien n'est insurmontable etc etc... Il sembait parfois réfléchir à mes propos et s'y ranger, mais soudain il repartait de plus belle dans sa menace de suicide, que personne ne l'aime de toute façon qu'il ne manquerait à personne... ma patience commençait à s'émousser, et une violente pulsion me propulsa soudain en avant. Il m'agaçait, et puisqu'il voulait mourir autant qu'il serve à quelque chose, me nourrir. Je fis cela violemment, furieusement, et avec le flot de sang un flot d'émotions déferla en moi : les siennes. Cet homme était réellement désespéré. Je vécus une partie de ses souvenirs, de son chagrin, de ses désillusions. Ma colère s'estompait peu à peu, laissant la place à une certaine mélancolie. Lorsqu'enfin je laissais glisser le corps sans vie dans le vide vers l'océan, j'avais le moral à zéro.


C'est alors que Stavros, un de mes amis vampire apparu, radieux, me tapa dans le dos et me félicita. Je le suivis hébété lorsqu'il m'emmena rejoindre un petit comité réuni à la hâte. On fêta l'évènement, célébrant mon «dépucelage». Désormais je faisais vraiment partie des leurs. Je les entendais rire, j'entendais Stavros raconter la scène à grand renforts d'effets théâtraux, je les entendais me dire que mon état est normal, que ça fait toujours ça la première fois, que demain ça irait mieux et que dans quelques temps j'y prendrai même un certain plaisir. Là encore ils avaient raison, à ceci près que mon esprit est toujours réfractaire à l'idée de consommer de l'humain et que j'évite au maximum de le faire, bien que les qualités gustatives et énergétiques soient exceptionnelles.


Après quelques semaines de chamboulement, le gros des mutations était terminé. Je continuerai d'évoluer bien sûr, mais lentement à présent. Je pus alors me mettre à mon nouveau travail, et étudier le monde des démons.
Jeu 6 Jan - 20:25 (2011)
Jess
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Le poste qu'on me confia pour mes qualités de diplomate n'existait pas et fût spécialement créé à mon intention. Je ne mesurais réellement l'ampleur de ma tâche qu'une fois le nez plongé dans le travail. Pour être un bon diplomate, il me fallait d'abord être journaliste, historien, bibliothécaire...


La société démonique est complexe et très hermétique. Aucun traité sérieux ne faisait état de son fonctionnement, et il fallut commencer par amasser un maximum d'informations par le biais d'articles de presse, de témoignages (mais pas de démon, hélas ! C'eût été trop facile), de mythes et légendes. Je revois ces nuits entières passées à trier, comparer, recouper, assembler méticuleusement des fragments d'informations pour comprendre la société démonique. Des semaines, des mois d'un travail de fourmis. J'avais heureusement réuni autour de moi une équipe restreinte mais très efficace qui m'apporta une aide précieuse.


Au bout de huit mois d'un effort acharné, nous avions enfin esquissé un schéma général et cristallisé le fonctionnement de la société démonique dans un traité concis et ultra-secret intitulé le Daîmonicon. Durant les années qui suivirent, ce traité n'eût de cesse d'évoluer au gré de l’accroissement de mes connaissances. Il reste aujourd'hui encore un document unique et sulfureux, connu de très peu de vampires haut placés. Voilà sans doute la seule trace que je laisserai de mon passage sur terre, voilà même peut-être l'unique but de mon entière existence. Je mesure avec effroi le poids de ma responsabilité : nul doute que révéler son existence constituerait une déclaration de guerre ouverte aux démons, et pourrait bien provoquer l'anéantissement total des vampires.


Je revois mon ouvrage, sa couverture de cuir marron très simple. Je le tiens dans mes mains, l'ouvre et sens l'odeur familière de son papier vélin. Je parcours le fil de l'écriture, m'émerveille à nouveau sur les croquis à la mine de plomb qui illustrent les propos. Ce qu'il raconte, je le connais par coeur.
J'en parcours à nouveau quelques paragraphes par pur plaisir.


«Les démons sont une espèce à part entière. Nombre de rumeurs rapportent qu'à l'origine anges et démons sont une seule et même race, mais qu'une scission ancestrale s'est opéré et que depuis ils évoluent séparément. Là encore de nombreuses théories circulent pour tenter d'expliquer ce schisme, dont la plus connue et redondante est l'histoire de l'ange déchu. Pour autant toutes ne sont qu'hypothèses, et je n'ai jamais pu rassembler suffisamment d'éléments crédibles pour faire émerger de ces allégations une vérité établie.


Ce qui ne fait pas de doute cependant, c'est qu'anges et démons se vouent une haine illimitée et sont en guerre perpétuelle. Nulle trêve, nulle sécession n'a jamais eu lieu d'aussi longtemps que peut remonter la mémoire collective. L'origine du conflit est depuis longtemps perdue et oubliée, et aujourd'hui ils se haïssent et se combattent par atavisme, un peu comme les chiens et les chats. La notion de bien et de mal n'a plus rien à voir, le conflit est au-delà de cette vision manichéenne du monde. Les démons peuvent faire preuve de clémence et de compassion, les anges sont parfois cruels et injustes.


[...] Chaque démon est unique par ses pouvoirs et sa forme, mais on peut les ranger en 5 catégories différentes. Il y a les anthropomorphes, semblables en tout point aux humains pour leur apparence physique. Cette caractéristique leur permet d'infiltrer parfaitement la société humaine. Les humanoïdes ressemblent également aux humains, mais ils ont cependant des attributs particuliers qui les distinguent : couleur et texture de peau, forme des yeux et des oreilles, excroissances osseuses en tous genres, etc... Ces deux catégories représentent l'essentiel de la société démonique.


Beaucoup plus rares sont les trois autres catégories : les parasites d'abord, qui vivent aux crochets d’un hôte, humain, vampire, démon, animal ou autre. Il s'infiltre dans son hôte sous une forme quelconque : insecte, vêtement, aliment, objet, tout ce qui peut entrer en contact avec le corps. On en a déjà qui avait la forme de membres tels que des mains ! Elles coupent le bras de l’hôte et s'y substitue. Une fois installé dans leur hôte, ils prennent possession du corps puis de l’esprit. La volonté de la victime joue un grand rôle, et le parasite peut-être rejeté. Il cherche alors une nouvelle victime.


Il y a également les solitaires. Leur particularité est qu’ils sont énormes, et n'ont pas de forme véritablement définie. On sait très peu de choses sur eux car on n'en voit que très rarement; ils vivent et combattent sur d'autres plans que le nôtre. On rapporte que l'écrivain américain H.P. Lovecraft en aurait aperçu un et n'aurait eu de cesse de s'en inspirer tout au long de son Oeuvre.


Les derniers démons sont appelés les oubliés. Cette catégorie rassemble tous les démons dont on ne sait rien, et dont on doute simplement de l'existence. On raconte qu’ils forment la garde personnelle du Maître des Démons, et maîtrisent des magies interdites et dangereuses pouvant causer la destruction de dimensions.. Mais ce n’est bien sur qu’une rumeur, et personne ne se donne la peine de chercher.


Toute la complexité du mécanisme de la société démonique réside dans ce paradoxe : c'est une société martiale composée d'individus égocentriques et égoïstes. Ce qui permet cet illogisme et le transforme même en une machine d'une puissance colossale, ce sont les rapports de force omniprésents entre tous les démons. Ainsi chacun trouve sa juste place dans la hiérarchie, monte ou descend au gré de ses victoires ou de ses échecs. Un faible est éliminé sans état d’âme. Les rares déserteurs, les renégats et les traitres sont pourchassés, torturés et occis.


La structure de la société est pyramidale. La base est composée des cohortes de soldats, simples démons aux pouvoirs limités qui servent de chair à canon dans les différentes batailles. Au-dessus, les démons inférieurs sont le premier échelon des sous-officier de l'armée démonique et jouissent de pouvoirs plus étendus. Au deuxième échelon on trouve les démons mineurs. Puis viennent les officiers, composés des démons supérieurs et démons majeurs au nombre de 100, dotés de pouvoirs immenses.


Enfin viennent les 5 haut-démons composant le conseil du cercle, généraux en chef des armées. Leurs pouvoirs sont immenses. Ils représentent chacun une catégorie de démon : il y a Asmodée le perfide à la forme humaine, Astaroth le laid, commandeur des humanoïdes, Cranec aux deux-têtes, qui doit son nom à sa forme céphalique greffée au corps putréfié d'un humain, Béhémoth l'extérieur représentant les solitaires. On sait qu'il y a un cinquième membre du conseil, mais ni son nom ni sa forme ne peuvent être décris.


Les 5 haut-démons sont les seuls habilités à rencontrer leur chef suprême : Hadès, Lucifer, Méphistophélès, Satan, Melmnoch... peu importe le nom pour le Souverain de la cinquième dimension. Nul humain, nul vampire, nul démon même majeur ne l'a jamais vu ou approché, et celui qui prétend le contraire n'est qu'un affabulateur. Cependant, personne n'ose douter de son existence et de sa légitimité.


[...] L'essentiel de l'énergie des forces démoniques est concentré dans la guerre qui les oppose aux anges. Leurs relations avec les autres espèces vivantes sont basées autour de l’achat et la vente d’âme. Les démons s’en nourrissent, comme les vampires de sang, l‘effet est similaire, mais à la différence des vampires les âmes ne sont pas vitales pour les démons et la prise d’âme provoque une dépendance plus ou moins forte, et augmente les capacités des démons. Qu’importe la provenance de l’âme, de vampire, d’humain, de démon, d’animal, d’elfe, d’ogre, elles sont toutes comestibles, même si les meilleures sont celles des humains et des vampires deux-fois nés. Elles procurent de la puissance et de la force à celui qui s’en nourrit. De nombreuses races vendent des âmes aux démons, qui ne cherchent pas à savoir d’où elles viennent. Les démons peuvent également aspirer l'âme d’une victime affaiblie pour s’en nourrir, et c’est de loin la raison qui les pousse les à interférer avec le monde des humains.


Les démons entretiennent donc des relations uniquement commerciales avec les autres races, pas d’alliance militaire, pas de pacte. Enfin pas officiellement. Officieusement le gouvernement démonique entretient avec plusieurs races des alliances offensives, des arrangements en cas de conflits, mais cela reste secret. A part avec les anges, les démons ne sont pas opposés à d’autres races. Ils sont en paix : pas d’hostilité, ni d’amitié particulière.


Leur rapport officiel avec les vampires est donc stable. Certains conflits mineurs et ponctuels ont éclaté parfois, mais ils se sont toujours réglés entre individus et jamais ils n'ont mis en péril l'entente tacite entre ces deux peuples. Excepté une fois.


Le livre se referme, et les images du drame s'y superposent. Ce drame qui faillit engendrer un conflit généralisé conduisant à la destruction de toute chose vivante. Ce drame qui fit perdre la raison à mon roi, qui bouleversa ma vie à tout jamais et qui marqua l'effondrement de la superbe civilisation des vampires. Ce drame qui faillit compromettre la stabilité du monde : le meurtre de la Reine.
Jeu 6 Jan - 20:25 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Ma Reine est morte une douce nuit de décembre, le 22 exactement, jour du solstice d'hiver. Chez les vampires cette date donnait lieu à de grandes fêtes, puisque c'est la nuit la plus longue de l'année. On célébrait donc l'évènement et en particulier chez les premiers-nés (qui composaient l'aristocratie) à grand renforts de bals, de réceptions, d'orgies, de feux d'artifices. Les buffets étaient garnis plus que de raison, le sang et le champagne coulaient à flot, les dames rivalisaient d'élégance et d'audace dans leurs plus belles parures conçues spécialement pour une soirée.


Cette année là, la réception la plus importante et la plus prestigieuse avait été organisée au château de Laze. Lord et Lady de Laze recevaient le grand monde, et en particulier la Reine le prince et la jeune princesse qui les honoraient de leur royale présence. Le Roi quant à lui n'appréciait pas ce genre de manifestation et était trop occupé pour y participer.


Si l'essentiel de la fête était consacré à l'amusement et aux frivolités, c'était également l'occasion pour certains de parler affaire et de conclure des marchés juteux, à l'écart des réjouissances, dans les petits salons privés. Il arrivait même parfois que des émissaires d'autres races soient conviés à participer à cette soirée, ce qui était un immense honneur et un gage de confiance ostentatoire.


Cette nuit là donc était superbe, les étoiles scintllaient dans le ciel comme les diamants aux oreilles des dames, et bien au-dessus d'elles brillait ma Reine. J'étais sous le charme, enivré, par l'ambiance qui flottait alentour, admirant ma deuxième mère qui enveloppait cette soirée de la chaleur de son sourire et de son aura. Un peu plus loin, le prince et la princesse batifolaient avec les jeunes de leur âge.


Puis le devoir m'avait rattrapé, et j'entamais une discussion toute professionnelle avec mon confrère en charge des relations angéliques. Les minutes avaient passé, et pris dans l'échange passionné je ne prêtais plus attention à la Reine. De temps en temps je voyais le couple princier passer dans mon champ visuel, me rassurant sur le fait qu'ils n'étaient pas cachés à préparer quelque bêtise, et m'absorbait à nouveau dans la discussion.


Peu à peu pourtant, une inquiétude grandit en moi. Sourde d'abord, puis anxiété et enfin angoisse aïgue. Je n'étais plus à la conversation, je cherchais fiévreusement la Reine du regard et ne la trouvait pas. Je m'excusais à la hâte auprès de mon interlocuteur, pris congé et fendit la foule pour la retrouver. Mon instinct me hurlait qu'il se passait quelque chose d'anormal, et de grave. Paniqué, je trouvais le prince, le saisit au bras sans ménagement et lui demanda de but en blanc où se trouvait la Reine. Il me lança un regard boudeur, meurtri que je le traite ainsi devant son parterre de prétendantes et me répondit qu'elle s'était retiré dans un salon à l'étage pour discuter avec un émissaire et que je n'avais pas à m'inquiéter vu qu'elle était escortée par sa garde personnelle.


Je lâchais le prince et grimpais le grand escalier quatre-à-quatre et m'enfonçait dans les couloirs. J'ouvris à la volée nombre de portes, dérangeait des parlementations, des ébats amoureux, des gens au repos ou des libations sanglantes. Mon angoisse grandissait à chaque foulée. Enfin, j'ouvris une grande porte à double battants...


Dans l'antichambre, trois corps déchiquetés jonchaient le sol. Dans la pièce principale, deux nouveaux corps sans vie. Et sur le sofa... oh non.... ma Reine.


Je revis cet instant effroyable, la plus grande détresse que j'ai vécue de ma vie d'humain et de vampire confondues. Ma mère originelle était morte bien des années auparavant sans que je sois près d'elle, puisque j'étais déjà devenu vampire et que j'avais coupé tout contact avec ma vie d'humain. Et à cet instant précis je perdais celle qui m'avait fait naître une deuxième fois.


Penché en avant, son corps sans vie entre mes bras, pleurant et hurlant sans qu'aucun son ne sorte de ma gorge, j'aurais pu mourir aussi. J'avais perdu toute lucidité et tout instinct de survie, et j'étais une proie facile. Par chance, la pièce était vide : l'assassin avait quitté le lieu du crime par la fenêtre grande ouverte.


Je ne sais combien de temps je suis resté prostré là, serrant la Reine contre moi, la berçant doucement. On avait sans doute dû s'inquiéter de sa dispartition, on l'avait cherchée et on avait fini par nous trouver. On me brutalisa pour me séparer d'elle, dans l'affolement général on me prit même pour son meurtrier puis on se rendit compte de mon identité et que ce ne pouvait être moi. Perdu dans les brumes de mon chagrin, je crus entendre prononcer «la marque du démon».


On m'emmena, et les jours qui suivirent furent irréels, mélange de gueule de bois, de refus de la vérité et de profond accablement. On me chargea d'annoncer la funeste nouvelle à Sa Majesté, ce que je fis mécaniquement. Il entra immédiatement dans une fureur sans borne, que rien ne devait jamais stopper, s'en prit à moi, me roua de coups. Je ne réagis pas, la douleur physique n'étant rien comparée à la détresse morale dans laquelle j'avais sombré. Pire, je trouvais cette rossée méritée : j'aurai dû être auprès de la Reine, je l'aurai protégée, je me serai sacrifié pour elle. Puisque je n'avais pu le faire pour la sauver, alors je le ferai à titre posthume. Je voulais mourir.


Le Roi ordonna que l'assassin soit systématiquement démasqué, pourchassé et arrêté. Il se chargerait lui-même de le torturer. Très vite l'enquête s'orienta vers la piste démonique, eût égard à l'émissaire qui avait eu l'entretien avec la Reine dans le salon privé et qui avait disparu sans que personne ne le voye au moment du meurtre, et à la marque scarifiée sur le front de celle-ci.


En tant que diplomate en charge des relations entre vampires et démons, j'étais donc en première ligne pour mener l'enquête et interroger mes contacts au sein du peuple démon. Je jouais sur des oeufs, pressé sans cesse par le Roi qui criait sa soif de vengeance et évoluant dans un univers de démons susceptibles et avares d'informations. Pour autant je prenais des risques, car moi aussi je voulais voir l'assassin de ma Reine être sévèrement puni.


A force de patience et de ténacité, j'obtins donc des éléments de réponse. Mais si malgré mon chagrin inextinguible je retrouvais peu à peu ma lucidité et mon aplomb, le Roi s'enfonçait jour après jour dans la folie. N'obtenant pas satisfaction, il décida de déclarer la guerre aux démons. A défaut de l'individu il voulait anéantir toute sa race.


Evidemment cette décision provoqua la scission au sein du peuple vampire. Presque tous avaient conscience que c'était pure folie, un suicide collectif face à un peuple bien plus fort, bien plus nombreux, bien mieux organisé que nous, rompu à l'art de la guerre. Malgré tout beaucoup suivirent le Roi, on créait du deux-fois nés par légions entières pour renforcer artificiellement les rangs, provoquant après coup un affaiblissement considérable de notre peuple.


Par chance, au même moment la guerre entre démons et anges faisait rage et mobilisait une grande partie des armées démoniques. Cette déclaration de guerre du peuple vampire fût vécue par les démons comme un contretemps regrettable, une nuisance tout au plus, provoquée par la folie d'un chef. Pour mater au plus vite et sans trop d'énergie cet élan belliqueux, il fallait neutraliser ce chef. Ce fût chose faite par un commando spécial, et en quelques semaines le problème fût réglé.le Roi avait rejoint sa Reine. Du moins le croyais-je à l'époque.


Privée de souverain, avec un prince et une princesse trop jeunes pour régner, l'aristocratie se livra à des guerres intestines pour s'accaparer le pouvoir. Ce furent des années sombres d'intrigues, de coups bas, de meurtres, d'alliances de façade et de trahisons. Affaiblie qui plus est par des hordes de deux-fois nés incontrôlables, la société vampirique déclina et finit par se désintégrer. Les vampires devinrent des êtres solitaires ou vivant en groupuscules, sans aucune cohésion, sans aucune culture.


Pour ma part je m'étais retiré dès que j'avais compris que la folie du Roi ne s'arrangerait pas et nous conduirait à la catastrophe. J'avais trouvé refuge dans une petite ville de pêcheur du nom de Palangra, y menait une vie tranquile loin des tumultes.


Le meurtre de la Reine ne fût jamais résolu. Je disposais d'informations récupérées auprès de mes connaissances démons, et que je n'avais jamais livrées à quiconque, et encore moins au Roi qui de toute façon était déjà fou. Quelque chose clochait dans cette histoire, la piste démonique était trop balisée, trop simple, trop évidente. J'avais de gros doutes qu'un démon soit l'assassin, et mes contacts me confortèrent dans cette idée. Un être détenait des données capitales quant aux évènements de cette soirée tragique : l'émissaire démon qui avait rendu visite à la Reine. Je ne l'ai jamais vu, je n'ai jamais pu le localiser ou l'approcher, on ne m'apprit que son nom : Dëss.
Jeu 6 Jan - 20:25 (2011)
Jess
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J'entamais donc ma vie de vampire solitaire à Palangra. En tant que deux-fois nés, je n'eus pas trop de mal à m'intégrer dans la société humaine, tout en restant discret et en gardant quelque distance. On devait me prendre pour un poète mélancolique, vivant en décalage du monde et ça m'allait très bien.


Je coulais des jours paisibles, dans cette langueur caractéristique des rivages méridionaux. Une vie simple, calme et contemplative, rythmée par les saisons et la nature environnante. Tout dans cette ville avait un goût différent, l'air parfumé par les odeurs marines et les plantes des rocailles, jusqu'au sang qui était discrètement plus salé. Depuis bien des années je n'avais pas connu de repos du corps et de l'esprit plus total, qui me permit de faire le deuil de ma Reine et de mon Roi, et de me retrouver en tant qu'individu. Toute ma vie jusque là s'était déroulée à cent à l'heure, dans une succession de rôles et de fonctions, et jamais je n'avais pris le temps de me poser pour faire le point sur moi-même. Mon nouveau statut de vampire avait châssé celui d'humain, simplement, et j'avais poursuivi mon karma sans trop prendre la mesure de l'aspect extraordinaire de la chose, et de ses implications dans mes rapports à l'existence.


Une fois ce travail sur moi-même accompli, je m'ouvris un peu plus vers l'extérieur et vécut ce que je pense être aujourd'hui les plus belles années de ma vie. Les plus sereines en tout les cas. Je passais des heures sur ma terrasse surplombant la mer, confortablement assis dans mon fauteuil de Manille, à observer pensivement les étoiles et à réfléchir sur certains concepts que j'avais éludé jusque là.


Je passais particulièrement des heures à réfléchir à mon immortalité. C'est une idée qui excite et terrorise à la fois. Une immortalité relative bien sûr, que ma situation actuelle de quasi-mort en transit illustre parfaitement. Cette sensation que le temps n'a plus de prise sur nous, que le corps est indestructible ou presque, me renvoyait à l'insouciance de mon enfance humaine, alors que la mort est un concept abstrait qui ferme les yeux du cowboy dans la cour de l'école.


La course contre le temps n'a plus de raison d'être, le compte à rebours s'est arrêté. Je me sentais libéré d'un poids énorme, mais paradoxalement la vie me paraissait plus fade, plus pastel, plus terne. Je n'avais plus d'urgence, plus de priorité. C'est l'exact opposé du sentiment qu'éprouvent les gens atteints d'une maladie grave : la proximité de la mort leur confère une soif de vivre incroyable, et ils décuplent leurs capacités à apprécier chaque bon moment. La fureur de vivre.


Après avoir longuement médité sur ce thème, j'en conclus que ma curiosité intellectuelle allait pouvoir être comblée. Il y a tellement de choses à découvrir, de livres à parcourir, de sites à visiter, et pour lesquels désormais je n'étais plus limité. Contrairement à mon sentiment premier suite à la mort de la Reine, je ne voulais plus mourir. Je voulais vivre, m'enrichir et grandir spirituellement. Et le jour où j'aurai fait le tour de toute chose, où je serai las, et bien je pourrai toujours provoquer un démon en duel, ou un ange pour qu'il mette fin à mon existence.


A cette époque, les humains découvraient l'étendue géographique de leur propre monde. C'était l'époque de la renaissance de l'antiquité, de l'essor de la communauté scientifique et des grandes expéditions maritimes. Je décidais de me raccrocher à cette aventure, et de participer de manière active à cette période faste de l'Histoire humaine. Je me mis à apprendre les cartes existantes à l'époque, à me servir des instruments rudimentaires de navigation, à rassembler et à lire les récits de marins. Je flânais sur les ports en écoutant les conversations, en quête d'un navire appareillant bientôt pour une destination inconnue. Ma patience finit par être récompensée.


J'embarquais donc sur une fine caravelle, à vocation commerciale et scientifique. Mes connaissances en anatomie humaine et quelques documents falsifiés me permirent de revendiquer un poste de médecin de bord. Je pris mes quartiers, puis sorti sur le pont et attendit dans une grande excitation que l'ordre d'appareiller soit donné et que les amarres fussent larguées.


Je ressens à nouveau l'odeur de l'iode et du bois ciré, l'impatience des marins, la crainte des familles amassées sur les quais. Et puis la voix du second qui retentit dans le crépuscule, et les hommes qui réagissent au quart de tour, synchrones, chacun à son poste et à son rôle précis, comme une belle machine qui se met en branle. Les voiles sortent, les amarres sont larguées et la navire se détache doucement du quai, glisse lentement vers la passe du port sous les cris et les au-revoir des spectateurs, puis prend de la vitesse et de la gîte vers le large, l'horizon, l'immensité tendit que derrière la ville rapetisse encore et encore, et que la côte finit par disparaître. La sensation alors est d'une intensité incroyable, quand pour la première fois on se retrouve au milieu de l'onde, sans plus une once de terre ferme en vue. La crainte de l'inconnu d'abord, et puis un impression de liberté absolue.


Ce fût donc mon premier voyage, le baptème d'une longue et multiple série d'expéditions en tous genres sur les sept mers. De ma deuxième vie jamais je n'avais été aussi près d'une société humaine, au coeur d'un des environnement les plus confinés qui soient, dans une position assez dangereuse où il me fallait prendre beaucoup de précautions pour que ma véritable identité n'éveille pas de soupçon.


Mon statut de médecin me conférait déjà un rôle à part, des quartiers particuliers, un respect et une crainte de l'équipage (y compris des officiers). On trouvait normal que je m'isole, que je ne sorte que rarement sur le pont et que par conséquent ma peau soit plus blanche et plus fine que le cuir des marins patiné par le sel et le soleil. On trouvait également normal que je travaille longuement la nuit, au calme, à la lumière d'une lampe à huile. Je complétais le tableau par un caractère taciturne qui ne poussait pas à la confidence, ce qui d'un point de vue médical n'était pas une bonne chose mais tuait dans l'oeuf tout éveil de curiosité à mon égard.


Je ne mesurai que plus tard le génie de mon intuition qui m'avait fait endosser ce rôle de médecin. Mon régime alimentaire de base était calqué sur celui des humains, et n'ayant pas à me servir de mes capacités vampiriques il suffisait à assurer l'essentiel de mes besoins énergétiques. Pour autant j'avais besoin de sang de manière régulière, et n'avait pas d'animaux à foison à portée de main.


Mon traitement de prédilection pour tous les maux de l'équipage était donc la saignée. C'était d'ailleurs un traitement très répandu de la médecine de l'époque et ça ne choquait donc personne. Qu'il vienne me voir pour une rage de dent, une insolation ou une intoxication alimentaire, le marin repartait toujours de ma cabine en maugréant avec quelques décilitres de sang en moins que j'avais recueilli dans un récipient. Une fois seul je l'absorbais avec délectation et sentais l'énergie vitale me régénérer, même si le sang était contaminé par quelque affection mineure. J'en jetais parfois par dessus bord, dilué avec de l'eau, à la vue de l'équipage pour donner le change.


En plus de mon rôle de médecin, et comme il était de mise à l'époque, j'occupais mon temps à l'observation : les oiseaux et les poissons, les populations indigènes que nous rencontrions, leurs coutumes, leurs langages, les plantes qu'ils utilisaient pour se soigner ou pour chasser, les étoiles, les insectes. Je vécus mille vies, exerçait autant de métiers différents, tantôt ichtyologue, cartographe, ethnologue, illustrateur, peintre, linguiste, reporter et je consignais toutes mes observations dans de volumineux ouvrages manuscrits contenants textes, annotations et dessins. J'avais également amassé une collection impressionnantes d'échantillons en tout genre qui fût l'objet de la convoitise de nombreuses universités. J'éparpillais tout cela dans diverses bibliothèques et facultés, sous divers noms d'emprunt.


Le fil conducteur de toutes ces aventures restait la mer. J'étais tombé éperdument amoureux d'elle. J'appréciais de rentrer chez moi, à Palangra, et y retrouver ma maison et ma vie terrestre pour quelques mois. Mais tous les soirs je la contemplais du haut de ma terrasse, et ne voyait plus la douce cambrure de l'horizon comme une limite, mais comme la courbe de départ de ma prochaine aventure. Alors il me fallait repartir.


Je ne devins jamais un bon marin, j'aurais été bien incapable de commander un navire ou même de mener seul une traversée sur une embarcation légère. Pour autant j'étais sur l'eau chez moi, et je comprenais en cela les grands navigateurs. Je ne me rappelle pas avoir jamais croisé la route du père de Taïla, le capitaine Tarkan Silverboat, mais j'ai rencontré nombre de ses semblables, et je leur voue une grande admiration. Peut-être est-ce un peu pour cela que je m'évertue à protèger sa fille ? Enfin, tant que j'étais en vie.


Je passais donc plusieurs siècles à naviguer sur le globe, à découvrir, à échanger, à redécouvrir au gré des évolutions technologiques des navires. Je vécus comme spectateur plusieurs guerres navales, le commerce triangulaire, connut la piraterie et la mutinerie. Et toujours je revenais me poser entre deux voyages dans mon nid, dans mon port d'attache : Palangra. J'étais heureux de cette vie, et je croyais que cela ne s'arrêterait jamais. Ca n'aurait d'ailleurs jamais dû s'arrêter.
Jeu 6 Jan - 20:25 (2011)
Jess
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Maintenant que je suis si près de la mort, je regrette de n'avoir jamais rassemblé les ouvrages dont je fus l'auteur sous de multiples identités dans une seule et même oeuvre. J'aurai pu aussi écrire mes mémoires, j'avais tellement d'anecdotes à raconter ! J'en aurai écris plusieurs tomes, à en remplir une bibliothèque à moi seul ! Tout ceci va disparaître avec moi dans l'oubli, à jamais. Quel dommage.


Je revois les dernières scènes de ma vie d'aventurier. Nous étions en mer, de retour d'une expédition de plusieurs mois dans les mers australes. Le port n'était plus très loin, la joie et l'impatience des marins grandissaient et étaient palpables. Encore quelques jours de mer et ils retrouveraient femmes et enfants à qui ils ramenaient des cadeaux exotiques. Ils toucheraient leur solde, passeraient des heures à raconter à un public friand la vie aux antipodes, les senteurs, les animaux, la nourriture...


La mer était calme, le ciel à peine voilé. Seul dans ma cabine, je classais mes notes, les recopiais, les illustrais, les saisissait sur mon ordinateur portable. Mon plus grand travail dans cette expédition, toujours en parallèle de celui de médecin, avait été de répertorier des essences de plantes et de fleurs encore inconnues jusqu'alors. J'avais constitué un herbier important, mais le travail de classification était long et fastidieux. Fort heureusement j'étais très méticuleux et doté d'une grande patience à la tâche.


Une agitation soudaine me fit lever la tête de mon travail. Les hommes couraient, sortaient des cales et affluaient sur le pont. Puis il y eût des cris : «Aux armes ! On nous attaque ! Tous sur le pont !» Je me précipitais hors de ma cabine, et parvenu sous la timonerie me figeais de stupéfaction et d'effroi.


Sur tribord, un grand voilier aux voiles grises était venu se mettre à couple. Je n'avais pourtant ressenti aucune secousse, aucun choc lors de l'abordage, et mes ultrasens de vampire n'avaient perçu aucune présence étrangère. Puisqu'il n'y avait pas eu d'alerte, les radars ne devaient pas avoir capté de signal. Il était donc sorti du néant, voire même du passé car il ressemblait encore aux clippers du XIXè siècle alors que nous étions au XXIè siècle.


Tout au long de ces siècles de navigation, j'avais bien sûr entendu beaucoup de récits de la bouche de vieux loups de mer relatant des apparitions de navires fantômes, le plus célèbre étant celui du fameux «Hollandais Volant», et je les avais écouté avec intérêt. Dans le monde des humains, j'étais une des preuves vivantes que toute légende contient une part de vérité, et qu'il ne faut pas toujours prendre les racontars de marins saouls à la légère.


Les intentions de l'équipage du navire fantôme n'avaient rien de pacifiste. Je reconnus immédiatement en eux des vampires, mais à ceci près que l'un de leur bras était hypertrophié jusqu'à la caricature, et terminé par une main aux immenses griffes acérées. Décidément quelque chose clochait, et j'aurai du les sentir bien avant. C'est comme si on avait réussi à supprimer mes capacités extrasensorielles, ou camouflé leur présence.


Un vent de panique poussait les humains composant l'équipage de mon navire dans toutes les directions, systématiquement pourchassés par les vampires au bras griffus. Je me ruais dans la bataille, toutes mes capacités de vampire en éveil, et commençait à tailler dans la chair de ces assaillants hors norme, à la rescousse de mes compagnons humains. Ceux-ci furent d'abord ahuris de me voir dans cet état, mais comprirent très vite qu'ils avaient un allié de poids dans ce combat et redoublèrent bientôt d'ardeur. Ils se retournèrent contre leurs agresseurs et tentèrent d'organiser une résistance. Hélas la bataille était trop déséquilibrée, je manquais personnellement d'entraînement et nous fûmes finalement neutralisés. Beaucoup d'humains avaient péri et servaient de repas aux Infâmes, les autres et moi-même furent solidement enchaînés en transbordés sur le bateau fantôme. Puis notre bijou de technologie, ce navire océanographique aux instruments et aux informations si précieux fût coulé corps et bien.


On nous fît asseoir brusquement sur le pont. Sur le visage de mes compagnons je pouvais voir l'angoisse caractéristique des personnes dont le sort ne leur appartient plus. Certains étaient résignés, d'autres pleuraient, gémissaient, sanglotaient. La plupart étaient blessés.
Cette angoisse se mua soudainement en terreur à l'apparition d'un être de cauchemar et qui devait être le capitaine du bateau. Sa grande silhouette longiligne était enveloppée d'un suaire sale, et il se déplaçait d'une démarche molle et élastique. Il s'arrêta devant nous, et scruta les visages des prisonniers. Tous déviaent le regard pour éviter de croiser le sien. Lorsque ses yeux aux orbites profonds s'arrêtèrent sur moi, je tentais de résister. Son visage parcheminé se tordit dans ce qui semblait être un sourire effrayant, et pour la première fois j'entendis sa voix caverneuse :


«Tiens tiens... un vampire aux milieu des humains. Quelle surprise ! Les bâtards sont partout, décidément !»


Sans me quitter du regard, il reprit, plus fort, à l'intention de ses subordonnés :


«Celui-là au laboratoire. Les autres au garde-manger»


Et on nous emmena tous. Je fus donc séparé du reste du groupe, et quatre bras griffus me conduisirent fermement dans ce que je pensais être l'infirmerie. On m'allongea sur un brancart, on m'y enchaîna, puis deux humains en blouse blanche, visiblement apeurés eux aussi, vinrent m'administrer plusieurs piqûres. J'étais trop épuisé pour opposer une résistance sérieuse, et je finis par me laisser aller et sombrer dans l'inconscience.
Jeu 6 Jan - 20:26 (2011)
Jess
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Je ne me réveillais pas. Du moins, pas tout de suite. Les images, les scènes qui suivirent je les découvre seulement maintenant, comme un simple spectateur. Je vois enfin ce qu'il m'est arrivé pendant ces dix jours qu'on m'a volé, et dont ma mémoire consciente n'avait gardé absolument aucune trace. Il m'a fallut attendre d'être mort pour retrouver ce temps perdu. On dit que lorsqu'on meurt on voit sa vie défiler devant soi, et c'est vrai. Toute sa vie. Même celle qu'on croyait oubliée. Même celle qu'on nous a volé.


Pour la première fois je vois mon corps en contre-plongée, toujours allongé dans l'infirmerie sommaire du navire fantôme. Les blouses blanches continuent à s'affairer autour de moi, me reliant à des appareils électroniques spéciaux capables de mesurer mon pouls de vampire et ma respiration, m'implantant des cathéters, des sondes. A les voir oeuvrer, je me rends compte que les gestes qu'ils accomplissent sont bien huilés. Ils ont l'habitude de ce genre de protocole.


Enfin satisfaits de leur travail, ils sortent de la pièce en éteignant les lumières. Mon corps reste seul, baigné des lumières colorées vertes, jaunes, rouges, et les bips des différents appareils.


A plusieurs reprises l'équipe médicale revient exécuter quelques gestes de routine, pour vérifier les relevés et les réglages des machines, m'alimenter ou encore vider les récipients des liquides organiques. Une fois leurs tâches accomplies ils repartent, me laissant à nouveau seul. Enfin, l'équipe revient accompagnée de deux bras griffus en costume gris sombre. Ils débranchent quelques fils, répartissent le reste sur des tablettes et des portiques reliés au brancart, et m'emmènent.


Le bateau a accosté de nuit dans un port industriel. Sur le quai, un comité d'accueil composé de limousines, de gros pickups, de camions et d'hommes nous attend dans sa livrée noire. Un petit cargo rouge est également de la partie et est venu se ranger docilement au côtés de notre navire fantômatique. Sa proue d'ouvre en deux, permettant aux cmions d'aller y chercher leurs remorques.


Une fois ce ballet mécanique accompli, c'est à notre tour de débarquer. Un impressionnant cortège de vampires au bras griffus ouvrent la marche et franchissent la passerelle. A leur suite je reconnais différents humains en blouse blanche qui se sont occupé de moi, et d'autres que je ne connais pas. Viennent encore des bras griffus, puis l'être momifié dont sourd une aura particulièrement mauvaise. Puis c'est mon tour, toujours inconscient sur le brancart. Viennent enfin les humains terrorisés, enchaînés en file indienne, escortés et aiguillonnés par les infâmes.


Un embouteillage stoppe la procession sur la passerelle dans une certaine cohue-bohue. Une des blouses blanches a réussi a s'échapper du groupe et a disparu derrière un empilement de containers. Quelques hommes en noir partent à sa poursuite, puis reviennent, bredouilles.


La file se remet en marche. On nous répartit dans les véhicules, et pour ma part j'ai droit à une ambulance, noire elle aussi, et sans sirène. Enfin, le convoi démarre et nous quittons le port. Personne à part moi ne semble avoir pris conscience qu'il y a un intrus dans le convoi, et un autre qui nous suis de haut. Je ressens leur présence sans pouvoir déterminer de qui et de quoi il s'agit.


Nous traversons successivement la ville déserte à cette heure, puis les faubourgs, la campagne, et nous arrivons aux portes du désert. Si je n'avais pas été plongé dans un sommeil artificiel si profond, je crois que j'aurai souffert des cahots de la piste et de la longueur du voyage. Heureusement la mort ne connait pas l'ennui.


Cette région du monde est le lieu d'un climat particulier. Il fût baptisé le désert des pluies car il connait des orages aussi soudains que violents qui ravinent et modèlent le paysage . Il connait aussi des bourrasques de vent d'une puissance inouie, des écarts de température extrêmes, des tempêtes de sable et de neige. Si on rajoute à cela une activité volcanique et tectonique constante, on dirait quelque laboratoire d'une divinité lunatique, où le temps change subitement selon l'humeur de son créateur. Un Dieu minéral, artiste-sculpteur, puisque ces conditions extrêmes qui balayent incessament la surface du sol rendent toute vie organique impossible. L'érosion est très forte, met en valeur et polit la roche dure qui seule résiste et émerge dans le paysage toujours en mouvement. Les formes qui en résultent sont énigmatiques et superbes, figure abstraite ou morphisme animal, lentille plate ou flèche tendue vers le ciel., cheminée de fée ou dentelle gothique.


Peut-être ce lieu abrite-t-il la fameuse forge d'Héphaïstos ? Peut-être avons nous débarqué sur une autre planète, une planète adolescente où tout se façonne pour accueillir la vie ?


Toujours est-il que ces conditions particulières effacent toute trace du passage de notre convoi, renforçant ce sentiment d'être dans un autre monde, hors du temps, dans le monde minéral où le référentiel temporaire se situe entre le millénaire et le million d'années. On se rend alors compte à quel point le monde organique est fragile et éphèmère.


Par chance le ciel est dégagé ce soir, et je repère le positionnement des étoiles dans le ciel. Réflexe d'ancien marin.Les pilotes du convoi doivent également avoir de bons repères, ils semblent se guider sans aucun problème à travers cette immensité et en l'absence de tout balisage.


Devant nous se profile une falaise, résultant de quelque affaissement géologique. Au-dessus un immense plateau s'étend à perte de vue. Comme nous arrivons au pied de la falaise, le convoi ralentit, puis s'immobilise. Sur la droite du convoi, j'avise un sommet rocheux en forme de double pointe. Ironie du sort, on dirait deux canines dressées vers le ciel. Entre ces deux dents rocheuses, le disque lunaire baigne le paysage d'une lueur blanchâtre.


La grande silhouette longiligne de la momie avance en flottant le long du convoi. La clarté lunaire souligne sa présence en projetant une ombre étirée sur le sol. Il s'immobilise au pied du mur de roche. Je ne distingue pas ce qu'il fait, ni n'entend ce qu'il peut dire. Soudain, dans un grondement sourd, une lézarde apparaît dans la roche. Le sol vibre, les camions tremblent. La lézarde s'élargit, devient faille, et un tunnel béant apparaît. L'être réintègre le convoi, nous repartons et nous enfonçons dans les entrailles de pierre.
Jeu 6 Jan - 20:26 (2011)
Jess
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Flottant toujours dans les limbes, je poursuis le visionnage de ma vie passée et continue à découvrir les fragments qu'on m'en a volé.


Nous cheminons le long de parois rocheuses, dans des couloirs grossièrement taillés dans le basalte, puis nous débouchons soudainement dans une structure clairement mise en oeuvre par la main humaine : la route est bétonnée, les tubes de circulation sont doublés de matrices en béton concaves, régulièrement éclairés par des néons, et ventilés. Nous suivons un dédale complexe, reliant différentes salles où sont stationnés des camions noirs comme les nôtres, estampillés d'un petit «F» doré, et bordées de parois semi-vitrées derrière lesquelles on distingue des pièces et de l'activité. Nous croisons également de nombreux gardes en arme, dont quelques bras griffus.


Cette infrastructure me fait penser à quelque centre de recherche ultra-secret ou abri anti-atomique construit par l'homme, et qu'une autre espèce animale serait venu parasiter en creusant sa propre galerie. En ces lieux règne le Haut-Mal, je le sens. On dirait qu'il suinte des murs. Je n'ose imaginer ce qu'il est advenu des humains qui occupaient ces lieux auparavant.


Au fur et à mesure que nous nous enfonçons dans la croûte terrestre, le convoi diminue. Les camions contenant les prisonniers humains se sont arrêtés d'abord, puis ce fût le tour des remorques chargées depuis le petit cargo rouge. Enfin mon ambulance s'immobilise, aux côtés des camions renfermant les blouses blanches. On les fait descendre, et je suis le dernier qu'on emmène. Je ne sais s'il s'agit d'un honneur que l'on me fait.


J'observe mon corps toujours endormi que l'on transporte de salle en salle, et qu'on finit par transférer sur une sorte de table d'opération. Là une équipe de blouses blanches me prend en main, me dénude entièrement, et on me rebranche à toute une série d'appareils, de fils et de tubes. On m'inocule plusieurs produits en intraveineuse. Puis, à l'aide d'un scalpel, l'un d'eux pratique une minuscule entaille sur la face interne de mon avant bras gauche. A l'aide d'une petite spatule, il prélève quelques fragments de ce qui semble être des tissus organiques dans une coupelle, qu'il insère sous ma peau. J'ai l'impression d'être une huître que l'on vient d'inséminer avec un grain de sable.


Immédiatement mon corps réagit, et les veines du bras gonflent et prennent une couleur foncée. Je m'agite dans mon sommeil artificiel, et les différents appareils s'excitent et émettent quelques bips d'alarme, ce qui ne semble affoler personne. On m'administre de nouveaux produits, et mon corps retrouve peu à peu le calme puis l'immobilité de l'anesthésie. Mon bras palpite, comme si un coeur battait dedans. Un coeur minuscule, pas plus gros qu'une perle.


A nouveau on me débranche partiellement et on me transfère dans une autre salle, immense celle-ci. Elle contient de grandes cuves de verre, remplies d'un liquide bleuté dans lesquelles flottent les corps nus de vampires, mâles et femelles. Mes semblables. Comme moi, ils sont inconscients et reliés à de nombreux fils et tubulures. On dirait des pantins. Tous ont un bras hypertrophié, à divers stades d'évolution.


On me passe un harnais et on me hisse au-dessus d'une grande cuve inoccupée, puis on me plonge à mon tour dans le liquide bleuté. Enfin les blouses blanches s'en vont, et on me laisse au milieu de mes congénères dans ce musée des horreurs. La mutation est en marche.


Plusieurs jours doivent s'écouler ainsi. Régulièrement un petit groupe de blouses blanches vient faire le tour de toutes les cuves et surveiller l'évolution de la mutation. Certains bras griffus sont extraits des cuves tout ruisselants, on les laisse suspendus pour les égoutter puis on les emmène ailleurs toujours inconscients. Les cuves sont purgées, puis remplies à nouveau par le même liquide, et on amène de nouveaux vampires.


Si j'observe une évolution régulière de la mutation du bras de mes voisins de cuve, il n'en va pas de même pour moi. Mon bras avait certes commencé à enfler, à se couvrir de marbrures noirâtres, mes doigts à se tordre, à pousser et à durcir en griffes tout comme les autres, mais le processus s'est ralenti, s'est arrêté et il me semble même qu'il s'inverse et que mon bras revient à la normale. Ce phénomène n'a pas échappé aux blouses blanches dont la moue sceptique au fil des visites s'accentue, tourne à l'incrédulité puis à l'inquiétude. A plusieurs reprises on me sort de la cuve, on répète l'opération d'insémination dans mon bras, et à chaque fois cela ne semble pas se passer comme ils le souhaitent. Mon bras enfle puis désenfle et cicatrise parfaitement, semant la consternation et l'angoisse chez les scientifiques.


A la cinquième tentative infurcutueuse, les humains sont au bord de la panique. Alors que je suis allongé dans la salle d'opération, l'être mauvais vient me rendre visite. Dès qu'il entre dans la pièce, toutes les blouses blanches se recroquevillent dans le coin de la pièce, excepté un qui doit être leur supérieur.


C'est donc lui qui vous donne tant de fil à retordre ?


L'humain répond d'une voix tremblante :


«Oui Monseigneur. Nous... nous ne comprenons pas. Il n'y a jamais eu de phénomène de résistance ou de rejet jusqu'à présent. Si le sujet ne meurs pas des suites de l'insemination, la mutation donne 100% de résultats positifs. C'est la première fois que l'insémination de prend pas, et pourtant nous avons rigoureusement suivi le même processus. A cinq reprises même, et sans succès.»


Un lourd silence menaçant pèse sur l'assistance.


C'est impossible, professeur. Vous êtes une bande d'incapables, et je dois tout faire moi-même !


«Mais monseigneur il y a autr...»


Silence ! Je vais vous prouver votre incompétence !


De l'entrebaillement de sa manche grisâtre s'avance une main décharnée pourvue de longues griffes acérées. Du bout de l'une d'elles, il pratique dans mon avant-bras une fine entaille dans la structure musculaire. Puis il dénude son propre avant-bras gauche, sorte d'os recouvert de chair en décomposition. Toujours à l'aide de sa griffe, il détache un petit lambeau de muscle, qu'il vient ensuite enfoncer dans l'entaille de mon bras. Immédiatement mon corps se cambre sur la table, mon bras se met à palpiter et devient violacé, des ondes noires parcourent les réseaux sanguins et lymphatiques tandis que tous les appareils s'affolent.


Les humains sont tous retranchés dans l'ombre de la pièce maintenant, et je peux les entendre chuchoter :


«Ca va le tuer ! On a jamais greffé un tel morceau ! Il ne survivra pas !»


Silence, clôportes ! Si il a résisté à quelques cellules, ma chair aura raison de lui ! Soit il meurt, soit il vient grossir les rangs de mon armée !


Et d'accompagner ses propos par un rictus malsain. Il se délecte de la vue de mon bras turgescent, de la lutte interne que se livrent mes cellules et les siennes. Il gagne du terrain, il sait qu'il va vaincre. Que dans quelques heures je serais un bras griffu, comme tous mes congénères ici.
Le mal a gagné mon coude, il monte désormais dans le biceps, arrive à l'épaule, rampe sous ma peau dans le deltoïde, à la base du cou. Bientôt il prendra le contrôle de mon cerveau, et je serai l'un d'eux.


Arrivée dans le cou, l'expansion du mal ralenti, comme si elle rencontrai une résistance nouvelle. Une sorte de lueur dorée commence à irradier de mon plexus solaire, et bloque son avancée. Le visage de l'infâme perd de son assurance. Puis la lueur s'intensifie, et se met à couler dans mes veines comme de lave incandescente, purifiant tout sur son passage. Le mal recule, redescend dans le bras, revient à sa source. Ma peau s'écarte, et le lambeau que l'être m'a inoculé est ejecté, chauffé à blanc, sur la table. Mon bras cicatrise, intact.


L'être de cauchemar fulmine. Il approche son visage du mien, et me scrute longuement, comme si il cherchait à me reconnaître.


C'est impossible ! Qui es-tu, petite larve insignifiante, pour t'opposer à moi ?


Enhardi par l'échec de la momie, le chef des scientifiques ose reprendre la parole. Furieux, l'infâme se retourne vivement vers lui :


«Je... monseigneur, je voulais vous prévenir. Il y a autre chose. Devant nos échecs successifs nous avons procédé à des analyses approfondies, et ce qui nous avons découvert nous a littéralement abasourdis. Cela doit sans doute avoir un lien avec sa résistance»


QUOI DONC ?


«Et bien... les tests ADN sont formels : il y a ... un lien génétique entre vous deux.»


A ces mots, mes yeux s'ouvrent et rencontrent ceux de la momie. On peut y lire la surprise et la peur, et je crois que c'est la première fois qu'il éprouve ces sentiments. Pour ma part je ne suis toujours pas conscient, je n'ai aucun souvenir de ce qu'il se passe ensuite. Avec une rapidité fulgurante, j'arrache tous les tubes et tuyaux qui me perforent, me lève d'un bond de la table d'opération et détale dans les couloirs et méandres de la structure souterraine. Je bénéficie de l'effet de surprise, et d'un petit lap de temps avant que l'alarme ne soit donnée et que la poursuite s'organise.


Je vois mon corps courir et voler à une vitesse dont je n'ai jamais été capable. Je ne me reconnais pas. Ni mes yeux, qui au moment où ils se sont ouverts brûlaient d'un feu doré, ni ma démarche qui est beaucoup plus souple et féline, presque féminine. Mon corps est comme possédée par quelque entité surnaturelle.


Je tue sans m'arrêter tous les gardes qui tentent de me stopper, retrouve la route principale qui m'a conduit ici, avise une aération. Je saute au travers des grandes pales du ventilateur géant et le traverse comme un fétus de paille sans qu'il ne me fasse la moindre égratignure. Je suis invincible.


Enfin, je débouche à l'air libre, sous les étoiles. Je poursuis ma fuite à toute vitesse à travers le désert, nu, jusqu'à ce qu'à l'horizon le ciel blanchisse. J'ai réussi à m'échapper, trop rapide pour être rattrapé. Alors je ralentis ma course, trouve facilement un abri sûr dans ce paysage très accidenté, me roule en boule et m'endors profondément.


Je ne sais combien de temps j'ai dormi, mais lorsque je me réveille j'ai enfin repris conscience. Il pleut des trombes et le trou rocheux dans lequel je me trouve se remplit dangereusement. Hagard, hébété, mon corps cherche à s'extirper pour éviter la noyade tandis que mon esprit s'évertue à comprendre ce qu'il s'est passé, ce que je fais là.


Il y eût une anomalie, dans le temps et l'espace. Dans ma perception, plutôt. Un instant auparavant j'étais en pleine mer, et me voilà soudain nu au coeur d'un désert sous une pluie battante... Entre temps, 10 jours se sont écoulés, dont je ne pus jamais me rappeler. Il me fallut être mort pour enfin les retrouver.


On dit que quand on meurt on revoit sa vie défiler : c'est vrai. On récupère même le temps perdu.
Jeu 6 Jan - 20:26 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Les images et les émotions qui viennent ensuite, je les connais déjà. Même si j'ai erré quelque temps dans une sorte d'état second, j'avais repris conscience de mon corps et de mon esprit. Je devais sans doute être encore sous les effets des diverses drogues que les scientifiques avaient du m'injecter, mais ceux-ci s'estompaient rapidement au fil des heures. J'avais faim mais peu, on avait dû me nourrir par voie intraveineuse. Sur mon corps aucune trace visible, j'avais parfaitement cicatrisé et assimilé tous les corps étrangers qu'on m'avait inoculé. J'ai toujours eu une confiance absolu dans mes capacités de régénération. Je crois que de tous les pouvoirs que la Reine m'a transmis, celui-ci est de loin le plus développé.


J'erre donc sous une pluie battante pendant plusieurs heures, n'ayant aucun point de repère, aucune piste pour guider mes pas. Au plus fort de l'orage, je cherche un abri sous une corniche rocheuse pour m'abriter des grêlons qui me martèlent le crâne. C'est à ce moment que je vis le convoi. Je comprends maintenant que c'est un des convois similaires à celui qui m'a emmené au laboratoire, et qu'il doit transporter son lot de vampires à transformer en bras griffus, de matériel pour y parvenir, de scientifiques pour faire fonctionner tout cela, de gardes pour les protéger et d'humains pour nourrir tout ce petit monde... normal que tout cela m'ait intrigué par la suite, et que je cherchais à en savoir plus.


Le convoi passé, je reste à l'abri quelque heures encore jusqu'à ce que le ciel se découvre aussi subitement qu'il s'était dégradé. Une clarté blanche baigne le paysage minéral, et les étoiles scintillent doucement dans le bleu nuit du ciel. Je peux enfin guider mes pas.


Comme je le faisais dans l'immensité de l'océan, je repère les constellations et grâce à elles m'oriente vers le sud-est. Je sais que par là se trouve Gorgefroide, le deuxième port de commerce du pays.


Après plusieurs jours de marche dans ce désert impitoyable, à me nourrir de rares fénecs et de petits rongeurs, j'arrive enfin en vue des premières lumières des faubourgs de la ville. J'ai la même sensation que celle que j'éprouvais à la vue d'une terre après plusieurs mois de mer.


Je m'approche les plus dicrètement possible d'une ferme, et avise des vêtements pendus à l'étendoir. Je m'en empare. Ils sont un peu petits et rustiques pour moi mais conviendrons pour entrer en ville. J'avance sur les chemins, puis les venelles, et enfin les ruelles. Parvenu à un quartier quelque peu animé, je me tapis dans l'ombre d'un porche et attend l'imprudent.


Plusieurs personnes passent devant moi sans me voir. De petits groupes, qui ne m'intéressent pas. Des hommes seuls, mais dont le gabarit ne me va pas : trop gros, trop grand, trop mal habillé... j'ai beau avoir faim, je n'en suis pas moins attentif à mon apparence ! Après trois quarts d'heure de patience, je trouve mon bonheur. Alors que l'homme élancé passe devant moi, vêtu comme un jeune notable, je le happe à la hâte et le lappe dans l'ombre de la ville. Ses vêtements me vont et me siéent à merveille. Il y a même une petite bourse bien garnie qui va me permettre de m'offrir une bonne auberge.


Délaissant l'enveloppe corporelle derrière-moi, je réintègre la marche de la ville, parcours quelque rues et avise une belle enseigne en métal découpé : «Restaurant – Bar chez Marie». J'entre.


Les scènes qui suivent, je les revis en accéléré. Elles sont encore fraîches dans ma mémoire et leur empreinte est très nette. Après m'être restauré et reposé longuement, je rencontre Lou et sa louve qui m'accueillent dans leur repère. Malheureusement la momie et ses bras griffus ont retrouvé ma trace et me donnent la chasse, nous enfumant comme des lapins dans leur terrier et m'obligeant à fuir encore et toujours. La cavale sur les toits, les docks, les égouts et la rencontre avec Urdaan, l'explosion et la fuite, encore, ma propension à semer le danger dans la vie paisible des gens qui ne demandaient rien, le train et la rencontre avec Taïla et puis Elesmera et le temps de souffler un peu, l'institut de médecine, et soudain ce démon, sorti de nulle part... notre combat, ou plutôt mon sacrifice pour sauver cette fille, si humaine. Mon agonie, et juste avant ma mort cet événement étrange : mon Roi, s'exprimant à travers la gueule du démon, et m'ordonnant de protéger la fille coûte que coûte. Comme si mon sacrifice ne suffisait pas ! Puis je sombre, et mon esprit se détache de mon corps et s'élève...


Voilà. Retour à la case départ. L'écran s'est éteint et je reste seul avec mes pensées, mes doutes, mes questions irrésolues, flottant toujours entre deux cieux. Les morts peuvent-ils penser ? Je ne le pense pas. Je ne dois donc pas être tout à fait mort.




Après des siècles de vie solitaire, loin de mes semblables, voilà que je recroise à nouveau le chemin d'autres vampires et de démons. Qui est-il, celui qui a agressé Taïla et m'a tué ? Un supôt de la momie ? Et elle, qui est-elle ? Que est son but ? Et Taïla ? Quel rôle joue-t-elle dans tout ceci pour se mettre tant d'ennemis puissants à dos, et susciter la résurrection et la protection de mon Roi ?


Et moi dans tout ça ? Ai-je encore un rôle à jouer ? Je crois bien que oui. Trop de questions me hantent pour reposer en paix, je suis bien trop curieux pour mourir. Mon instinct se réveille, celui du soldat que j'étais, qui a reçu un ordre de son général, de son Roi. Mon devoir est de mourir à la tâche, et je ne l'ai pas encore achevée. Je ne suis pas un lâche. A vos ordres, majesté.


J'entame lentement ma redescente vers cette dépouille meurtrie. Le contact va être extrêmement douloureux, je le sais. Je dois souffrir de multiples fractures, des organes doivent être perforés. Je me prépare. 5... 4... 3... 2... 1... Oh nooooon...
Jeu 6 Jan - 20:27 (2011)
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire

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