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"Le Sang des Rois" : L'histoire
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"Le Sang des Rois" : L'histoire
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Taïla
L'Encre des Rois

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Je reprends peu à peu conscience. Les yeux clos, je commence par percevoir les sons de nouveau. Des bruits de pas feutrés, des chuchotements imperceptibles, une porte que l’on referme, des pas qui s’éloignent derrière elle tandis que d’autres, presque silencieux se rapprochent.


J’ai l’impression d’être enveloppée entièrement dans du coton. Plus de douleur, plus rien. J’ouvre les yeux, les referme éblouis par la luminosité de la pièce. Je les rouvre doucement, m’accoutumant peu à peu à la lumière. Je suis allongée sur un sofa et m’aperçois qu’on a pris le temps de me soigner. Ma cheville est bandée avec soin, mon bras est en écharpe, mes diverses écorchures ont été nettoyées…


J’essaie de me remémorer les évènements. Difficile de les oublier… La seule chose que j’ignore, c’est comment je suis arrivée ici, et plus important peut-être, où suis-je… Je sais que je ne suis pas seule dans la pièce. Je tente de me mettre en position assise afin de pouvoir en faire le tour du regard.


« Bonjour. Laissez-moi vous aider »


L’homme de taille moyenne qui s’est exprimé d’une voix suave fait le tour du sofa et s’exécute sans attendre ma réponse. Les cheveux poivre et sel, l’allure sportive, il a les atouts du parfait gentleman. A droite un bureau. A gauche contre le mur, une large bibliothèque rangée avec soin. Je ne serais pas étonnée que les livres y soient rangés par thème ou par ordre alphabétique.


Il s’assoit à côté de moi et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle entre cette situation et ma rencontre avec Jess dans le train. Pourtant il y a quelque chose de différent. Il émanait de mon compagnon de route une sorte de climat de confiance. De cet homme assis à mes côtés, il n’émane rien de tel, au contraire. Il adopte un ton doux mais sûr de lui, cherchant à capter mon attention en me regardant avec insistance, comme un objet de convoitise.


« Vous savez que le peu que je connais de vous force mon admiration ? J’aimerais en savoir plus sur vous, mais hélas nous ne disposons que de peu de temps. Pour le moment, j’irai donc à l’essentiel. Tout d’abord, je tiens à vous rassurer, nous ne vous voulons rien de mal. Je suis désolé de l’attitude cavalière des hommes que j’avais chargé de vous convier ici. Je sais que vous avez appris un certain nombre de choses que nous pourrions qualifier de peu communes. Je suis chargé de gérer ce genre de… crise et pour cela je dois savoir l'étendue de vos connaissances et si vous en avez parlé autour de vous. Mon objectif est simplement d’éviter d’éveiller un vent de panique dont les conséquences seraient regrettables"


Il s'arrête, jauge l'effet de son introduction sur moi, et comme je ne sourcille pas il reprend :


"La clé que vous possédiez est vide, malheureusement. Nous pensons que vous en connaissez le contenu, même si les données techniques vous échappent. Vous semblez être intelligente et je pense que vous comprenez tout à fait l’importance que ce que vous savez peut avoir pour la suite. Ensuite, nous ferons en sorte que vous soyez tranquille. Ces derniers jours ont dû être difficile pour vous. Je souhaiterais faire en sorte que ça s’arrête et que vous repreniez une vie normale ».


La clé ? Vide ? C’est irréaliste. Georges l’aurait vidée ? Quel intérêt ? Je regarde mon hôte. Comment savoir si ce qu’il dit est vrai ? Beaucoup de choses jouent en sa défaveur. En même temps, ils ont pris le temps de me soigner… Je suis partagée. Souhaite-t-il vraiment m’aider ?


« Prenez votre temps… Mais sachez que si vous nous aidez, nous pourrons plus facilement assurer votre protection. Nous vous offrirons une vie tranquille…, où les besoins matériels ne se feront plus sentir. Je vais vous faire apporter de quoi vous restaurer »


Sur ces paroles, il me sourit en me faisant un clin d’œil charmeur, puis se lève et quitte la pièce. J’ai une sainte horreur de ce genre de comportement. Ces hommes sûrs d’eux et de leur pouvoir de séduction… Toujours est-il qu’il ne craint pas que je fuie… En même temps, la vue depuis ce bureau me prouve que je suis en haut d’une tour. Et même si je ne sens plus ma cheville, je doute qu’elle ne me porte bien loin… Je profite de son absence pour scruter chaque détail autour de moi. Le mobilier est simple, mais luxueux. Moderne. A gauche du sofa, à portée de main un bloc note et un stylo. Je commence à en détourner la tête quand mon sang ne fait qu’un tour. Le fameux "F" est juste là sous mes yeux… Celui des fanions des voitures, sur les photos de mon père, là sur ce bloc, sur ce stylo… Un sentiment nouveau monte en moi. Après les doutes sur cet homme, c’est de la colère que je ressens. Il a voulu me tromper… Je serre les dents de rage et me sens idiote d’avoir cru qu’il voulait réellement m’aider.


Il revient quelques minutes plus tard, suivi d’un femme portant un plateau qu’elle pose avant de sortir prestement du bureau. Il affiche toujours le même sourire que dans ces pubs pour dentifrices « Rendez vos dents plus blanches que blanches » lorsqu’il attrape les deux coupes de champagne et m’en tend une. Je le regarde sans attraper la coupe qu’il me propose, bien décidée à ce qu’il n’obtienne rien de moi. Son visage se fige lorsque nos regards se croisent. Il a compris que je ne lui apprendrai rien.


« Je ne suis pas certain que ce soit la meilleure des décisions… pour vous… »


Pour la première fois je me décide à lui répondre :


« Et pourtant c’est la mienne ».


Par chance, ma voix se fait l’écho de ma détermination. Reposant les deux coupes à leur place initiale, il me regarde d’un air malsain et sort un petit objet de sa poche en se levant. La clé USB… en partie fondue… Il la jette à terre, l’écrase puis claque dans ses doigts.


« Vous aviez une chance de nous aider de votre plein gré… C’était dans votre intérêt ».


Aussitôt, la porte de son bureau s’ouvre. Un bras griffu entre et s’efface pour laisser apparaître…


« Vous ! »
Jeu 6 Jan - 20:27 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Le contact est aussi brutal que l'atterrissage d'un jet dans un pierrier. Je pénètre dans mon corps comme un spéléologue dans un trou bien trop petit et bordé de tessons de verre. La douleur soudaine me fait gémir, et mes poumons se déplient à nouveau, froissés et meurtris par mes côtes cassées. Je respire, péniblement, mais je respire. Je suis vivant à nouveau, et je le regrette déjà !

Je ne bouge pas, et tente de sonder les dégâts. Je commence par le squelette : outre plusieurs côtes, j'ai la clavicule et l'humérus droit cassés, ainsi que trois vertèbres : deux dorsales et une lombaire. Mon bassin est déplacé, le col du fémur gauche déboîté, une jambe brisée en trois endroits et l'autre en deux. Dans mon malheur j'ai de la chance : mon crâne n'est que fêlé.


Mes organes ont pas mal morflé aussi : j'ai un oeil crevé, un poumon transpercé (le bruit m'agace passablement d'ailleurs quand j'expire) et ce qui est plus grave pour un vampire, la rate éclatée. Mes muscles sont par endroit un enchevêtrement chaotique de fibres, comme des pelottes emmêlées, et je souffre de plusieurs déchirures abdominales. Mais je crois que c'est ma peau qui a le plus pâti du carnage : elle est coupée, brûlée, déchirée, arrachée par endroit. J'ai l'impression d'être à vif. Une fois de plus, je ne dois pas être beau à voir.

Ce constat alarmant effectué, je passe aux choses positives. Primo, je suis vivant ce qui en soi est plutôt une bonne nouvelle, car même si pour l'heure je souffre atrocement j'aime trop la vie pour tirer ma révérence. Deuxio, je sens en moi le fourmillement familier de la vibration de mes cellules, et qui indique clairement que le processus de reconstruction a débuté. Des milliards de petites mains invisibles sont à l'oeuvre dans mon corps pour ressouder mes os, régénérer mes organes, suturer et démêler patiemment mes muscles. Je vais devoir les aider, en réduisant mes fractures par exemple, et surtout en leur fournissant de l'énergie. Il faut les nourrir, et pour ça il faut ME nourrir.

Je sens des vibrations dans les décombres qui me meurtrissent le dos. Au loin, des engins de chantier doivent déjà s'affairer à dégager le sinistre. J'ouvre mon seul oeil valide. Je distingue une faible lueur comme à travers un filtre. Je pense tout d'abord que même celui-là a été endommagé et que ma vision est altérée, puis je me rends compte que j'ai un tissu sur le visage. Sur tout le corps même. Quelqu'un aura pris soin de me couvrir d'un suaire. Délicate attention.

A travers les odeurs de brûlé et de poussière, je distingue maintenant un parfum de vanille mêlé à celle âcre et salée de la transpiration humaine. Quelqu'un approche. Parfait.

Je me prépare à bouger. Je sais que la douleur risque de me foudroyer, voire de me paralyser, mais je dois essayer. Il va me falloir être précis et rapide... je ressens les battements du coeur de l'humain qui fouille les décombres autour de moi, qui se rapproche, qui doit distinguer ma silhouette sous ce linge mortuaire, qui en saisit un coin et le soulève... MAINTENANT !

Un éclair de lumière blanche a transpercé mon oeil, et mille épées acérées le reste de mon corps. Pourtant je sens bien la gorge chaude comprimée dans ma main. J'ai réussi à attraper l'humain avant qu'il ne pousse le moindre cri. Je sens l'odeur de sa peur. Même diminué comme je le suis, je reste maître de lui sur le plan physique. C'est une jeune fille, qui fait partie des secouristes sans doute.

L'heure n'est pas aux atermoiements, mais à la survie. C'est une proie, une chance que je dois saisir. Je la tire violemment à moi, l'enlace dans une dernière étreinte et cherche maladroitement sa gorge de ma bouche. Ma mâchoire est endolorie elle aussi, j'ai plusieurs dents cassées et j'ai du mal à la mordre. Je fais du sale travail, ma morsure ressemble plus à de la charcuterie qu'à de la chirurgie. La fille souffre, et son sang qui se charge de toxines est amer. Elle se débat, mais je réussis à la maintenir serrée contre moi. Je libère une de mes mains, et cherche le point du sommeil. J'appuie entre le pouce et l'index, et ses débattements cessent instantanément.

Je ne la vide pas complètement de son sang, pour plusieurs raisons : d'abord, je suis nauséeux et boire trop d'un seul coup risquerait de me faire vomir, et l'opération serait nulle. Ensuite, je ne dois pas utiliser trop de ressources pour ma digestion. Enfin, j'ai besoin de boire en petites quantités et souvent. Conserver la fille en vie près de moi constitue une bonne réserve pour les prochaines heures. Si on m'en laisse le temps. Je sais que cette situation est précaire, que le gros des recherches finira par se rapprocher dangereusement de ma zone. Je dois récupérer juste assez pour pouvoir me déplacer, j'achèverai ma réparation dans un endroit plus calme, et plus discret. Toujours enlacés comme deux amants, je remets péniblement le suaire sur nous deux pour camoufler l'intimité de notre étreinte, et regagne mon immobilité de statue.

L'afflux de sang dans mon organisme a suractivé ma régénération, le picotement s'est intensifié. Pour autant je dois aider mon corps à se réparer, et les efforts que je dois produire vont être très douloureux et épuisants. Je prends mon courage à deux mains, concentre mon attention sur mon bassin pour visualiser avec précision son désaxement, puis contracte spécifiquement quelques muscles précis, de la nuque aux cuisses. Je ressens plusieurs «clongs» lorsque mon bassin et mes vertèbres se replacent dans leur axe d'origine. Malgré l'effort, je suis soulagé. Je souffle un grand coup. Au suivant.

Je réitère l'opération pour remettre en place mon col du fémur, puis réduire mes multiples fractures, la plus difficile étant celle de la côte ayant perforé mon poumon. Je dois la remettre pour permettre à l'organe de se régénérer, et je suis obligé de tirer dessus fortement avec ma main. Je ressens un grand «craaac !» et mon souffle est coupé. Mais j'ai réussi.

La nuit a fini par tomber, et les recherches se sont interrompues, m'offrant ainsi un répit salvateur. Je l'emploie donc à me réparer, puisant à plusieurs reprises dans la réserve d'énergie à ma disposition. A chaque prélèvement, je sens sa vie qui s'amenuise un peu plus, tandis que la mienne regagne de la puissance. Lorsque le ciel blanchit à nouveau, le plus gros de mes blessures est résorbé. La fille s'est éteinte.

Aux premières lueurs de l'aube donc, je tente de remuer. Des aiguilles ont remplacé les épées qui me transperçaient, c'est toujours désagréable mais nettement plus supportable. Je me dégage doucement du corps la fille. Ironie du sort : elle a rempli sa mission de sauvetage puisque grâce à elle je suis bien vivant. Elle a donné sa vie pour moi dans un superbe élan d'abnégation.
Jeu 6 Jan - 20:29 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Je suis debout. Chancelant certes, affaibli, mais debout. J'éprouve de la joie d'être vivant, et une certaine fierté. Le démon n'a pas eu raison de moi.


Bien sûr je n'ai pas grande allure. Je suis aussi meurtri que le paysage, vêtu de lambeaux, pour ne pas dire nu. Comme un caméléon, je me fonds dans le décor de désastre.


Je jette un oeil alentour : tout n'est que cendre et poussière. Je prends conscience de la puissance dévastatrice de notre combat, des dégats matériels mais surtout humains qu'il a causé. Foutu démon. Je n'ai fait que me défendre ! Il est responsable de tout cela, et plus que pour ma propre souffrance, je le hais pour tous ceux que sa folie a condamné. Il me le paiera ! Si je peux...


Le petit matin est là, et le chantier est désert, ou presque. Une poignée d'hommes continue son travail de fourmi un peu plus loin, à la lumière de projecteurs qu'on a amené. Je dois rester discret, et ne pas m'éterniser.


Je m'accroupis peiniblement aux côtés de la fille sans vie. Elle m'a remplacé comme victime dans cette catastrophe, et j'éprouve une soudaine bouffée d'amour pour elle. Je replace méticuleusement le suaire sur son corps. Un suaire noir, orné d'un «f» doré.


Je reste immobile quelques secondes, ému, puis décide de partir à la recherche d'un abri pour poursuivre au calme ma régénération. Je m'assure que personne ne me voie, et entreprends de descendre du tas de gravats en posant bien chacun de mes pas. Je suis encore titubant. J'ai parcouru la moitié du monticule lorsqu'un objet près de mon pied m'intrigue...


Coincé sous un petit bloc de béton, un livre me tend les pages. Il n'a pas l'air d'avoir trop souffert de la déflagration. Je vais devoir passer quelques jours allongé, à attendre patiemment que mon corps récupère bien, et sa compagnie sera bienvenue. En m'en saisissant, un autre objet voisin attire mon attention.


Il s'agit d'une lanière de cuir fauve, avec deux boucles en laiton tordues à chaque extrémité. Je la ramasse et l'examine. Un fragment dans un océan de débris, mais qui fait écho à ma mémoire. Où l'ai-je déjà vu ? Pourquoi ai-je l'impression que c'est important ? Je balade mon regard tout autour, avise un morceau de papier partiellement calciné. Je le prends délicatement, et lis les quelques mots encore déchiffrables :


«.................
voit les personn... .................


A l'heure où j'écris ces lignes, ma décisi........................
deux pieds dans un bourbier dont je ne mesu.................................
trop surnaturelle pour ma pauvre raison ca................................
homme est mort devant mes yeux et tu es à ma connais...................................
pourquoi il s'est sacrifié. Je t'envoie donc tout ce que je sais, par le biai.............................
j'aime plus que tout : ma fille .


Humphrey, mon ami, je remets sa vie entre tes main.......................................
crains de l'avoir mise en grand danger, même si à mes yeu.......................................
sécurité elle-aussi.


Puisse les Dieux de la mer et de la connaissance vo.............................................
au-delà des mers.


Signé : Tarkan Silverboat


PS : Taïla ma chérie, quand tu liras ces lignes j'espère que tu sera................................
reste, je sais que ce que j'ai découvert sens le soufre et que tôt où tard ils vo................................
retrouver. Si j'ai pu réussir à te mettre en sécurité, alors je serais en p.....................................
mensonge et mon sacrifice.»


Soudain, ma mémoire égarée revient et tout s'éclaire : bien sûr ! Taïla ! Le capitaine ! La mallette ! L'objet et la poignée de la mallette !


Un vent de panique me secoue : et si elle aussi avait été victime de l'explosion ? et si elle gisait sous ces décombres ? Il faut que...


Au moment où je me précipite pour déblayer à mains nues à la recherche de Taïla, une voix m'interpelle :


«Et vous ! Ca va ? Qu'est-ce que vous faites là ?»


Je lève la tête... mince ! Un petit groupe d'hommes m'a repéré et viens dans ma direction. Ils ont du me prendre pour un pillard, ou un charognard... je dois fuir. Je reviendrai.


Même clopin-clopant, un vampire reste bien plus rapide qu'un humain. Je disparais de leur vue avant qu'ils n'aient pu me voir de plus près.
Jeu 6 Jan - 20:29 (2011)
Jess
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Ma récupération me permet de me mouvoir, mais mon endurance n'est pas encore au rendez-vous. Au bout de quelques centaines de mètres je commence déjà à fatiguer, ma vue se brouille et mes jambes sont de plomb. Je dois trouver un abri, vite.


J'ai quitté les lieux de l'explosion, et même les quartiers pauvres semblent luxueux à côté du champ de ruine. Les rues commencent à se peupler de marchands qui transportent leurs trésors vers les marchés. Je rase les murs et passe dans l'ombre. En temps normal je me montre discret, mais dans l'état où je suis cela frise la honte. Je suis blessé, sale et presque nu. Dès que je pourrai je me mettrai en quête d'un bon bain et d'habits décents. Mais pour l'heure, le repos.


Près d'un carrefour, une petite chapelle de pierre et de bois est coincée entre deux immeubles plus récents. Elle est le vestige d'un autre âge, à l'époque où la campagne formait encore le paysage ici, et où elle trônait fièrement, offrant une pause de piété et de fraîcheur aux paysans des alentours. La ville s'est développée et l'a absorbée, les hommes n'ont pu se résoudre à la détruire, par superstition, ou par nostalgie peut-être. Plus personne ne doit y venir prier, et ça fait mon affaire : j'y serai tranquille.


Je pousse la petite porte en bois, et pénètre à l'intérieur. Quelques rais de lumière filtrent à travers les interstices de la pierre. Tout est rudimentaire : une petite niche avec une statuette, un banc en pierre taillée, aux murs des Ex Voto gravés sur des plaques.


Je m'allonge sur le banc, le livre posé sur mon ventre, et observe la poignée de la malette. Je la tourne entre mes doigts, la regarde sous toutes les coutures, l'esprit vide. Je n'ai plus la force de réfléchir, je suis épuisé, il me faut dormir. Encore. Dans une ultime pulsion, j'extrais une des boucles en laiton tordue de la poignée de la malette et vais l'insérer dans la serrure de la porte. Je ne serai pas dérangé, même si un dévot a un soudain accès de piété. Je retourne sur le banc, m'allonge, et jette un oeil au livre :


« Petit Précis de géographie sur les Monts Sanguinaires et le Désert des Pluies »


Tiens tiens, intéressant... je parie que c'est celui que Taïla a acheté chez le bouquiniste. Il devait être dans la malette, avec la lettre. Mais mes yeux me brûlent et la fatigue prend le pas sur la curiosité. Je le repose sur mon ventre et m'endors dans la seconde.


Lorsque je m'éveille, il fait nuit. Je sens sa fraîcheur sur ma peau, les rais de lumière qui transpercent l'espace sont d'une clarté blanchâtre et le brouhaha de l'activité humaine a cessé à l'extérieur. Je ne sais si une journée s'est écoulée, ou plusieurs. J'ai dormi d'un sommeil lourd, sans rêves, mon esprit ayant aussi besoin de repos. J'ai du mal à émerger, comme si j'avais une grosse gueule de bois, je suis perclu de courbatures, mais globalement je me sens mieux.


Je profite de ce bien-être relatif pour observer ce qui m'entoure. Au-dessus de moi, la charpente est étrangement complexe pour un bâtiment si modeste. Elle a dû être l'oeuvre d'un apprenti compagnon, et évoque celle d'un bateau avec ses fermes ressemblant à des vaigrages. Un marin faisant la sieste à l'ombre sous sa barque doit avoir à peu près la même vision que moi.


Derrière l'autel, une statuette veille au fond d'une niche. Je l'avais remarquée en entrant. Au-dessus d'elle, une plaque gravée de ces inscriptions :


« Eglise consacrée en 666. Don de la dame d'Elesmera suite au retour miraculeux de ses deux fils perdus en mer »


666... un chiffre qui a toujours excité l'imagination humaine. Mais qui me conforte dans l'idée que la chapelle date d'un autre âge, et était là avant la ville.


Mon regard se porte ensuite sur les nombreux Ex Voto qui tapissent les murs : «Merci pour cette guérison, J.C.D.»; «Notre reconnaissance éternelle, famille Caraven», «Merci d'avoir exaucé mes prières, E.S.»; «Protégez nos enfants comme vous nous avez protégés, Guilde des pêcheurs» etc etc... à en juger par le nombre et la ferveur des remerciements, la divinité qui règne dans ce lieu modeste a accompli de nombreux miracles. Je poursuis ma lecture machinale de ces hommages, jusqu'à ce qu'un d'entre eux éveille en moi un intérêt particulier. Il est gravé d'un symbôle évoquant un oiseau déployant ses ailes, et au-dessous il est écrit :


«Prière d'un père pour sa petite fille. Veille sur ma fille Taïla. Qu'aucune tempête terrestre ou marine n'emporte l'être qui m'est le plus cher».


Mmm... simple coïncidence ? Je ne crois pas. Je le prends comme un signe de plus, comme si cette prière s'adressait directement à moi. Depuis que nos chemins se sont croisés, j'ai toujours ressenti un instinct protecteur inexplicable pour cette humaine. Mon Roi m'a ordonné de la protéger, et maintenant c'est feu son père qui me supplie de veiller sur elle.... j'ai une décharge de panique. Où est-elle ? Est elle blessée ? Est-elle seulement toujours en vie ?


Peut-être qu'elle a été tuée par ma faute dans l'explosion ? Peut-être que le démon, débarrassé du piètre obstacle que je suis s'en est pris a elle ? Ou peut-être a-t-elle réussi à fuir ? Quel protecteur je fais... je dois la retrouver, et vite.


Mon premier réflexe est de me lever et de partir fouiller les décombres, à la recherche de son corps ou d'un indice me mettant sur sa piste. Mais je réussis à me tempérer, et me dis que la réflexion vaut mieux que la précipitation. D'ailleurs j'ai déjà quelques indices, récupérés sur les décombres : le bout de lettre, la poignée de la mallette, et ce livre. Je regarde tour à tour ces éléments. Si Taïla avait dû être prise dans les décombres, ils auraient été ensevelis avec elle, ou au moins porter les stigmates de l'explosion. Or ils étaient posés au-dessus des gravats, et mis à part la lettre ils ne sont ni déchiquetés ni brûlés.


Je me calme un peu, me disant que Taïla n'a pas pu être tuée par ma faute. Reste le démon.


La dernière image que j'ai de lui, c'est celle d'un être désorienté, déboussolé, en proie à un violent combat interne. C'est surtout celle du retour de mon Roi, s'adressant à moi par les yeux et la gueule du démon. J'ai réussi a détourner provisoirement l'attention du démon de Taïla, et mon Roi a achevé la mission en prenant possession de son corps. Je ne sais si il a pu le contrôler très longtemps, mais je pense et espère qu'il aura réussi à l'emmener loin.


Autre chose : le linceul qui me recouvrait ne s'est pas placé là tout seul. Je ne vois sérieusement qu'elle qui a pu avoir cette délicatesse. Me croyant mort, elle aura voulu me rendre hommage ou me protéger des regards. Si elle a pris la peine de faire cela, c'est qu'elle ne courait plus de danger immédiat.


Je me range à ces hypothèses et me sens quelque peu rassuré. Pour autant, cela ne m'explique pas la présence des débris que j'ai ramassés. Il lui est forcément arrivé quelque chose. La poignée paraît avoir été arrachée à la mallette, le livre et la lettre s'en seraient échappés ? Plausible. Il y aurait donc eu lutte.


Tout à coup une pensée me glace à nouveau les sangs : et si les bras griffus nous avaient retrouvés ?
Jeu 6 Jan - 20:29 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Je me redresse d'un bond, comme un ressort qu'on libère. Le livre qui était posé tranquillement sur mon ventre décolle, se déploie dans les airs et glisse sur le sol. Une carte s'en est échappée.. Intrigué, je la saisis et la retourne. Ce n'est pas une carte, mais une photo en noir et blanc, sans doute l'une des photos prise par le capitaine sur les docks, et qui était dans la mallette avec les autres. Elle se sera coincée entre les pages, ou Taïla l'aura utilisée comme marque-page. Toujours est-il que cela confirme que le livre est bien à elle.


Sur la photo, je reconnais donc les quais de Gorgefroide. On y voit une file de véhicules sombres. Rien de bien particulier ne me saute aux yeux.


Je place la photo précisément sous un rai de lune, et une tâche blanche vient en éclairer une partie. Je la déplace doucement, et en détaille chaque centimètre carré : les vitres fumées ne laissent apercevoir aucun visage, les plaques d'immatriculation sont inexistantes. Je repère sur la dernière voiture deux fanions qui flottent de part et d'autre du capot avant. Je concentre mon regard, pour voir ce dont aucun oeil humain n'est capable, et il me semble distinguer sur ces petits drapeaux une lettre : un «F»...


Mon sang ne fait qu'un tour. Se pourrait-il... ? Je dois en avoir le coeur net. Vivement, je me remets sur mes pieds, m'appuie au dossier du banc de pierre quelques instants, jusqu'à ce que le vertige soit passé, retire la pièce en laiton de la serrure et sors de la chapelle. Je dois impérativement retourner sur les lieux de l'explosion. J'ai plusieurs vérifications à faire.


Dans les rues, il n'y a pas un chat. Ah si, un. Intrigué, il me suit de loin. Je souris.


Parvenu sur les lieux du désastre, je mets quelque temps à retrouver l'endroit où je me trouvais. Le chantier a peu évolué; l'équipe de nuit n'est plus là. Ils doivent estimer qu'il n'y a plus d'espoir de retrouver des survivants, et demain sans doute les bulldozers vont entrer en jeu pour déblayer les décombres. Il faudra plusieurs jours pour tout débarasser, des mois voire des années pour reconstruire des immeubles neufs. Le quartier ne sera plus jamais le même. Son histoire a été rasée avec ses bâtiments. Mais après tout n'est-ce pas le lot de toutes les villes du monde, de se reconstruire sur elles-même ?


Je recherche activement des traces de Taïla. Mon odorat me fait défaut depuis un moment, probablement ai-je trop respiré de poussières. En tout cas je recommence à peine à percevoir des odeurs, mais pas celle de Taïla.


Je sens une faible odeur de mort, et me laisse guider. Je retrouve enfin le linceul qui m'abritait. Il a été rejeté sur le côté, froissé, et le cadavre de la fille n'est plus là. Les secours l'auront trouvée et emmenée. Une seconde, je pense aux interrogations qui auront chamboulé les secouristes en découvrant un corps exsangue sans une goutte de sang à côté, aux blessures manifestement sans relation avec le sinistre et opérées ultérieurement au vu du rôle de la fille. Peut-être penseront-ils à l'attaque d'un animal, mais quel animal aurait pris la peine de la recouvrir d'un suaire ? Cette affaire ira grossir les dossiers des phénomènes inexpliqués et entretenir la légende.


Je ramasse le linge, mon coeur s'emballe et fait une pointe à 18 battements par minute. Je le déplie, et mon intuition est immédiatement confirmée : sur le fond noir se détache un gros «F» doré. Le même que sur les fanions des voitures. Je ne sais comment il s'est retrouvé là, mais cette découverte ouvre un nouvel univers de questions sans réponses, d'interrogations. Je suis sûr de trois choses : la première, c'est que ce n'est pas une coïncidence. La seconde, c'est que tout ceci est lié aux bras de Caïn et à leur affreux mentor. La troisième, c'est que Taïla et la mallette sont entre leurs mains. Je dois trouver où, et vite.


Je dois également penser à me refaire une santé. Si je veux extirper Taïla des griffes de ces infâmies, je dois être en pleine possession de mes moyens. Je meurs de faim, mes réserves d'énergie sont presque épuisées. Il me faut du sang.


Je me retourne et observe le chat un peu plus loin qui furette au milieu des décombres, espérant sans doute découvrir une bonne proie. Soudain il prend conscience de mon regard, s'immobilise, puis bat en retraite et détale par où nous sommes arrivés. A mon tour de le suivre...
Il longe les rues d'un pas rapide, puis soudain saute sur un mur qui doit bien faire ses trois mètres de haut, et disparais derrière. Je l'imite, et me retrouve dans l'arrière cour d'un immeuble, encombrée de fatras divers composé de constructions secondaires, de moteurs d'extraction d'air, de poubelles, de vélos, de planches... Le chat s'est assis et s'affaire à se lécher les pattes. Il croyait m'avoir distancé, et lorsque je suis à nouveau devant lui il paraît à la fois apeuré et furieux, et détale de plus belle. Cette fois, je ne le suis pas. Fini de jouer, j'ai grand faim et je n'allais tout de même pas me faire un chat ! J'ai repéré bien mieux.


Au deuxième étage, une fenêtre est allumée, et entrouverte. Une faible musique s'en échappe, et je reconnais du Led Zeppelin. Voilà quelqu'un qui a bon goût : je vais me régaler.


En quelques acrobaties j'ai atteint le toit du bâtiment d'en face, plus bas, et j'observe ce qui se passe dans la pièce éclairée : un homme, assez jeune, est assis à un petit bureau dans une pièce qui semble être un salon, affairé à son ordinateur. Un noctambule, qui doit avoir chaud par cette nuit d'été. Comme il tourne le dos à la fenêtre, je peux bondir. Je me ramasse contre la façade, à l'instar des félins, prend une impulsion et me détend en souplesse. D'un bond silencieux, j'ai atteint le rebord de sa fenêtre. Il ne m'a toujours pas remarqué.


Il règne une forte odeur de curry dans l'appartement, et effectivement j'avise une assiette jaunie sur la table à ma droite, avec des vestiges de poulet et de riz. Tant mieux, ça parfumera délicieusement son sang. A part ça pas d'effets féminins, ni de jouets d'enfants; tout indique que ma proie vit seul. Bonne nouvelle. En plus du salon-cuisine, il doit y avoir une chambre, une salle de bain et un wc.


Comme je m'approche de plus en plus de lui, je vois l'écran par dessus son épaule. Il y a des dessins assez explicites, un logo marqué «Suceurs de Sang». Il est occupé à jouer apparemment, et ironie du sort il semble que ce soit un jeu de vampires. Immobile, je regarde de quoi il en retourne, essayant de comprendre le fonctionnement. Il clique régulièrement sur une petite case où il est écrit «mordre», ponctuant chacun de ses clics par une petite remarque du style : «ha ha, je t'ai bien eu», «tiens, prends ça !», «outch !» ou encore «aïe, salaud ça fait mal»... il paraît totalement absorbé.


Je ne comprend pas tout l'intérêt de cela, mais après tout y'a-t-il un intérêt à se divertir ? A mon tour de cliquer sur «mordre». Je me penche sur son cou vulnérable, et plante mes crocs. Il n'a rien vu venir. De mes deux mains, j'appuie sur ses épaules pour le plaquer à sa chaise et l'empêcher de se débattre. Pourvu qu'elle ne cède pas sous la pression !


Le flot de sang jaillit et inonde ma bouche, ma gorge, mon oesophage. Comme je m'y attendais, il y a une touche de curry. C'est un peu chaud, très bon. Je me rassasie, et laisse retomber ma proie dans son fauteuil. Il n'est pas tout à fait mort, et j'y reviendrai plus tard.


Je fais un tour de l'appartement, et effectivement il n'y a personne d'autre. Je vérifie que la porte d'entrée est bien fermée, et que les clefs sont dans la serrure pour parer toute irrpution d'une tierce personne.


Je rêve d'un bain, mais il n'y a qu'une douche. Tant pis, ça ira bien comme ça. Je déchire les derniers lambeaux de mes vêtements, je vais pour rentrer dans la cabine de douche et vois mon reflet dans le miroir. J'ai vraiment une sale gueule. Ou plutôt la gueule sale. La douche ne sera pas un luxe. Je me plonge donc sous le jet bouillant et me délasse ainsi un bon quart d'heure, avant de consentir enfin à me savonner. Puis je reste à nouveau dix bonnes minutes à laisser l'eau couler sur moi, méditant aux possibilités que j'ai pour retrouver Taïla. Enfin je me décide à sortir, et enfile le peignoir jaune de mon hôte. Il me va bien, et ça me donne une idée : je vais dans sa chambre, ouvre son placard et sors plusieurs pantalons et hauts. J'opte pour les plus sobres, un jean et une chemise blanche. Puis je trouve également une paire de chaussures sports : me voilà équipé.


Je retourne m'observer dans le miroir. Après m'être coiffé, j'ai enfin repris une apparence convenable. Bien que très confortables, je ne me sens pas à l'aise dans ces nouveaux vêtements. Ils me donnent un air faussement «djeun's». J'en changerai dès que possible.


Je retourne au salon. Mon hôte a glissé le long du dossier de la chaise et se retrouve dans une position peu normale, les fesses encore dessus et le front par terre. Je le prends dans mes bras et vais l'allonger sur le clic-clac. Sa bouche près de mon oreille, je l'entends murmurer dans un souffle :


«Un vampire... ça alors... faut que j'en parle sur le forum...»


Il délire, sans doute. Je m'assois à sa place devant l'ordinateur, place ma main droite sur la souris et la gauche sur le clavier. Quitte à vivre avec son temps, autant utiliser les outils fabuleux à notre portée pour effectuer quelques recherches. Je double-clique et ouvre le moteur de recherches Gaargle...
Jeu 6 Jan - 20:30 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Je passe deux bonnes heures à chercher des informations sur ces mystérieux individus, mais le fait est que je ne sais par quoi commencer. Mes indices de départ sont maigres.


Je décide de commencer mes recherches autour du logo «F». Je tape toutes les combinaisons qui me viennent à l'esprit : logo F, sigle F, F tout court, drapeau, voiture, convoi, etc etc... Rien n'y fait, la recherche est bien trop large. A bout de patience, j'abandonne.


Je tape toute une série de mots clés sur le thème du bestiaire : «momie», «bras griffu», «monstre Elesmera», «voilier fantôme» etc..., mais chaque fois je tombe sur de vieilles légendes, du commerce en ligne pour des livres traitant du surnaturel, des blogs de passionnés d'ésotérisme. Mais rien en rapport avec ce que je cherche.


Puis j'oriente ma recherche sur les enlèvements des scientifiques, et les travaux du professeur Smile. Je trouve toute une série d'articles de presse scientifique spécialisée, présentant le professeur et ses collaborateurs. Il y est décrit comme étant un ponte de la recherche en génétique humaine, toujours à la pointe de l'innovation, parfois à la limite de la loi dans l'expérimentation. Il parcourt le monde de congrès en conférence quand il n'est pas enfermé dans son laboratoire à travailler plusieurs jours d'affilée.


On lui doit la synthétisation de plusieurs organes à partir de cellules souches, de la peau au foie, et qui ont apporté une avancée spectaculaire en médecine, rendu le sourire a de grands brûlés et sauvé la vie de nombreux patients jusque là condamnés.


Certains de ses travaux en matière de clonage, ainsi que des propos et des théories sur la vie ont cependant suscité de sérieux remous au sein même de la communauté scientifique, et l'état a dû légiférer en urgence pour limiter ses ambitions, et lui restreindre les budgets. Pour autant, des rumeurs courent sur certains travaux secrets et illégaux.


Cette dernière remarque me met la puce à l'oreille. Je cherche à en savoir plus, me disant que je tiens là quelque chose qui a un rapport indirect avec mon affaire, mais je ne trouve rien de plus. Alors que je commence à perdre patience, je tombe sur un article de presse locale.L'article en lui-même n'est pas très intéressant, faisant l'éloge d'un maire d'une commune moyenne, mais la photo qui l'illustre éveille mon intérêt. C'est une mauvaise photo en noir et blanc, où on voit le professeur serrer la main d'un homme radieux en costume cravate, sous le regard d'un troisième homme arborant une écharpe. Sous la photo il est écrit :


«Une poignée chaleureuse entre l'éminent Professeur Smile et John Christopher, président du F.R.I.K., rendue possible par la vision d'avenir de Monsieur le Maire»


Cette rencontre n'a rien d'exceptionnel, elle date d'une dizaine d'années et elle n'a pas été relayée par la presse spécialisée. Mais j'ai comme une intuition... F.R.I.K., ça commence par un «F».


Je tape «F.R.I.K.» sur le moteur de recherches : en premier lien, leur site officiel : le Fond de Recherche et d'Innovation du K. Les lettres couleur or se détachent sur un fond gris anthracite. Un peu partout, on retrouve la lettre F stylisée, exactement la même que sur le drapeau, et sur les fanions. Bingo !


Sur la page d'accueil, une rapide présentation élogieuse que je lis en diagonale : le F.R.I.K. est une fondation philanthrope créée il y a une vingtaine d'années, et réunissant des fonds de généreux donateurs pour financer la recherche scientifique a vocation médicale.


Sur le plan du site, plusieurs liens sont disponibles. Je clique sur le premier : «Notre Président». La page s'affiche.


Sur la partie gauche de la page, une photo haute définition du Président John Christopher. A droite, une rapide biographie qui après lecture se révèle être dithyrambique.


John Christopher est présenté comme un grand humaniste, ayant fait fortune dans l'industrie pharmaceutique et ayant créé la fondation dans laquelle il a reversé la quasi totalité de sa fortune. Il dit avoir cinquante-cinq ans mais en paraît trente-cinq. Très vite le personnage m'est antipathique. Trop bronzé, trop souriant... trop tout. Trop soucieux de son image pour être honnête. Tout chez lui transpire le mégalomane manipulateur.


Je retourne au menu et clique sur le second lien : «Notre Charte».
Dans cette partie, on trouve le fonctionnement de la fondation, sa philosophie et ses règles d'éthique. Basée sur le système de dons privés, elle oeuvre pour aider à soulager les populations du monde entier de la maladie, et est relayée sur le terrain par les associations humanitaires. Elle se veut transparente, laïque et apolitique, et tous les fonds perçus vont financer la recherche. Une fois les frais de fonctionnement payés...


Le troisième lien présente une liste de projets menés à travers le monde. Promotion de la vaccination dans les régions pauvres du monde, travail sur de nouveaux médicaments et contraceptifs, assistance aux malades,... la liste et longue, et ça ne m'intéresse pas vraiment. Beaucoup de blabla, combien d'actions réelles ?


Le quatrième lien tient compte de journal des manifestations organisées par le F.R.I.K. On y trouve le programme des prochaines réjouissances, ainsi que de nombreuses photos de «people» présents lors de galas de charité précédents. On les voit se pavaner dans des palaces, coupes de champagne en main et le nez blanchi, vêtus de haute-couture et diamants aux oreilles. Sous les photos, des légendes avec le nom des célébrités et le montant de leurs dons. Tout est tellement faux. Ce n'est qu'un jeu pour eux, un faire valloir. Rien de plus.


Le cinquième et sixième lien ne m'intéresse pas. Il s'intitule «Le F.R.I.K. recrute» et «Nos partenaires»


Le septième et dernier lien m'intéresse nettement plus : «Nous contacter». J'espère y trouver des informations concrètes pour pouvoir leur rendre une petite visite. Hélas, je tombe directement sur une fenêtre mail.


Je réfléchis quelques instants. Cette fondation m'a tout l'air d'être un beau panier de crabes, et au milieu du panier il y a Taïla. Que se cache-t-il vraiment derrière tout ça ? Je dois le découvrir.


Je reviens sur la page de Gaargle, et passe en revue les autres liens qui me sont proposés. En troisième place je trouve en résumé : «... le F.R.I.K. inaugure ses nouveaux bureaux...». Je clique.


«C'est au mois d'avril que le Fond de Recherche et d'Innovation du K vient d'inaugurer ses nouveaux bureaux, situés au sommet de la tour la plus haute du monde construite sur l'île de K. Ce dernier cri en matière d'architecture est à la hauteur des ambitions de la fondation : éradiquer la maladie de la planète. Le projet aura coûté quelques 367 millions de dollars, et accueille en plus des bureaux du F.R.I.K. un centre commercial et un hôtel, dont les bénéfices seront intégralements reversés dans les projets de recherche de la fondation».


S'ensuit une série de photos splendides de l'édifice, et bien entendu le sourire charmeur du président. On ne peut pas faire plus ostentatoire, plus tape à l'oeil, plus bling-bling... en tout cas je n'aurai pas de mal à trouver.


J'éteins l'ordinateur, et je m'aperçois en me retournant que le jour est déjà levé. Je prends vite mon petit-déjeuner qui m'attend allongé sur le canapé, efface les traces de mon passage à la hâte et regagne fissa la chapelle pour récupérer les quelques affaires que j'y ai laissé.. Je suis encore faible mais tant pis, je n'ai pas le choix je voyagerai de jour. Je dois me hâter de rejoindre l'île de K.
Jeu 6 Jan - 20:30 (2011)
Jess
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Les caractères sur l'écran se brouillent, et semblent tomber en une pluie verte et lumineuse. Le scientifique ferme fort les yeux pour les humidifier et se passe la main sur le visage. Voilà plus de quatre jours qu'il n'a quasiment pas déconnecté de son ordinateur, travaillant sans relâche à disséquer les informations, à les regrouper et à les analyser. Le bureau est jonché de restes de nourriture sommaire : sandwiches, cartons de pizzas, canettes vides, sachets de chips, ainsi qu'une bonne dizaine de tasses à café. Quant au sommeil, les amphétamines l'ont repoussé maintes fois.


Une nouvelle gorgée de café froid, une partie de démineur en guise de courte pause avant de se replonger dans l'étude des données du specimen V 34752-C. Un cas unique. Allez, encore quelques briques. 1 par ci, 3 par là, celle-là n'a pas de mine... un soudain frisson lui parcourt l'échine avant qu'il n'ait pu terminer sa partie. Maladroitement il tente de masquer sa fenêtre. Trop tard. L'être abominable est déjà penché sur son épaule.


«J'espère pour vous que vous avez achevé la mission que je vous ai confiée, pour gaspiller votre énergie de la sorte»


- Je... euh... monseigneur, l'étude du specimen V 34752-C est longue et fastidieuse. Je marquais une pause pendant que...


«Suffit ! Je ne vous paie pas à vous divertir ! Et gardez votre terminologie de rat de laboratoire pour vos consorts ! Au fait !»


- Et bien, le spécimen V 34... je veux dire... le vampire récalcitrant présente des particularités inattendues. Mes collègues et moi-même ne comprenons pas un certain nombre d'observations, qui après plusieurs analyses se recoupent et se confirment pourtant...


«Votre entendement étriqué est le cadet de mes soucis»


Son visage de cauchemar se rapproche de celui du scientifique, tordu de terreur.


«Quand vous me regardez, comprenez-vous ce que je suis ?»


- Je... euh... non.


«Bien. Poursuivez, et tenez-vous en aux faits !»


- Nous avons réalisé plusieurs analyses des prélèvements de son sang et de ses tissus et... ils ne correspondent pas. La structure ADN des cellules de son sang est apparentée à celle des autres tissus, à ceci près qu'elle contient des séquences différentes. Et qui correspondent aux vôtres, monseigneur...


Les fentes oculaires de l'abomination se plissent.


- Lorsque nous avons implanté vos cellules dans son corps, son sang a reconnu votre séquence d'ADN commune comme une partie de lui-même, mais corrompue. Il a donc réagi en éliminant les mauvaises cellules, comme il le fait de cellules cancéreuses, et a rejeté l'implant. C'est un processus normal.


«Je vois. Et vous avez réussi à contourner le problème ?»


Un petit point noir s'échappe de sa manche et commence à voleter dans la pièce, puis vient faire des huit devant les yeux du scientifique, ce qui le terrifie un peu plus.


«N'y prêtez pas attention. Poursuivez»


Il avale péniblement sa salive et reprend, sans quitter le mouvement hypnotique de la particule volante :


- Nous pensons avoir résolu le problème. En théorie du moins. Il nous suffit d'effectuer une manipulation génétique sur les cellules mères pour modifier le codage avant de les implanter dans le corps de l'hôte. Ainsi celui-ci ne reconnaît pas les tissus comme étant «amis» ou «ennemis» et le processus peut avoir lieu.


Le point noir vient se poser sur le nez du scientifique, ce qui a pour effet de le faire loucher grotesquement. Pendant ce temps, la momie a extrait de ses manches une seringue et un flacon contenant un produit translucide, et tout en parlant, remplit la seringue de produit.


- Il... il nous faudrait un spécimen pour expérimenter notre protocole, pour passer de la théorie à la pratique. Et dans l'idéal un specimen qui aurait le même codage sanguin et tissulaire, pour éviter tout risque de rejet.


Paralysé par la terreur, le scientifique ne bronche pas lorsque l'être décharné lui plante l'aiguille dans le creux de l'avant bras et active le piston de la seringue.


« Très bien. Avec ça, vous pourrez poursuivre votre travail d'arrache-pied. Préparez tout le protocole, et tenez-vous prêt à intervenir dès mon retour. Je vais chercher personnellement votre specimen.»


La particule noire réintègre la manche et le cauchemar quitte la pièce, laissant un scientifique survolté se replonger de plus belle dans son travail.
Jeu 6 Jan - 20:30 (2011)
Urdaan
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Le faucon est rapide, et je dois user de toute ma vélocité pour ne pas le perdre de vue, courant et volant sur la canopée, reprennant appui quelques fois sur une feuille ou une brindille, léger comme le vent. Cette sensation est si grisante...


Je suis de plus en plus admiratif et fasciné par Ezekiel. Ce jeune vampire est décidemment plein de ressources et de pouvoirs, en plus d'être courageux et intelligent. Jamais auparavant je n'avais vu chez un vampire cette capacité de métamorphe. Tout à l'heure un rat, et maintenant un faucon... toutes ces compétences peuvent s'avérer bien utile pour l'armée vampirique. Si elle est en pleine reconstruction, à la veille d'une guerre sans précédent comme me l'a décrit Astoban, alors un élément comme Ezekiel sera très précieux. Je l'observe depuis un moment déjà, du coin de l'oeil je l'ai vu préparer méticuleusement son évasion. J'ai laissé faire, pour voir ce qu'il a dans le ventre, voir si il était capable d'aller au bout de son idée.


Je ne sais d'ailleurs si Astoban a compris où je voulais en venir. J'ai perçu de l'incompréhension dans son regard quand j'ai ordonné au soldat de laisser faire, et presque du reproche quand celui-ci est revenu paniqué en nous annonçant que les prisonniers s'étaient évadés, et que deux soldats étaient à terre. Des bleus, bien maladroits et inexpérimentés mais heureusement sains et saufs. Leurs contusions leur rappelleront de rester vigilant en toute circonstance.


Astoban mobilisa à la hâte un groupe de huit soldats et s'apprêtait à partir pour donner la chasse. D'une main amicale sur l'épaule je l'arrêtai :


«Je crois que c'est à moi de donner les ordres maintenant.»


Il se retourna, confus


«Je suis désolé Général... les réflexes du commandement en situation d'urgence. Il va falloir que je m'y réhabitues. Quels sont les ordres ?»


«Restez-ici et sécurisez le camp. Rien ne nous dit que cette manoeuvre n'est pas une diversion, et que les amis griffus de la fille ne vont pas nous attaquer. Je prends la direction des opérations de poursuite.»


Il parut à la fois satisfait que j'ai repris aussi vite les rênes de la brigade, et déçu de ne pas partir en mission de terrain. Sur un ton plus complice, j'ajoutais :


«J'ai besoin d'un appui de confiance au camp. Nous resterons en contact radio, et il est fort possible que j'ai besoin de renfort. Tenez-vous prêt à intevrenir. Et puis... à en juger par l'aspect de mon uniforme, je vais avoir besoin d'exercice pour qu'il ne me soit plus aussi moulant !»


Il esquissa un petit sourire.


«A vos ordres»


Je sortis du bureau, et pénètra dans la salle d'opérations où m'attendaient les soldats du groupe d'intervention. En me voyant, des murmures de stupéfaction fusèrent.


«Messieurs, je suis le Général de cette brigade d'élite. Je prends personnellement en main cette opération de poursuite. Objectif : localiser et suivre les fugitifs jusqu'à leur destination. Nous aviserons ensuite de la nature de notre action. Mode furtif. Des questions ?».


Je passais en revue les visages et les grades de ma petite troupe. Aucune voix ne s'élèva.


«Bien. Dans ce cas, allons-y».


J'enfilais ma cagoule, et pris la tête de la colonne.


Pendant près d'une heure, nous suivirent la piste laissée par les fugitifs à travers la forêt et les marécages. Ils étaient bougrement rapides, et nous perdîmes pas mal de temps et de terrain à cause de leurres laissés par Ezekiel. Puis sa piste disparût, il ne resta que celle de la fille, plus ancienne. Elle avait beaucoup d'avance sur nous, et je compris qu'à ce rythme là nous allions les perdre tous les deux. J'ordonnais donc au plus gradé de ma troupe, un lieutenant, de prendre la tête de la colonne et de suivre la piste de la fille. Quant à moi, je grimpais prestement le long des troncs d'arbres sous le regard médusé de mes vampires, et débouchais enfin sous les lueurs de l'aube. Scrutant l'horizon, je repérais par miracle cet oiseau et perçus ses ondes mentales, trop puissantes pour un simple faucon. Je m'élançais à sa suite.


Bien qu'ayant repris rapidement mes réflexes et mon goût au commandement, je me sens plus libre et efficace à filer ainsi. Des années de traque en solitaire ne s'effacent pas aussi facilement. Je réussis à ne pas me faire distancer, mais j'espère que cette poursuite ne va pas durer trop longtemps car je risquerai de fatiguer. Ezekiel ne doit pas dépenser beaucoup d'énergie à mouvoir son corps d'oiseau de quelques centaines de grammes, ce qui est loin d'être mon cas. Et lui-même ne doit pas se faire distancer par la fille, dont j'ignore l'endurance. Si elle est proportionnelle à son bras, nous n'avons aucune chance !


Mon objectif dans cette évasion est double. La première en effet est d'observer l'étendue des compétences et du potentiel d'Ezekiel. Si elles sont aussi larges et performantes que je l'imagine, il fera un allié précieux. Et j'avoue que pour l'instant elles dépassent mes espérances. Le deuxième objectif est de laisser la fille nous mener tout droit à son quartier général. La recrudescence de ces êtres mutants m'inquiète au plus haut point, et je veux savoir ce qui se cache derrière...


Un mouvement subit m'arrache à mes pensées. Quelque chose est passé devant moi à vive allure, me coupant la route. Je ne vis qu'un éclair bleu ciel m'embrouiller la vue une fraction de seconde. Je stoppe immédiatement, sur le qui-vive...


Un bruissement de feuilles derrière-moi. Je me retourne : personne. Pourtant je sens une présence. Ami ? Ennemi ? Nouvel éclair à la limite de mon champ visuel. Volte-face : toujours personne. Je sens l'aura de mon visiteur, puissante. Et mon objectif qui s'éloigne à tire d'ailes...


«Je n'ai pas le temps de jouer !» dis-je à haute voix, excédé.


Dans mon dos, une voix de mâle me répond :


«Toujours aussi ronchon, maître d'arme. Ces années de solitude ne t'ont pas arrangé à ce que je vois.»


Je me retourne, cette fois il ne fuit plus. Immobile, il m'observe de ses yeux bleus pâles, un sourire énigmatique au coin des lèvres. Il est enveloppé dans une grande gabardine anthracite au revers rouge, et un catogan argenté lui descend au milieu du dos; son katana en bandoulière, je peux voir la garde ornée d'un symbole lunaire dépasser par-dessus son épaule.


Le Prince Sethi.
Jeu 6 Jan - 20:31 (2011)
Dëss
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
C’est perturbant, se sentir infiniment proche d’une personne que l’on a voulu tuer, que l’on a enfermé, dont on a pris sept siècles, et dont on est accusé d'avoir tué la femme. Je ne souhaite cela à personne.


Je n’aime pas les silences, c’est pourquoi j’ai prononcé les premières paroles.
« Dois-je être fier?
- Bien sûr ! Tu as causé la guerre de deux des plus respectables nations du monde et tu es recherché par des centaines de chasseurs de primes ! Que demander de plus?»


Il se met à rire de bon cœur.. Si l’on peut dire. Son rire résonne quelque temps pendant que mes yeux le scrutent.


« Es-tu conscient de..


- Notre connexion? »


Je réponds comme si c’était évident, mais cela ne l’est pas, et pour moi une telle chose devrait même ne pas exister.


«Cela a commencé après les 200 premières années d'enfermement. Ma colère commençait à diminuer, il faut dire que je n’avais fait qu’essayer avec ma force brute de sortir de cette prison durant deux siècles, en vain, et il fallait bien que je change de méthode. Au fur et à mesure que je pensais et méditais, je sentais que je n’étais pas enfermé tout seul, que tu avais laissé quelque chose avec moi. J’ai mis du temps à comprendre ce que c'était et pourquoi tu avais fait cela, mais … le temps était ma seule ressource inépuisable. Est ensuite arrivé ce qui paraît impossible : j’ai vu ta vie.


Oui, c’est exactement ça. Je l’ai vue de A à Z. Je suis convaincu que tu n'avais pas prévu tout cela lorsque tu as sacrifié une partie de ton âme. Elle m'a tenu compagnie, m'a raconté tous tes souvenirs. Et mieux que tout quand le film fut finit, j’ai vu les 700 années que tu m’avais prises, je les regardais à travers tes yeux. Elle a créé un pont télépathique entre toi et moi, entre ma prison et le monde extérieur. Ca m’a rendu un peu de ce que j’avais perdu.»


Il se tourne vers moi et me regarde profondément.


«Je sais tout de toi !»


Ces quelque mots me font l’effet d’une bombe. Je sursaute, je suis presque paralysé… Moi?! Paralysé par la peur ? La peur qu’il sache tout de moi…


«Quand tu l'as récupérée, que t’es t-il arrivé? Qu’as-tu vu?!»


Je ne sais pas quoi répondre. Il sourit pleinement quand il me dit ça. Il sait ce que je vais dire.


«Des bribes de ta vie.


-Je le savais !! C’était obligé !! Si j’ai vu ta vie, que j’ai ta mémoire, tes souvenirs et que je sais comment tu penses, toi aussi !! Tu sais tout de moi !!Nous partageons souvenirs, pensées, et maintenant que je suis libre, cette connexion ne va faire que s’étendre, nous allons également partager instincts, futurs et rêves !!»


Il a les yeux écarquillés, il sourit, on dirait que c’est merveilleux, que cette connexion est magnifique. Je suis terrifié. On dirait un psychopathe devant son chef d’œuvre. Il ne manque plus que le rire sadique des vieux blockbusters. J'ai enfermé le Roi parce qu'il avait sombré dans la folie, la solitude et le temps n'ont visiblement fait qu'aggraver les choses.


« Et qu’est-ce qu’il y a de bien là-dedans?! Nous sommes reliés, et alors?!


-Mais tu ne comprends pas?! C’est inimaginable ! Unique ! Ta puissance alliée à la mienne, nous sommes invincibles !!Et tu te demandes en quoi c’est bien?!»


Les nuages rouges s’assombrissent, au loin des grondements se font entendre. Un éclair s’abat à quelques mètres de nous.


En une demi-seconde, il se calme, ses yeux retrouvent leur aspect sereins, et ses muscles se décontractent. Il est comme je l’ai connu, maître de lui-même. Il se retourne, son regard est doux. Il n’a pas beaucoup changé, il passe de la bête à l’homme en moins de temps qu’il n'en faut pour le dire. Il s’approche de moi doucement, pas à pas.


«Avant de nous extasier sur ce qui nous lie maintenant, toi et moi avons des choses à régler. Tout d’abord...»


Je ne me suis pas du tout préparé à cela : son poing s’écrase sur ma joue. Tout mon être est ébranlé, je sens que mon cou va lâcher et j’ai l’impression que ma tête va s’envoler et atterrir quelques mètres plus loin. Je vacille quelque temps avant de reprendre mes esprits très difficilement. Je suis stupide, je suis devant un monstre et je baisse ma garde... c’est le Roi des vampires, je ne dois pas l’oublier.


«Et que me vaut ce présent?»


«Tu ne le sais pas? Je viens de te dire que je sais tout de toi, que tu n’as aucun secret pour moi, et toi tu me demandes pourquoi tu mérites cette violence?»


Sans même le vouloir, je revois tous. Les visions s’enchaînent comme si je ne contrôlais pas mes pensées.


«Tu n’étais pas censé l’apprendre comme ça !!


- Toi, tu n’étais pas censé faire ça !!»


Nos regards se croisent, chacun de nous à envie de prouver qu’il a raison par les poings.


«Je vais te rappeler quelques souvenirs, ce que j’ai appris grâce à toi durant mon isolement. La vérité. Durant les 300 ans où tu es parti t’entrainer, et te préparer à m’affronter, où tu as trouvé ton Amelithe. C’était à cette époque...
Jeu 6 Jan - 20:32 (2011)
Dëss
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Elle voguait dans le monde des humains, comme à son habitude, fascinée par ces êtres faibles et pourtant si... doués. Elle s’est faite attaquer, en pleine rue. Elle a massacré ses assaillants bien sûr, toute la bande, sans exception. Mais elle n’avait pas prévu que ces humains étaient contrôlés par un démon : un Parasite doté de plusieurs corps. Elle avait beau les tuer et recommencer, elle ne pouvait pas les vaincre, ils se relevaient toujours. Elle ne comprenait pas, elle ne pouvait pas savoir. Pour elle ce n’était que des humains et pour le démon, ce n’était qu’une vampire. Au bout de plusieurs heures de combats, tu es intervenu. Tu l'as sauvée d’une mort certaine. Tu as sauvé ma femme. Hawa, le Reine des vampires».


Plus il parle, et plus son état change. Je ne sais pas s’il est nostalgique, énervé, ou bien s’il ne pense pas et raconte ce qu’il a vu.


«Ce fût la première fois que tu la vis. La première fois d’une longue série. Vous avez combattu ensemble aux enfers, dans le monde des humains, mais aussi jusqu’aux portes du paradis. Vous avez mené de grands combats, toi pour parfaire ton entrainement, et elle pour t’accompagner. Elle ne savait pas pourquoi tu faisais cela, et tu ne savais pas qui elle était vraiment. A l’époque, je ne comprenais pas son absence, je me disais qu’elle prenait goût à la chasse aux humains, et que ses escapades de plusieurs jours ne représentaient rien. J‘avais tord. Ce qui devait arriver arriva…»


Il me regarde de haut en bas, totalement indifférent, puis il reprend son discours.


« A l’époque je n’aurais pas compris, je t’aurais sûrement fait subir des souffrances pire que la mort, mais aujourd’hui, je me dis que les choses n’auraient pas pu mieux se passer. Malheureusement, vous n’avez pas pu profiter de votre liaison bien longtemps.»


Il remue des souvenirs que j'avais depuis longtemps enfouis. Cette vase qui se soulève me ramène à des émotions et des sentiments que j'avais décidé d'oublier. Ma colère monte à nouveau. Froidement, je lui crache ma vérité :


- Tu la délaissais. Tu ne l'aimais plus.


«MENSONGE ! Qui est-tu, misérable, pour oser prétendre connaître l'amour qui nous liait ! J'aimais ma femme, je l'aime toujours ! Et elle m'aimait ! Tu n'as été qu'une distraction dans sa vie, un outil pour passer le temps et me rendre jaloux !» et de conclure ses propos par un nouvel uppercut foudroyant qui m'envoie valdinguer contre une colonne de pierre, qui s'effondre sur moi sous l'impact.


Dans sa fureur, il a baissé sa garde mentale et j'ai réussi à pénétrer un peu plus profondément dans son âme. De manière très fugace, j'ai frôlé un souvenir caché, interdit. Puis j'ai été repoussé. Je tente à nouveau de l'atteindre...


«ASSEZ ! Ou je te détruis !»


Et de confirmer ses propos en écrasant mon esprit par sa volonté. J'ai compris la leçon, je lâche prise. Il desserre son étreinte et revient à nouveau au calme. Son regard se tourne vers le lointain, j’ai l’impression qu’une larme coule sur son visage.


«Elle t’a invité à une réception. Tout ce qu’il y a de plus banal. Je n’allais jamais à ce genre d‘événement. A quoi bon? Mes hommes prenaient plaisir à se vanter de faire parti de mes proches et toutes ces mondanités m’ont toujours répugné. Tu y étais invité en tant que représentant de la nation démonique, c‘était la meilleure des couvertures; personne ne se douta que tu étais un déserteur. Durant la soirée, vos regards se sont croisés de nombreuses fois, et vos yeux en disaient long. Lorsque toute les discussions eurent commencé, que tout le monde s’intéressait à ses affaires, elle monta discrètement dans une chambre supérieure du palais, suivie par ses deux molosses. Pour ne pas éveiller les soupçons, tu as mis quelque temps avant de la rejoindre. Tu n‘aurais pas du attendre.»


Je suis tellement surpris et perturbé de le voir raconter tout cela, ce sont mes souvenirs, mon regard, et il le dit comme si il l’avait vécu. Je décide de continuer l’histoire, comme pour confirmer à chacun de nous que cela est bien arrivé.


«Je monte les escaliers, d’abord doucement, même si je suis rempli d’impatience. Un cri me sort de mes esprits, je mets trop de temps à réagir : c’est elle qui vient de hurler. Je monte les marches quatre à quatre. Je ne m’arrête pas devant les cadavres qui jonchent le sol devant la pièce. J’arrive devant la porte que j’enfonce d’un coup d’épaule, et j’aperçois le massacre. Du sang … partout ..des murs au plafond.. Plusieurs litres partout dans la pièce.. Je reste bouche bée, et je tombe à genou»


La tempête se rapproche de nous, dans moins d’une heure elle sera la.


« Je ne pense plus. Je ne sais pas combien de temps s’écoule, son corps encore chaud est posé dans une marre de sang. Mon cerveau prend le pas sur mes émotions quand je vois du mouvement sur le côté. Dans l’ombre de la nuit, la fenêtre grande ouverte laisse voir une personne qui me regarde, un genou déjà dehors. Un immense drapé noir cache son visage et la plupart de son corps. Pour moi il n’y a aucun doute, c’est lui le responsable. Je me lève d’un bond et lui fonce dessus, je nous propulse du 15ème étage vers le sol. Je ne sais pas si je survivrais au choc, mais cela n’a pas d’importance, lui n’a aucun chance, je le tiens aussi fort que je le peux et je n’ai pas l’intention de le lâcher. Nous tombons une dizaine d’étages avant que deux immenses membrures s’ouvrent dans son dos. Sous le coup de la surprise, je lâche prise. Le coupable s’enfuit.. Un coupable ailé, et ce n’est pas un démon.. Ses ailes sont faites de plumes, c’est un ange. Je déploie les miennes, et retourne auprès d’elle.


Elle vient de rendre son dernier souffle. Je la regarde, son visage toujours aussi doux est empli d’un voile de mort, je lui ferme les yeux. J’aperçois alors ma Marque de démon tracée à même la peau, sur son front. C’était la signature que j’utilisais lors de mes missions quand j’étais un membre de l’armée démonique, la manifestation visible d'un signal comptable envoyé à mes supérieurs pour les informer du succès de mes missions… Celle-ci est un faux bien sûr, elle est vide, mais seul un démon initié peut le savoir. Que fait cette marque sur elle? Je ne saisis pas, il me faut des explications. Je laisse le corps, à l’endroit de sa mort, après avoir posé sur ses lèvres un dernier baiser. Je sors par la fenêtre à la poursuite du responsable. Je mets quelque temps à le retrouver mais je m'en fous, je dois la venger. L’assaillant n’a pas vraiment pris la peine de camoufler sa trace. Je soulage ma fureur sur lui, qui m’avoue avant de trépasser qu’il a obéi à l'ordre d’un supérieur. Le but de sa mission était de faire accuser un démon présent le soir même, un émissaire démon, du meurtre de la Reine. Il rend l’âme sur ces paroles, et je comprends enfin. Le coupable parfait c’est moi. Je serai le responsable. Et en quoi cela servirait le dessein des anges? Je ne fais plus partie de l’armée démonique depuis plusieurs siècles déjà, alors pourquoi moi?!»


- Parce tu étais un émissaire démon, censé représenter ta nation, et que ce meurtre était un acte ignoble qui méritait réparation. La nation angélique espérait créer un second front de bataille contre les démons, ils ont failli réussir. Les hauts démons protestèrent bien sûr, arguant que tu étais un déserteur. Ils ne croyaient même pas à ta culpabilité, et si toutefois tu étais le meurtrier, tu avais agi de ton propre chef.


Le peuple démon était innocent, et tu n'étais coupable que d'être amoureux de Hawa, ce en quoi nous étions sur un pied d'égalité, en quelque sorte, tout en faisant de nous des rivaux, mais certainement pas de toi un assassin. Comme toi j'ai été manipulé, et je le compris bien trop tard…»
Jeu 6 Jan - 20:33 (2011)
Urdaan
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«Bonjour Prince».


Je reste interdit et distant. Nous nous observons en silence. Astoban m'avait dit que le Prince avait mûri, et ces changements sont également visibles. Ce n'est plus un vampire adolescent au corps malingre, à la gestuelle un peu lourde et maladroite, mais un adulte affûté, épanoui et serein, qui mesure chacun de ses mouvements avec précision et économie, à la beauté et au regard hypnotique.
Je dissimule mon admiration derrière un empressement exagéré :


«Je suis désolé, je n'ai pas le temps de converser avec vous pour le moment. Une mission urgente»


- Ne t'en fais pas pour cela. Tout est sous contrôle.


Il me rappelle par là qu'il est mon supérieur


- Nous avons du temps pour nos retrouvailles désormais. Et nous avons à parler. Tu voulais me voir ? Tu voulais un rapport du contexte interracial ? De l'état de notre armée ? Je suis là pour ça. Tu es resté caché bien longtemps maître d'armes, et je devrais te punir pour ta désertion. Mais le Roi a décidé de t'accorder son pardon, si toutefois tu reprends ta place à la tête de sa garde personnelle. Je suis heureux de constater que c'est le cas.


Une punition ? Ce gamin ? Oui, il le peut. Je suis rouillé de ces années d'inactivité, il est en pleine forme. Il est de sang royal, je ne suis qu'un soldat et un deux fois né. Et de toute façon, je me suis déjà infligé une punition bien sévère : l'isolement, la culpabilité, le remords. Pendant sept cents ans...


- Rentrons à la base. Nous parlerons en cheminant. Et il disparaît à la verticale, sous les feuillages.


J'obéis, et redescend le long d'un tronc. Il m'attend au pied de l'arbre, et nous reprenons tranquillement le sentier en sens inverse.


J'écoute très attentivement Sethi me dresser un rapide survol des relations interraciales des sept cent dernières années. Bien sûr j'avais eu vent de quelques faits d'armes épars depuis ma retraite, par le biais de rumeurs, de rencontres fortuites ou plus tard des médias, mais sans aucune vue d'ensemble des évènements.


«Comme tu le sais, la mort de la Reine a plongé le Roi dans un chagrin incommensurable, traduit par une fureur aveugle et destructrice. Les Hauts Démons protestèrent dans un premier temps en arguant que l'assassin était un renégat de leur armée, un déserteur, puis après enquête qu'il n'était qu'un pion et que les véritables responsables étaient les anges. Le Roi ne voulut rien entendre. A ses yeux le peuple démon en entier était responsable et devait payer. Fou de douleur et de rage, il leur déclara donc une guerre ouverte.


Cette décision provoqua un vif émoi au sein même du peuple vampire. Beaucoup, même parmi les plus fidèles, se mirent à douter de la santé mentale du Roi. Ils avaient conscience de l'aspect suicidaire de cette décision, que le Roi conduisait son peuple à une mort certaine. Privé de sa Reine le Roi voulait mourir, entraînant avec lui tous ses sujets, tous ses enfants. Mais eux n'étaient pas d'accord. Un grand nombre désobéirent et désertèrent. Le Roi fit des exemples en exécutant sauvagement quelques uns. Son règne avait sombré dans la folie et la terreur.»


Je me rappelle ces années noires, où moi-même j'avais obéi aveuglement aux ordres et tué de mes propres mains mes semblables. J'étais un soldat alors. La tristesse m'envahit.


«Avec plus d'un tiers de son contingent éparpillé dans la nature, la petite armée vampirique ne représentait qu'une faible menace pour la machine de guerre démonique. Or à cette époque les combats entre démons et anges étaient à leur paroxysme. Les Haut Démons ne voulaient donc pas dépenser trop d'énergie dans un deuxième front bien insignifiant. Ils décidèrent donc d'opérer une frappe chirurgicale, conscients que la société vampirique dans son ensemble désapprouvait cette guerre, qu'elle ne reposait que sur la folie de leur chef. Ils envoyèrent un commando pour le neutraliser; celui-ci remplit brillamment sa mission. Du moins, c'est ce qu'on crût pendant longtemps.


A la disparition de la Reine, puis du Roi, ma soeur et moi étions trop jeunes pour régner. Ma soeur n'était encore qu'une enfant, et moi j'étais... disons... immature. Le pouvoir ne m'intéressait que parce qu'il m'ouvrait les portes des plaisirs charnels, et mon statut me donnait l'absolution sur tous mes faits et gestes».


Ces mots me font grincer des dents... sait-il seulement l'énergie qu'il me fallait dépenser pour couvrir ses frasques ?


«Mais j'étais incapable de régner. Les responsabilités, les décisions à prendre, l'abnégation au service de son peuple, toutes ces valeurs me rebutaient. Je ne voulais pas du trône. Et de toute façon, la mort du Roi n'a jamais été prouvée. Il ne pouvait en tout état de cause avoir de successeur.


La société vampirique avait donc bel et bien explosé. Les deux fois nés de deuxième génération, créés à la hâte pour les besoins guerriers, s'éparpillèrent dans la nature, sans avoir eu l'éducation indispensable à leur nouvelle condition. Ils devinrent des errants, chassant en solitaires ou petits groupes, semant la terreur dans la population humaine, dangereux pour l'anonymat des sociétés secrètes. Ils furent chassés par les démons, les anges, mais essentiellement les lycans, sur les territoires desquels ils empiétaient.


Les deux fois nés de première génération, ainsi que les premiers nés, se regroupèrent, par affinités, par loyauté ou par famille, revendiquant à qui mieux mieux la souveraineté, se déchirant de manière pathétique pour des lambeaux de pouvoir. Certains plus sages choisirent la retraite ou l'ermitage.


Ma soeur et moi fument protégés par les derniers fidèles de l'entourage royal. Nous trouvâmes un refuge sûr et discret, très isolé, et c'est là qu'on termina notre éducation, attendant et espérant qu'un jour nous puissions reconstruire la société vampirique et lui redonner des heures de gloire.


L'austérité et l'isolement sont très difficiles à vivre, en particulier pour des jeunes gens en pleine adolescence. Ajouté à cela un chagrin profond d'avoir perdu nos parents, les premières années furent très difficile. Nous rendions la vie de nos tuteurs impossible, multipliions les provocations et les fugues. Fort heureusement, leur patience et leur foi eurent raison de notre bêtise et nous finîmes par comprendre la gravité de la situation. Nos caprices d'enfants gâtés n'avaient plus de raison d'être. Nous devînmes adultes, nos tuteurs devinrent nos conseillers et nous oeuvrâmes ensemble à chercher des solutions pour reprendre le contrôle de la société».
Jeu 6 Jan - 20:34 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

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Nous cheminons toujours à travers la fôret. Inlassable, le Prince poursuit sa narration :


«Nous définîmes donc une ligne de conduite à suivre. La première étape était de recenser les différents clans de vampires, de les localiser et de rentrer en contact avec eux. Cette tâche s'avéra longue et fastidieuse, semée d'embûches. Nous procédâmes par tâtonnement, et conscients de notre vulnérabilité et qu'on ne nous ferait pas forcément bon accueil nous usâmes d'un maximum de discrétion, de tact et de méfiance.


Il nous fallut plus d'un siècle pour mener à bien cette première phase. Les clans étaient vraiment très éparpillés, vivant reclus comme nous dans des lieux isolés et difficiles d'accès. Si certains clans nous reçurent de manière glaciale et expéditive, en général on nous fît plutôt bon accueil, et la majeure partie des premiers-nés étaient favorables à la reconstruction d'une société vampire. La deuxième phase pouvait commencer : la négociation.


Nous réunîmes tous les clans sympathisants pour une table ronde qui dura cinq jours, dans le luxe relatif d'un château de campagne appartenant à la famille royale. Les festivités autour des séances de travail n'égalaient pas les bacchanales d'antan, mais ce fût tout de même une semaine fort agréable, de retrouvailles, de réconciliation, et surtout d'espoir. Nous avions placé de grandes espérances dans cet événement, et nous croyions sincèrement que cette réunion marquait le renouveau de la société vampirique.


Hélas, tout ne fût pas si simple. Si l'ambiance en dehors de la salle des débats était des plus agréables, à l'intérieur les discussions étaient acharnées. Tout le monde était d'accord sur le fond, à savoir fonder une nouvelle société fédérée autour d'un pouvoir fort, mais la forme nous divisait tous. Nous voulions moderniser la société tout en conservant un système monarchique, en poursuivant la dynastie des Lecidea. Certains étaient d'accord pour la monarchie, par pour les Lecidea. D'autres encore proposaient d'organiser des élections démocratiques, et se portaient candidats. Les plus belliqueux, les plus extrémistes, revendiquaient un Empire et voulaient asservir les humains...


Tous furent écoutés, et nous comprîmes qu'il serait très difficile de trouver un consensus. Nous étions accablés, déçu, et résignés à en rester là lorsqu'une voix couvrit toute les autres et lança :«de toute façon nous avons encore un Roi, rien ne nous prouve qu'il soit mort ! Qu'on retrouve sa dépouille, alors il sera bien assez temps de désigner un successeur, par la voie des urnes ou celles du sang !»


Un lourd silence suivit cette évidence. Dans notre obsession à fuir, puis à nous cacher, et désormais à fonder un nouvel ordre vampirique, nous avions tout simplement oublié d'enterrer le précédent. Aussi incroyable que cela puisse paraître, personne ne s'était jamais mis à la recherche d'une preuve de la mort du Roi».


J'ai l'impression de recevoir une gifle en plein visage. Moi aussi, je suis coupable ! Moi aussi, j'ai fui comme un lâche, j'ai fui mes responsabilités, j'ai fui ma culpabilité, j'ai même fui ma lâcheté ! Moi le soldat d'élite, comment ai-je pu être aussi veule ?


«Cette brusque prise de conscience collective ramena un peu de sérénité et d'espoir dans le débat. Ce n'est pas que nous avions espoir de retrouver le Roi vivant, tout le monde était persuadé de sa mort, car s'il était vivant, ne serait-il pas réapparu ? Mais au moins nous avions à nouveau un objectif commun, et d'une manière symbolique nous devions faire le deuil du Roi et de l'ancien ordre qu'il représentait. La fin de l'ancienne société vampirique était inéluctable, elle avait amorcé son déclin depuis plusieurs générations et avait atteint son point de non retour.


D'un point de vue plus personnel, j'avais encore espoir d'être couronné. Mais pour cela il me fallait convaincre, et prouver la mort de mon père. J'avais l'entier soutien de mon clan, et une crédibilité sentimentale vis-à-vis des autres clans : je serai donc le fer de lance de la recherche. Notre plan prenait un virage inattendu, et nous dûmes improviser. Ce fût la troisième étape de la reconstruction : la quête du Roi.


Par où commencer ? Nous n'avions pas de piste à suivre, de point de départ à notre quête excepté... les démons. Après tous ces siècles passés coupés du monde, ils devaient nous croire définitivement anéantis de la surface de la planète. Nous n'avions plus aucun contact avec aucune autre race d'ailleurs, à part les humains mais uniquement à des fins nutritives.


Nous reprîmes donc timidement des relations diplomatiques avec toutes les races, mais les démons étaient une autre histoire, notre dernier échange étant précisément la disparition du Roi. L'affaire s'avérait très délicate, et nous décidâmes de tester le terrain par l'intermédiaire d'un humain nécromancien. Les démons semblaient indifférents à notre réapparition, ils ne nourrissaient pas de rancoeur particulière vis-à-vis de notre race. Le pragmatisme martial : le Roi était une menace, ils l'avaient éliminé. Terminé.


Le nécromancien organisa donc une rencontre officieuse avec un démon mineur. Celui-ci nous donna de nombreuses informations, d'ordre général. Il ne faisait hélas pas parti du commando envoyé pour neutraliser le Roi, et en retrouver des membres s'avérait très compliqué, si tant est qu'ils soient encore vivants. Cette mission était hautement confidentielle dans les dossiers de l'armée démonique. Il nous promis d'essayer, en échange d'une incroyable liste de contreparties. Ce qu'il nous proposait était tout bonnement de l'usure, mais un démon est un démon et nous n'avions pas d'autre choix. Le marché fût conclu. A titre d'extra, il nous parla du contexte politique interracial, encore et toujours de leur guerre contre les anges. Il nous conseilla de mettre bon ordre dans les rangs des vampires décadents, et en particulier de la nouvelle espèce, celle au bras surdéveloppé et aux griffes acérées. Il nous demanda d'ailleurs d'où sortaient ces êtres, et fût très surpris de nous voir interloqués et démunis de réponse. D'un air grave, il nous informa qu'il comptait en informer sa hiérarchie».


Plongé dans le résumé de tous ces siècles, je ne vois pas le temps passer. J'ai l'impression que nous marchons depuis cinq minutes quand je me rends compte que nous sommes déjà revenus à la base. Nous pénétrons dans le petit complexe militaire, camouflé dans les taillis, sous le regard des gardes médusés. Ils nous saluent avec empressement. «Majesté ! Général !».
Jeu 6 Jan - 20:34 (2011)
Dëss
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Un long et lourd silence prend la suite. Je suis soulagé qu'enfin le Roi ne me crois plus coupable.
Je crache quelques gouttes de sang par terre, m’essuie avec ma manche et reprends à l'intention du Roi :


«Quelque temps plus tard, j’appris que les démons supérieurs avaient décider d’envoyer un commando pour te tuer, afin de stopper cette guerre au plus vite. Je ne pouvais pas te laisser mourir, tu me devais une revanche. Ma victoire fut de courte durée. Les démons arrivèrent juste au moment où nous étions épuisés et donc incapable de nous défendre. Alors j’ai utilisé mes pouvoirs pour t’enfermer. Je ne savais pas si je devrai te libérer, un jour, mais lorsque j‘ai vu que ton absence avait stoppé la guerre et épargné de nombreuses vies démoniques et vampires, j’ai décidé de te laisser enfermé. Je savais que si je te libérais, la guerre aurait repris de plus belle, et je ne pouvais pas laisser faire ça. Au moins en mémoire de Hawa.


- Tu as bien agi, ces 700 années m’ont été bénéfiques, je sais bien sûr que j’ai raté une partie de la vie de mes enfants, que je suis resté proche de la folie à cause de la solitude, et que mon absence est en partie responsable du déclin de mon peuple, mais je te remercie. J'ai retrouvé une part de raison et de lucidité.»


D’une certaine manière, il comprend que ses remerciements ont beaucoup d’impact sur moi.


«Changeons de sujet, l’heure est grave. Tu ne m’a pas ramené pour que l’on se souvienne du passé n’est-ce pas? Alors parlons des raison de mon retour !»


- C’est à toi de m’en parler, tes enfants sont venu me chercher pour te libérer…»


«C'est exact. Une menace pèse sur les peuples. Une menace sans visage, sans nom, qui opère dans l'ombre depuis des siècles à dresse les peuples les uns contre les autres. Une menace qui est responsable de l'implosion de la société vampirique. Une menace qui est responsable de la mort d'Hawa.»


Sa révélation explose dans mon cerveau. Mes pupilles de dilatent.


Comment ? Mais je croyais que c'était les anges qui l'avaient tuée !


«Comme je croyais que c'était toi. D'où le danger de cette menace: elle est maître dans l'art de la manipulation et de la suggestion. Nul ne sait ce qu'elle est ni quel est son but, mais le fait est qu'elle a déclenché de nombreux conflits, et provoqué de nombreux morts, toutes races confondues. Et depuis quelque temps, la menace se précise. N'as-tu réellement rien remarqué ?»


Je passe en revue les souvenirs encore frais de ma mémoire. Je repense au convoi, sur le port, puis sur les pistes du Désert des Pluies, à Saend prisonnier dans le froid... je revois les gardes, des vampires survitaminés aux bras griffus. Avec un Saend plus surgelé qu'un poisson pané et sans mon âme complète, je ne pouvais pas faire grand chose face à ce dispositif musclé.


Je comprends que ces pensées ne sont pas directement les miennes, mais me sont induites par le Roi à travers notre connexion. C’est vrai qu’il sait tout ce que j’ai fait… il va falloir que je m’y habitue.


«Oui il va falloir que t’y habitues, et à ça aussi.»


Mes pensées sont maintenant comme des paroles pour lui, il faut que je fasse attention.


«Maintenant réfléchis. M'as-tu libéré parce que le monde a besoin de moi, où l'as-tu fait pour récupérer l'intégralité de ton âme et de ta puissance ?»


Il me sourit comme un enfant. Sa question me dérange, mais il n'attend pas de réponse.


«Je vais devoir réunir le plus de mes anciens hommes encore vivants. Mes enfants sont déjà à pied d'oeuvre et ont commencé à reconstituer l'armée vampirique. Nous avons besoin de toutes les forces vives pour affronter cette menace, et tes pouvoirs et ton expérience seront les bienvenus. Mais avant cela, tu vas devoir réparer ta dernière erreur : tu vas devoir ramener le dernier vampire que tu as tué, car c’est un de ceux dont nous avons le plus besoin.»


Sur le moment, je ne comprends pas. Je connaissais quasiment tout ses généraux, et je n’en ai tué aucun.


«Tu te trompes. Le vampire que tu as massacré en pleine ville était un de mes hommes de confiance ! Durant tout mon emprisonnement, sa motivation, sa confiance en moi et sa force n’ont fait que croître. Et toi, encore incapable de contenir tes pulsions et ta faim tu as littéralement pulvérisé un de mes hommes les plus importants. Tu n’a pas changé, 700 ans de passé et tu restes le même démon faible et stupide !!»


Je n’attends pas que sa phrase se termine, je contracte tous mes muscles et bondis sur lui. Je trace à une vitesse folle un cercle dans les airs et j’invoque une arme à une main qui se crée directement dans ma paume; je suis juste devant lui. Je pose l’arme sous sa gorge.


«Je ne suis plus vraiment celui que tu as connu, je suis bien plus puissant et j’accepte beaucoup moins facilement les reproches.»


«Tu devrais te mettre aux goûts du jours, les armes blanches c’est démodé..»


Il pointe un énorme pistolet sur ma tempe, et enclenche le percuteur. C’est un Desert eagle Mark XIX semi automatique en 357 magnum. Il est vrai que cela représente une source de menace bien plus grande que mon épée.


Il semble fier de lui.


Notre connexion se montre utile, nous décidons de stopper ici cette dispute. A la même seconde, il baisse son arme, et mon épée disparait.


«Il est bon de savoir que tes réflexes sont les mêmes, tu seras un allié précieux dans cette bataille. »


Son visage change d’expression et ses yeux me transpercent.


«Quand cette histoire sera réglée, je te donnerai la monnaie de ta pièce pour ces sept siècles et ma femme.»


Je décide de ne pas répondre, il sait ce que j’en pense: je suis aussi impatient que lui à l’approche d’un nouveau combat. Et je garde en moi un flash qui pourra bien me donner un avantage décisif pour le vaincre, la vision d'un de ses points faibles...


Je m’éloigne d’abord à pied, puis en volant. Je repasse dans mon vortex et reviens dans le monde des humains. Je dois retrouver ce vampire.
Jeu 6 Jan - 20:35 (2011)
Ezeckhiel
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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
J’y suis. Je l’ai retrouvée. Cette traîtresse est toujours aussi rapide, et semble savoir s’adapter aisément au terrain sombre et boueux de ces marais.


De mon côté, les choses sont plus simples: je me contente simplement de ne jamais la perdre de vue, et de continuer à filer vers elle, à une vitesse moyenne. Je suis suivi, et je n’ai aucune information sur mes poursuivants. Combien sont-ils ? Quelles sont leurs forces ? Urdaan en personne est-il de la partie? Beaucoup de paramètres cruciaux sont manquants.
Je ne dois en aucun cas les sous-estimer: s’ils sont les hommes d’Urdaan, ils ont probablement fait leurs preuves.


Soudain, je perçois un changement d'attitude chez Zillah. Elle ralentit, hésite, et s'arrête. La connaissant, je sais qu'elle prépare quelque chose: sa vitalité et son endurance sont à toute épreuve, et ce ne sont pas quelques kilomètres de fuite qui viendront à bout de ses poumons.


Je commence à perdre de l'altitude, et comprends alors son plan. Par je ne sais quel moyen, elle a appelé ses amis à la rescousse: ce qui n'était qu'un point noir dans la végétation verdâtre du marais se transforme en un nuage vibrillonnant, plutôt effrayant. Des dizaines, presque une cinquantaine de bras griffus se positionnent autour d'elle, regardant de chaque côté, prêts à parer n'importe quelle attaque. Derrière moi, à une bonne dizaine de kilomètres, mes poursuivants, que je repère aisément à l’odeur et aux sons qu’ils produisent. Je ne sais si l'un des deux camps a remarqué l'autre, mais je peux sentir qu'une atmosphère plutôt lourde règne désormais sur le marais.


Ma ceinture est toujours dans les mains de Zillah, qui parle avec plusieurs de ses amis, semblant être plus hauts gradés dans leur hiérarchie.
Elle doit probablement leur expliquer la situation, et ils ne tarderont pas à me démasquer.


Quitte à l'être, autant semer la panique. Mes poursuivants, toujours largement en retrait, continuent d'avancer dans notre direction, et je pense pouvoir affronter une bonne partie des hypertrophiés avant leur arrivée, puis récupérer ma ceinture et filer très vite. Oui mais voilà, ma métamorphose me demande beaucoup d'énergie, énergie que je vais devoir récupérer...avec ma ceinture.
Plan risqué, certes, mais ai-je le choix ?


Sans réfléchir plus que ça, et ne pensant qu'à elle, je fonce en piqué sur le nuage noir qui tapisse désormais la forêt. Reprenant ma forme humanoïde au tout dernier moment, j'espère pouvoir semer la panique, le désordre et, pourquoi pas, un semblant de mort en atterrissant à pleine vitesse sur la foule de monstres. Viser Zillah aurait été plus malin, mais également beaucoup plus dangereux : mieux vaut d’abord réduire le nombre de ses amis.


Hélas, j'étais repéré depuis longtemps, et tous s'étaient préparés à me recevoir.


A ma droite, une espèce de monument, à moitié enterré dans le sol, me rappelle étrangement mon labo : en sortent, comme des fourmis d’une fourmilière, des dizaines de monstres, qui viennent grossir les rangs ennemis. Ma bombe d’insecticide étant restée dans ma ceinture, cette dernière étant aux bras de Zillah, je n’ai plus qu’une seule solution : les écraser.


Mes chances de sortir vivant de ce combat sont très faibles, mais je n'ai malheureusement aucune autre alternative. S'il me reste un semblant de vie en fin de combat, je sais que ma potion de soin me permettra d'échapper à l'issue fatale. Encore faut-il la récupérer.


Dans un élan de violence, je m'élance au milieu des monstres, sautant, griffant, assommant, mordant, cassant chacun des membres qui tentent de m'assener des coups. Je sais que ça ne durera qu'un temps, et c'est pourquoi je doit très vite localiser Zillah, chose relativement aisée puisqu'elle est la seule femelle du groupe, et donc celle de qui émane une odeur plutôt particulière, au milieu de la transpiration putride des mâles.


Mes assaillants se font de plus en plus nombreux, de plus en plus oppressants, et je dois reculer pour éviter les coups qui sortent de tous les côtés. Mais, enfin, je l'aperçois.


Calme, m'attendant, encerclée par une dizaine de gardes du corps, elle me regarde froidement massacrer ses camarades. Elle sait qu'elle est mon objectif, et n'a pourtant pas l'air d'avoir peur. Que prépare-t-elle ?


Les bras griffus qui me font face m'obligent à puiser un maximum dans mes réserves, et je ne tiendrai pas longtemps à cette allure. Elle le sait, et peut-être est-ce ce qu'elle espère: ne pas avoir à se battre contre moi ?


Ca n'arrivera pas. Mes adversaires sont lents, inutiles, et sont envoyés contre moi uniquement dans l'espoir de me fatiguer: aucune de leurs attaques n'est sérieuse, et ceux que j'ai affronté auparavant étaient largement plus coriaces. Je n'ai donc qu'à frapper un grand coup.


Un grand coup ?


Après avoir repoussé momentanément la masse noire qui m'étouffe, j'arrache un arbre, plutôt petit et pas trop lourd, l'attrape à la manière d'une batte de baseball, et commence les home-runs. Pendant de longues minutes, mes ennemis s'élancent sur moi, presque en file indienne, attendant ma riposte. Puis leur nombre finit par diminuer petit à petit, et je sais que je ne suis plus très loin de Zillah, et donc de ma précieuse ceinture.
Mais plus je joue avec eux, et plus mes forces s'amenuisent: mes poursuivants ne devraient plus tarder, et je n'ai pas encore affronté la garde provisoire de mon ancienne complice.


Le dernier de mes faibles attaquants arrive enfin, et je lui décolle la tête d'un coup bien placé, envoyant cette dernière dans les bras d'un des gardiens de la traîtresse. Celui-ci rigole d'un air hautain, et s'approche, accompagné de cinq autres bras griffus. Je lâche mon tronc d'arbre, et ramasse le corps décapité de mon ennemi défunt. Ce dernier, s'il ne me sert pas de bouclier, me permettra au moins de comprendre à quel point le métier de médecin légiste doit être difficile.


Je fonce dans la direction du groupe, leur balance le corps dessus, et profite de la milliseconde de relâchement qu'ils ont pour sauter dans les airs, et exploser la nuque de l'un des plus faibles, resté en retrait. Rien qu'à sentir la défense de ce dernier, je comprends que le niveau est monté de quelques crans, et je commence même à douter de mes capacités. Mais maintenant que j'y suis...


Un bras monstrueux vient me défoncer la jambe gauche, et un deuxième atterrit sur ma joue, me brisant la mâchoire. Ces deux coups me confortent dans l'idée que mes chances sont très faibles. Lorsqu'un troisième bras arrive pour me donner un uppercut, je l'attrape, le tord, et l'arrache avec une violence sanguinaire dont je ne me serais jamais cru capable. M'en servant comme d'une massue, j'explose le crâne de son ancien propriétaire, et rend la monnaie de leurs pièces aux deux autres. Le dernier restant, toujours la tête de son ancien camarade dans les mains, me défie du regard. Il m'envoie la tête, et fait signe aux quatre derniers gardiens de venir, pour m'assener le coup fatal. Zillah, quant à elle, semble de plus en plus faible: je pense comprendre alors qu'elle a été empoisonnée par les hommes d'Urdaan qui, par sûreté, leur avait probablement ordonné de l'affaiblir avec du poison dans sa nourriture.


Astucieux.


Mes cinq adversaires semblent être les plus redoutables du groupe. A bout de force, je tente l'assaut final. Mais à peine ai-je le temps de pulvériser les côtes de mon premier adversaire que 2 des 4 autres se retrouvent criblés de carreaux et de balles. Derrière moi, les hommes d'Urdaan m'ont, malheureusement, retrouvé. Devant moi, les deux survivants retournent auprès de Zillah : les quelques secondes pendant lesquelles mes poursuivants interviennent leur suffiront pour fuir : en un rien de temps, les trois insectes disparaissent dans l’ombre de la jungle, ma ceinture dans les mains, me laissant désespérément seul face à une armée d’élite vampirique.
Jeu 6 Jan - 20:36 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

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Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Nous gagnons une salle à peine plus confortable que les autres, et nous y installons. Au garde de faction devant la porte, Sethi ordonne d'aller chercher Astoban. Puis il reprend son récit.


«Les mois s'écoulèrent sans que nous n'ayons plus de nouvelles du démon mineur. Nous désespérions de voir s'évanouir la seule et maigre piste que nous tenions, et commencions à envisager de reprendre les recherches en aveugles... Mais il tint parole et finit par nous contacter.


Son enquête avait été longue et difficile. Il marchait sur des oeufs, prenant de gros risques pour sa carrière et même pour sa vie. Les Hauts Démons n'aiment pas beaucoup que l'on fouille dans les dossiers confidentiels, encore moins pour divulguer des informations aux autres races. Il avait également été envoyé en mission contre les anges, et donc éloigné des sources d'information quelque temps.


Malgré tout, sa patience, son obstination et sa discrétion finirent par payer. Il réussit à soudoyer un fonctionnaire en charge des archives comptables, et obtint ainsi une information capitale : la marque du Démon n'avait pas été apposée sur le Roi, son âme n'avait jamais été comptabilisée. Il était formel. Le Roi n'avait donc pas été tué par le commando.


Cette nouvelle nous ouvrit de nouvelles perspectives et regonfla nos coeurs de joie et d'espoir. Bien sûr il fallait prendre cette information avec beaucoup de réserve, cela ne voulait pas dire que le Roi était vivant. Mais désormais tout était possible.


Nous réunîmes à nouveau le conseil pour présenter la situation, et après de vifs débats il fût décidé à la majorité d'entreprendre les recherches, et de me confier à titre provisoire les rênes de notre nation renaissante.


Comment entamer notre quête ? Nous ne pouvions décemment pas aller interroger les Démons pour connaître la vérité, et nous n'avions aucune piste à suivre. Le Roi avait disparu corps et bien avec un groupe restreint de sa garde d'élite, pour une mission secrète. Il avait pour habitude de ne rendre de comptes à personne depuis le décès de ma mère, ainsi nul ne savait où il se trouvait, où il se rendait ni pour quelle raison. Nous dûmes donc mener une enquête longue et fastidieuse, à partir du jour où les démons nous apprirent froidement le décès de notre Roi.»


Je me souviens de ce jour funeste. Un messager Démon était arrivé, porteur d'un message concis et explicite, qui disait à peu près ceci : votre Roi représentant une menace pour notre nation, il a été neutralisé. Toute tentative de vengeance contre nous sera sévèrement punie. Concentrez votre énergie à rebâtir votre nation, et à choisir un chef avec qui nous reprendrons ultérieurement des relations diplomatiques. J'avais remis ma démission sur-le-champs et partis en exil.


«Nous déduisîmes que cinq jours s'étaient écoulés entre le départ du Roi de son Palais et le message des Hauts Démons. Cette information nous permit dans un premier temps de restreindre la zone géographique des recherches, bien qu'une petite troupe d'élite puisse couvrir de grandes distances en quelques jours.


- Et le démon mineur ?


«Nous ne le revîmes jamais, même pas pour réclamer son dû. Peut-être a-t-il été dénoncé et exécuté pour trahison ? Nous n'en savons rien. Dans le doute et la crainte de représailles, nous décidâmes de rester le plus éloignés possible des Démons. Toujours est-il qu'il nous avait appris tout ce qu'il pouvait nous apprendre.


Nous organisâmes donc un ratissage systématique de la zone par petits groupes, selon une trame bien précise. Nous en profitions pour rallier à notre cause les clans de deux-fois-nés que nous rencontrions, ou pour éliminer ceux qui avaient des comportements vraiment trop primitifs.


Nos efforts, notre application furent vains. Après plusieurs mois de recherches assidues, nous avions parcouru la zone définie sans succès.»


Astoban nous a rejoint, et a attendu patiemment que le Prince marque une pause dans son récit et l'invite à prendre la parole :


- Des nouvelles des fugitifs ?


«Affirmatif Majesté. Nous venons d'avoir un rapport du groupe de poursuite: la fille a rejoint ses congénères dans une de leur base secrète. Il semblerait qu'ils aient repéré le jeune vampire. Ils lui ont tendu une embuscade, mais celui-ci a montré de grandes qualités de guerrier. Il a quasiment défait à lui seul tout le groupe des bras griffus. Nos hommes ne sont intervenus qu'en toute fin de combat, alors qu'il était à bout de forces. Un blessé léger pour nous, trois survivants du côté des bras griffus, qui ont réussi à prendre la fuite. La fille est parmi eux. La base est sous contrôle.»


Je jubile. Mon plan s'est déroulé à merveille. J'étais persuadé que Zillah se hâterait de rejoindre les siens, et qu'Ezekiel se révèlerait brillant combattant. Je ne me suis pas trompé. Mais quelque chose m'intrigue dans tout cela :


«Expliquez-moi comment le groupe de poursuite a pu continuer à suivre les fugitifs à la trace, alors que moi-même depuis le ciel j'avais beaucoup de mal à tenir la cadence ?»


Astoban pâlit. Un silence gêné s'installe. C'est le Prince qui répond à ma question :


«Je t'ai dit que tout est sous contrôle : pendant qu'ils étaient retenus ici, Astoban a placé un mouchard dans la ceinture d'Ezekiel.»


Je foudroie Astoban du regard. Penaud, il se tourne vers le Prince en espérant son soutien.


«Ne lui en veux pas, c'est moi qui lui ai ordonné de ne rien te dire. Nous voulons te confier les rênes du commandement de manière... progressive.»


Je répond, acide et révolté :


« J'ai passé l'âge des tests et des cachoteries. Je suis Général de l'armée vampirique, Commandant en chef de la Brigade des Cagoules, garde personnelle de sa Majesté Adam de Lécidéa. Je dois être informé et obéi en conséquence. »


Le sourire sur le visage de Sethi s'élargit.


«C'est ce que je voulais entendre. Tu as le plein commandement désormais. Le Roi en sera ravi».


Je m'apprête à faire comprendre sèchement à Astoban que je ne tolèrerai plus aucune rétention d'information, mais je me ravise. Il a obéi à un ordre de plus haut gradé que moi : le Prince en personne. Il a fait son travail.


Comme pour m'affirmer son obéissance, c'est à moi qu'il demande :


«La fille a... toujours le mouchard Général. Doit-on continuer à la poursuivre ?»


Je réfléchis rapidement. Elle va sans doute essayer de rejoindre un autre groupe. Mais les hommes doivent prendre un peu de repos, et avec le mouchard nous pourrons la retrouver sans problème.


- Négatif Commandant. Ordonnez aux hommes de rentrer à la base.


«A vos ordres Général. Et le jeune vampire, que doit-on en faire ?»


- Faites le ramener ici, en douceur. Je dois lui parler en personne.


«Bien Général!», et il quitte la pièce, laissant le Prince reprendre le cours de son récit.
Jeu 6 Jan - 20:37 (2011)
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