Le Sang des Rois Index du Forum
S’enregistrerRechercherFAQMembresGroupesConnexion


 Bienvenue 
Bonjour et bienvenue  Invité
"Le Sang des Rois" : L'histoire
Aller à la page: <  1, 2, 316, 17, 18, 19  >
 
Répondre au sujet    Le Sang des Rois Index du Forum » Le Sang des Rois » Le Sang des Rois Sujet précédent
Sujet suivant
"Le Sang des Rois" : L'histoire
Auteur Message
Saënd
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 04 Jan 2011
Messages: 9

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
PublicitéSupprimer les publicités ?
Depuis trop longtemps je cours après la princesse… Epuisé je m’arrête sous la ramure d’un vieux chêne, je me sens aspiré vers l’endroit où se trouve celle qui me maintient en son pouvoir.


« MAUDIT SERMENT!!! »


Le serment… cela me renvoie des siècles en arrière, à l’époque où je n’étais encore qu’un jeune elfe, mon village récemment détruit lors d’une percée des troupes Orcs.
Je suis parti vers la capital elfique. Cherchant un moyen de subsister je m’engageais dans une milice locale, je participais à diverses escarmouches. Un jour de patrouille nous tombâmes en embuscade, taillés en pièces par les Orcs les derniers survivant ne durent la vie sauve que grâce à l'intervention du directeur de l’école de pyromancie voisine qui se promenait dans le bois à ce moment.


Impressionné par sa puissance je décidais de maîtriser la magie, je ne voulais plus avoir besoin d’être protégé ou de combattre en groupe à cinq contre un…


Mais je fus refusé à l’entrée de l’école de pyromancie, les études coûtaient cher et je n’avais pas même de quoi payer un mois d’enseignement. J’essayais donc diverses méthodes pour m’infiltrer dans l’école, misant sur mon expérience de milicien je déposais ma candidature auprès des gardes, bien évidemment je fus débouté, trop jeune et trop peu expérimenté. Je trouvais finalement une place en tant que garçon de cuisine.


Commença alors un dur labeur, lever aux aurores pour préparer les petits déjeuners des élèves et des enseignants. Néanmoins je n’abandonnais pas mon idée d’apprendre l’utilisation de la magie.
Lors de mes pauses au lieu de tenter d’aller espionner les filles dans leurs vestiaires comme tous les marmitons je montais à la bibliothèque, et j’observais le fonctionnement de celle-ci, les entrées et sorties ne semblaient pas contrôlées, j’essayais donc d’entrer, pas de problème apparent , je commençais par chercher la section « arts de la table »; je la trouvais rapidement en remerciait mes parents décédés de m’avoir appris à lire. Je pris un volume de taille moyenne intitulé « les milles et un délice d’orient » je choisis avec soin une table proche de l’allée où se situaient les manuels de base des différentes formes de magies. Assis à ma table j’examinais les différents livres à la recherche d’un manuel à ma portée, faisant bien attention à ne pas me faire remarquer. Qui sait si je ne me ferais pas renvoyer si l’on me prenait en train de lire un livre qui ne m’était sans doute pas autorisé de parcourir ? Encore perclu des vieilles croyances je me voyais transformé en crapaud et jeté dans les flammes de l’enfer par le premiers apprentis venus...


Après une bonne heure lorsque la bibliothèque se fut vidée je finis par sélectionner un vieil ouvrage jauni par le temps intitulé « Quelques sorts utiles aux débutants des sciences occultes.»
Regardant autour de moi à l’affût du moindre bruit je pris doucement le livre et le glissais derrière le recueil de recettes, battant en repli vers l’allée « arts de la table » je m’assis à une des nombreuses tables libres, personnes ne semblait intéressé par ces « arts ». Relativement compréhensible dans une académie des sciences occultes… Les mains tremblantes j’ouvrais doucement le livre à la première page, celle-ci n’était qu’un ramassis de divers gribouillages sans doute faits par des élèves ennuyés.
Étrangement ils étaient bien distingués les uns des autres, qui donc pourrait se soucier qu’aucun gribouillage ne se recouvre? Sans doute une lubie de magicien… puis j’arrivais au sommaire :


P4 Préface
P5-20 Comment percevoir l’énergie magique en soi et autour de soi.
P21-30 Premiers exercices pour manipuler l’énergie.
P31-50 S’entraîner à Sculpter.
P51-80 S’entraîner à Projeter.
P81-83 Utilité de la gestuelle et de la voix.
P84-100 Vos premiers sorts.


Mon cœur battait à cent à l’heure j’allais enfin pouvoir apprendre la magie ! Tellement concentré sur ma découverte je sautais de ma chaise en hurlant de peur et de surprise lorsque qu’une main effleura doucement mon épaule. Reprenant mon souffle je regardais autour de moi, heureusement étant seul dans la bibliothèque à ce moment je n’avais pas attiré l’attention, puis me retournant je vis alors celle qui était à l’origine de mon émoi, une jeune demi-elfe aux longs cheveux auburn retenus par deux fines tresses se rejoignant derrière, vêtue d’une tunique fendue violette bordée d’or. Elle me regardait, ses deux yeux d’un violet profond écarquillés par la surprise, se demandant sans doute sur quel fou elle était tombée…


Je tentais de calmer mon cœur sur le point d’exploser et reculais jusqu’à être bloqué par la table de lecture.


Le silence s’éternisait j’osais à peine respirer, dans ma tête défilaient les plus horribles châtiments que mon imagination pouvait trouver. Elle décida finalement de prendre la parole :


« Heu… je… je suis désolée… pourquoi tu as réagis comme ça? Tu t’intéresses à la cuisine toi aussi? Je ne t’avais jamais vus ici… »


Tremblant d’effroi je ne pus que fournir un charabia de gémissement en terme de réponse.


« Tu... tu parles ma langue? » Elle répéta alors la question dans divers dialectes qui m’étaient alors inconnus.


Je…heu…oui.
ah, bien ,dit-elle avec un grand sourire, mais que fais-tu dans cette zone de la bibliothèque?
je…heu... je suis un commis de cuisine…A ce moment je détournais les yeux, trop honteux de ne pas pouvoir lui dire que j’étais un étudiant pour pouvoir la regarder en face.
ho…c’est génial ! Tu voudrais bien m’apprendre quelques petits trucs? J’ai toujours aimé cuisiner mais…je ne suis pas très douée et j’aimerais pouvoir faire quelque chose de mangeable, dans quelques mois c’est l’anniversaire de ma mère, et j’aurais aimé pouvoir lui faire un gâteau…


Le rouge lui montait aux joues, elle se mit à parler très vite comme pour se justifier


Oui je sais…c’est un truc de gamine…je devrais trouver quelque chose de mieux…mais heu…tu veux bien m’apprendre?


Les yeux écarquillés ce fut mon tour de me demander sur quelle folle j’étais tombé. Voyant mon étonnement et mon hésitation, elle me rassura :


Tu sais tu n’es pas obligé d’accepter…
Je.. si ! Si ça me ferait très plaisir…
Vraiment?
Oui oui !


Elle s’assit à la table m’invitant à faire de même. Désignant mon livre d'un petit geste du menton elle demanda :


Tu lis quoi?


A nouveau mon cœur manqua un battement, j’allais mourir, c’étais sûr! Je serais démasqué transformé en poulet et mangé au repas du soir! Je répondis à toute vitesse, à peine compréhensible


Je, heu NON!, c’est rien.. Je vais heu.. Aller le reposer tout de suite… PITIE NE ME TRANSFORME PAS EN POULET !!!
Par... pardon?


Elle regarda le livre, lut le titre et éclata soudain de rire


Mais enfin pourquoi je te transformerais en poulet? Tu as tout à fait le droit de lire tous les ouvrages que tu veux si ils s’ouvrent pour toi, vois-tu la bibliothèque dispose d’un enchantement spécial qui ne fait s’ouvrir les livres qu’aux personnes qui sont dignes de les lire. Mais seuls les élèves et les professeurs ont le droit de les emprunter. Donc voilà ce que je te propose : j'emprunte ce livre pour toi et en échange tu m’apprends a cuisiner un gâteau pour ma mère. D’accord?
Heu oui bien sur … répondis-je piteux.


Encore aujourd’hui je n’en reviens pas de ma chance d’avoir rencontré Tyalïnn. Le soir venu dans le dortoir commun des différents serviteurs de ma tranche d’âge je ne me mêlais à aucun des différents groupes, que se soit ceux qui jouaient le peu d’argent de notre paye ou ceux qui se retrouvaient autour des parchemins coquins récoltés au gré du marché noir intérieur de l’académie, à la lueur des globes lumineux qui baignaient le dortoir dnas une douce lumière. L’un des nombreux avantages de travailler à l’académie en effet les dortoir étaient allumé par les globes et non par des bougies à la fois pour le confort, l’économie des bougies et la diminution des risques d’incendies.


Isolé dans mon hamac, je m'apprêtais en silence à me plonger dans mon livre si précieux, et qui allait orienter ma vie à jamais.
Jeu 6 Jan - 20:38 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
« Notre première campagne de recherches n'avait donc donné aucun résultat. Ma soeur et moi écumions de rage, persuadés qu'il était impossible de n'avoir trouvé aucun indice. Nous ne pensions pas retrouver mon père vivant, mais au moins un témoignage, une marque, une sépulture... Je décidais donc de reprendre les recherches en élargissant la zone et en approfondissant les investigations.


Ma décision fût fraîchement accueillie par nombre de Premiers Nés. Beaucoup étaient résignés et pensaient ne jamais retrouver la moindre trace du Roi, qu'il était inutile de poursuivre, que nous ferions mieux d'employer notre énergie à construire un nouvel âge d'or pour la société vampirique. C'est donc au forcing que je réussis à lancer la deuxième campagne de recherches, arguant que nous en profiterions pour fédérer de nouveaux clans et continuer à rétablir l'ordre dans notre communauté. C'est d'ailleurs à cette période que nous commençâmes à rencontrer des vampires d'un genre nouveau, au bras titanesque, aux griffes acérées et extrêmement belliqueux, ceux-là même dont nous avait parlé le démon mineur.


Des mois s'écoulèrent sans qu'aucun élément nouveau ne vint apporter un peu d'espoir dans notre quête. Les résignés et les contestataires étaient plus nombreux et bruyants chaque jour, et j'avoue que je commençais aussi à considérer que le fol espoir que nous avions entrevu était infondé. On disait qu'il était temps, qu'il fallait se détourner définitivement du passé pour embrasser le présent et l'avenir en choisissant un chef.


Ma soeur conservait un peu plus de foi que moi et s'acharnait encore, et son obstination finit par être récompensée, même si elle ne le comprit pas tout de suite. Nous retrouvâmes la trace de mon père d'une manière inattendue et insolite.»


«Elle avait emmené son groupe dans les Monts Sanguinaires, à la limite de notre zone de recherches et avait même poussé un peu plus loin, dans un secteur que nous n'avions jamais exploré. Quelle ne fût pas sa surprise en découvrant au fin fond des montagnes, à plus de 3650 m d'altitude une petite citée à l'architecture modeste mais cohérente et agréable, grouillante de vie, très bien structurée avec ses élevages, ses ateliers, ses commerces, son école, sa bibliothèque, son temple, son Palais...


Alors que le petit groupe comptant une cinquantaine d'hommes en armes, ma soeur à leur tête, chevauchaient dans les ruelles, la population se rassemblait en chuchotant autour d'eux, mélange d'humains et de vampires. Tous se regardaient avec beaucoup de curiosité et de réserve, mais nulle hostilité ne semblait régner en ces lieux. Les enfants, plus hardis, venaient courir jusque dans les pattes des chevaux en piaillant.


Finalement un dignitaire aux habits de couleurs vives vint à leur rencontre pour s'enquérir de leur identité, et de la raison de leur visite. Ma soeur, stupéfaite et vexée qu'on eût pu ne pas la reconnaître, lui intima sèchement l'ordre de la conduire au Palais auprès du Maître des lieux. L'émissaire, confus, répondit qu'il en serait très honoré, et donna des ordres pour qu'on s'occupe avec grand soin des soldats et des chevaux.


Le plus haut gradé de la troupe vint mettre en garde la Princesse contre un piège possible, mais ma soeur était sereine et le rassura d'une main chaleureuse sur l'épaule. Elle accepta cependant qu'il l'accompagne avec trois des meilleurs soldats.


Tout en cheminant, le dignitaire n'avait de cesse de s'excuser platement de son ignorance et de la modestie de l'accueil qu'on réservait à une dame de son rang. La vie dans ces montagnes reculées ne permettait pas le faste et le luxe qui lui étaient échus de droit, mais si lors d'une prochaine visite elle avait la mansuétude de bien vouloir les prévenir quelques jours avant de son arrivée, tout serait organisé au mieux pour la recevoir convenablement. Il lui offrit de la conduire à des appartements privés pour quelque repos et rafraîchissements, mais ma soeur déclina son offre et exigea de voir le maître des lieux immédiatement, ce qui fût fait. Elle entra dans le Palais.


La décoration intérieure n'était pas si modeste que cela. Elle était même plutôt chargée, lourde d'étoffes, de meubles, de tableaux, de vaisselle, relativement dépareillé. Tout était plus fait pour en montrer le maximum au visiteur, et non dans une recherche d'harmonie et d'agencement. On eût dit le fruit de butins colossaux, une caverne d'Ali-baba dans laquelle on aurait mit un peu d'ordre...
Vraisemblablement l'artisanat local n'avait pu produire tels types d'objets, tout devait provenir de pillages.


La Princesse et ses gardes du corps furent conduits dans ce qui semblait être une salle de réception, avec une très longue table rectangulaire en chêne massif à laquelle on les invita à prendre place. On leur apporta un plateau chargé de fruits et de sang. Enfin, le maître des lieux fît une entrée théâtrale, annoncée en grande pompe par un crieur.


Le maître était à l'image des lieux : vêtu d'une tenue d'apparat lourde et pompeuse, aux couleurs criardes, une cape en fourrure blanche sur les épaules. De l'or et des pierres précieuses empesantissaient encore sa mise. Une coiffe cachait maladroitement son crâne rasé. Il était grand et gros, le visage replet et jovial confortablement posé sur une barbe nuageuse, et s'exprimait fortement à grand renfort de gestes et d'effets de manche. Il se faisait appeler Destin.


L'exubérance du personnage plongea immédiatement ma soeur dans un mélange d'irritation et d'amusement. Visiblement il était totalement mégalomane, et donc égocentrique et potentiellement dangereux. La vivacité et la profondeur de son regard trahissaient une intelligence incontestable. Mieux valait s'en méfier, user de ruse et de séduction et ne pas imposer le pouvoir royal par la force.


Après une longue introduction dans laquelle il remerciait la Princesse de sa visite et utilisait pléthore de civilités d'usage et formules de politesses ampoulées, il en vint à demander à ma soeur la raison de sa visite. Celle-ci lui avoua sincèrement que le hasard avait guidé les sabots de ses chevaux jusqu'à sa ville inconnue jusque-là, que sa venue n'avait donc rien d'officiel auquel cas ils auraient été avertis à l'avance et c'est une délégation officielle qui l'aurait accompagnée, pas une cohorte de soldats. Intelligemment, elle orienta la discussion vers la surprise de découvrir dans un lieu aussi austère une ville de cette ampleur et de cette beauté.


Il n'en fallait pas plus pour lancer Destin dans un dithyrambe sur sa ville. Ses yeux s'allumèrent, il se redressa fièrement et entama un long monologue faisant l'apologie de sa ville, de ses habitants et, bien sûr, de lui-même, guide éclairé. Ma soeur n'en perdait pas une miette, enregistrant entre ses bouffonneries les informations importantes qu'elle pût nous rapporter par la suite.


Il avait fondé sa ville sur la base d'un petit village humain de montagne, habité par des bergers lors des estivages. Réfugié là avec son clan initial comptant une vingtaine de membres, il avait posé les bases d'une petite société nouvelle autarcique et avait commencé à parcourir la région en prêchant ses principes pour rallier à lui d'autres clans. Peu à peu la population grossit, le village se développa, devint une petite ville. Aujourd'hui elle compte environ mille deux-cent vampires, presque autant d'humains vivant dans une forme de semi-esclavage, et porte le nom de son père fondateur : Destinée.


Nous n'avions jamais rencontré de clan aussi important jusque là, les plus nombreux et les plus structurés comptaient au maximum cent soixante-dix membres et vivaient dans d'anciennes ruines sommairement retapées. Ma soeur comprit immédiatement l'intérêt que nous aurions à fédérer ce clan. Il fallait dans un premier temps s'en faire un allié.


Elle écouta patiemment Destin vanter sa grandeur, son génie, son aspect visionnaire, puis lorsqu'il fût tari elle le remercia chaleureusement et déclina son invitation à rester quelques jours. Elle lui dit qu'elle souhaitait rentrer au plus vite pour organiser une rencontre cette fois tout ce qu'il y a de plus officiel, à laquelle son frère le Prince, moi, participerait en personne. Destin s'en dit très honoré, mais elle crût percevoir un éclat étrange passer dans ses yeux. Cela, elle ne me le dit que bien plus tard.


Ma soeur quitta donc Destinée, soulagée que tout ce soit bien passé. Elle réalisa a posteriori que tout ce temps elle avait été en danger, exposée au bon vouloir de Destin. Elle prit donc le chemin du retour pour venir informer le Conseil de sa découverte.»


J'ai écouté attentivement le Prince me rapporter cette histoire, mais je ne vois toujours pas où il veut en venir ni quel est le rapport avec le Roi.


- Vous m'avez dit qu'elle avait retrouvé la trace du Roi ? Je ne vois vraiment pas...


«J'y viens. Parfois les chemins sont longs et tortueux. Elle avait trouvé la première piste qui nous mènera quelques temps plus tard au sanctuaire de mon père ».
Jeu 6 Jan - 20:38 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
«Kaelia rentrée, elle exposa longuement devant le Conseil tous les détails de sa découverte. Elle fût écoutée avec un grand intérêt jusqu'au bout, même lorsqu'elle eût fini de raconter son aventure et se mit à extrapoler sur les intérêts que notre société aurait à intégrer ce clan. Visiblement les conseillers étaient séduits par son assurance, et elle commençait à gagner leur respect et leur admiration.


Il fut donc décidé d'organiser une visite officielle, en bonne et due forme, conformément à ce qu'elle avait promis à Destin. C'était une aubaine pour tous, qui permettait d'oublier un temps l'asphyxie de la quête du Roi et amenait un nouvel élan dans la construction de notre société nouvelle. Je devais bien évidemment prendre part à la visite, et j'avoue que j'étais assez curieux de découvrir cette ville atypique dans son écrin montagneux et de rencontrer ce personnage si singulier.


Nous prîmes donc la route en un long cortège, composé essentiellement de guerriers, mais parés de telle manière à ne voir qu'une caravane de riches marchands. Notre hôte appréciait le luxe et l'opulence : nous allions lui en mettre plein les yeux. Ma soeur nous guidait; quelques diplomates nous accompagnaient, plus deux membres du conseil.


Nous avions pris soin d'envoyer une estafette pour annoncer notre venue deux semaines à l'avance, et l'accueil qu'on nous réserva fût des plus festifs. Des groupes de villageois et d'enfants nous attendaient bien en avant sur le chemin, et nous escortèrent dans la joie, en chantant, en dansant, au son de leur musique jusqu'aux portes de la ville. Tous s'étaient mis sur leur trente-et-un, et des centaines de banderoles multicolores flottaient haut au-dessus des murs de la cité.


Un émissaire du protocole nous reçu officiellement devant la porte principale, et nous fit franchir symboliquement le seuil de la cité. Puis il nous emmena jusqu'aux marches du palais, le long de l'artère principale. La garde en tenue d'apparat composait une belle haie d'honneur en notre intention. Je remarquais que l'ordre et la discipline leur avait été inculqué, que leur tenue et leurs armes étaient impeccables. Si leurs compétences guerrières étaient à l'image de leur parade, ils n'avaient rien à envier à l'armée officielle et pouvaient s'avérer de très précieux alliés... ou des ennemis redoutables.


En haut des marches, devant la colonnade marquant l'entrée du Palais, Destin nous attendait, flanqué de part et d'autres de gardes personnels . Il trônait fièrement, assis sur un grand siège en bois en velours rouge, dans une tenue mêlant l'or, la fourrure, le feutre, les pierres précieuses, et qui eût pu être grandiose si elle n'avait été aussi exagérée. Je faillis éclater de rire en le voyant, mais je réussis à me contenir.


De part et d'autre des marches, des musiciens soufflèrent dans d'immenses cors. Les sons graves me firent vibrer les entrailles, et ricochèrent en s'amplifiant sur les montagnes environnantes. Nous gravîmes les marches, et il se leva pour nous accueillir dans une gestuelle des plus théâtrale. Un large sourire ouvrait son visage. Il donna une longue accolade à ma soeur, puis me pris par les épaules. Il me regarda dans les yeux intensément pendant plusieurs interminables secondes, puis me serra dans ses bras comme un vieil oncle que je n'aurais pas vu depuis longtemps.


Durant les longues minutes qui suivirent, il s'écouta se gargariser de formules de bienvenue, de politesse, de congratulation, d'honneur qu'il avait à nous recevoir. Il s'affubla d'une multitude de titres et de noms ronflants, se vanta de mérites et de bienfaits, de sa clairvoyance et de sa qualité de guide spirituel et bâtisseur. Nous l'écoutâmes patiemment, ponctuant son monologue de «Ah !» et de «Oh !» de circonstance, de mimiques exprimant tantôt la surprise, tantôt l'amusement, tantôt la crainte... Notre écoute attentive et la crédibilité de nos réactions alimentaient la fougue de son récit.


Lorsque sa bouche fût sèche d'avoir trop parlé, et qu'un serviteur lui apportait un verre d'eau, nous fîmes approcher les présents que nous lui avions amenés : riches draperies et broderies, pierres précieuses, poudre d'or, sculptures et tableaux en tous genre, liqueurs et vins fins... le plaisir et la convoitise de recevoir tous ces gages d'amitié se lisaient clairement dans son regard. Il repartit pour une bonne demi-heure de commentaires sur chaque article et les remerciements qui s'en suivirent. Enfin, tout le protocole de bienvenue achevé, il ordonna qu'on nous conduise à nos appartements pour que nous prenions quelque repos, avant de nous préparer pour la grande réception du soir.


On nous avait alloué une aile entière du Palais, où tous les membres éminents de notre délégation pouvait prendre leurs aises tout en restant groupés, et sous notre propre garde. Cette attention de notre hôte nous mit en confiance : il ne cherchait pas à nous diviser pour mieux nous nuire.


Les appartements étaient fort spacieux et luxueux, et conformes aux descriptions de ma soeur : le bon goût et l'harmonie ne régnaient pas en ces lieux. Tout n'était qu'accumulation et superposition de styles artistiques différents et sans rapport les uns avec les autres. On eût dit le dépôt d'un brocanteur de génie.


Nous passâmes plusieurs heures à nous baigner, à nous relaxer en profitant des soins des masseurs que Destin avait mit à notre disposition. Puis nous enfilâmes nous tenues de gala, et nous nous fîmes conduire dans la salle de réception. Là, la fête n'attendait plus que nous pour commencer. Destin en personne vint nous conduire jusqu'aux places d'honneur, à ses côtés. Lorsque nous fûmes assis, il tapa dans ses mains et la musique s'éleva des flûtes des artistes, les tambourins se mirent à tinter dans la salle et danseurs et danseuses entamèrent leurs virevoltes.


Le repas fût grandiose. Là encore, notre hôte avait à coeur de nous impressionner par la quantité et la qualité des mets qui nous étaient servis, le prestige des vins, les divertissements qui nous étaient proposés. Tout n'était pas raffiné, mais très correct tout de même.


Nous n'abordâmes aucun sujet sérieux au cours du repas, trop occupés à faire honneur à la table et à jouir des spectacles divers. Une fois repus, Destin nous proposa, à ma soeur et moi, de boire un digestif dans un endroit plus calme et intime, et plus propice aux discussions diplomatiques. Nous laissâmes donc nos soldats et nos suivants profiter des réjouissances et se fondre dans la population locale, avec pour consigne d'ouvrir grands les yeux et les oreilles, et nous nous retirèrent dans un petit salon à l'ambiance feutrée.


Le physique de Destin trahissait son goût excessif pour les libations, et cette soirée confirmait son penchant pour la bonne chaire et à l'alcool. Il buvait beaucoup, cela le rendait très disert et lui asséchait le gosier, et pour se désaltérer il buvait à nouveau. Ma soeur et moi portions régulièrement le verre à nos lèvres par politesse, mais pour ne prélever que d'infimes gorgées. Nous souhaitions rester lucides, par sécurité et par clairvoyance pour les négociations.


Tout au long de notre entretien, Destin ne fit pratiquement que monologuer. A aucun moment il ne s'enquit de nos intentions vis-à-vis de sa communauté. Il était persuadé qu'il traitait d'égal à égal, que nous étions là pour lui proposer un partenariat commercial. Nous nous contentions de l'écouter, sans jamais l'interrompre pour le détromper. Puisqu'il se livrait aussi facilement, je voulais voir jusqu'au bout quelle était sa stratégie. En tout cas sa mégalomanie semblait le rendre bien piètre négociateur.




Ce premier soir, nous nous couchâmes avec le sentiment d'avoir affaire à un pantin extravagant qu'il serait facile de manipuler, ou de neutraliser. Nous n'imaginions pas une seconde quel fou dangereux il était.»
Jeu 6 Jan - 20:38 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
«Nous avions prévu de rester deux semaines à Destinée, mais dès le deuxième jour nous savions que le temps serait long.


La ville était somme toute assez petite et compacte, serrée entre ses murailles au Sud, les contreforts rocheux à l'Est et à l'Ouest, et adossée au Nord contre une grande falaise mitée de bâtiments troglodytes que nous ne vîmes que de loin. Nous en fîmes le tour en une journée, et au bout de trois jours nous aurions pu être capables de nous guider dans la ville sans nous perdre.


Je dis aurions pu, car tout au long de nos pérégrinations dans la cité, nous étions escortés de dignitaires du régime qui nous faisaient les honneurs de la visite, de la présentation de tel ou tel personnage, artisan, intellectuel ou berger. Si je trouvais cela normal au début, leur présence systématique lors de nos déplacements commença à m'irriter. Nous n'étions pas libre de nos mouvements, les discussions avec la population locale était toujours orientée et n'avait rien de naturel, les parcours étaient rôdés et évitaient sciemment certains quartiers dont en particulier celui de la falaise.


Les regards de la population avaient changé aussi. De la curiosité, ils étaient passés à des regards méfiants voire même mauvais pour certains, scrutateurs. D'autres paraissaient terrorisés et semblaient implorer de l'aide...


Même lorsque nous étions dans nos appartements, entre nous, nous commencions à nous sentir épiés. Nous nous parlions à voix basse, de peur que des oreilles indiscrètes ne se cachent quelque part dans les murs. Réalité ou paranoïa ? Nous n'eûmes jamais de preuve. Quoiqu'il en soit, l'ambiance s'était considérablement alourdie, et nous nous sentions de plus en plus mal à l'aise dans cette prison dorée.


Ne pouvant supporter plus longtemps cette situation inconfortable, j'en parlais ouvertement à Destin lors de notre entretien privé quotidien :


«Destin, croyez que nous apprécions votre hospitalité et votre empressement à nous rendre tous les honneurs dûs à notre rang. Sachez cependant que nous souhaiterions être traités avec plus de simplicité, afin de nous mieux fondre dans votre ville, de la mieux comprendre ainsi que ses habitants. Nous aimerions également pouvoir accéder à toutes les merveilles que recèlent votre splendide cité. »


Sous une forme diplomatique le message était clair. Comme à son habitude, il me répondit à grands gestes et joua l'offusqué :


«Mais justement Prince, je fais tout pour vous faciliter l'accès au meilleur de notre modeste ville ! Mes hommes vous accompagnent pour vous donner l'essence de ce qu'il y a voir, et il y a tant que nous devons opérer des choix, cruels j'en conviens ! Ils permettent également de vous prémunir de la curiosité et de l'audace de certains de nos garnements ! Oh, non qu'ils soient mauvais ou dangereux, la délinquance n'existe pas à Destinée. Mais ils vous dissiperaient et vous feraient perdre un temps si précieux ! Quand aux quartiers que vous n'avez pu visiter, ils sont hélas en travaux et peuvent être un danger potentiel auquel je ne veux vous exposer sous aucun prétexte. La falaise est particulièrement instable, et nous pleurons encore la mort de deux de nos chers enfants écrasés par la chute d'un bloc... pour des raisons de sécurité le quartier est interdit d'accès tant que les travaux de confortement ne sont pas achevés.»


Il marqua une pause, observant ma réaction, et reprit pour conclure.


«Mais je vous ai entendu, et bien évidemment je ne veux que vous plaire. Si la présence de mes hommes vous contrarie, je leur demanderai de se faire plus discrets».


Habile. Il avait réfuté point par point mes doléances, et le situation ne changerait pas, ou a peine pour l'illusion.


En plus de l'irritation, un sentiment de curiosité teinté de crainte commençait à naître en moi. Ma soeur partageait la même appréhension. Tout portait à croire qu'on nous cachait quelque chose, que Destin, sa ville et ses habitants ne nous montraient pas leur vrai visage. Voulait-il que nous nous sentions suffisamment mal à l'aise pour écourter notre séjour ? Préparait-il quelque chose contre nous ? Etait-il prêt à nous trahir ? Courrions-nous un réel danger ? Nous ne nous sentions pas physiquement menacés, mais il fallait être extrêmement vigilants.


Nous redoublâmes donc d'attention tous azimuts, afin d'énumérer tout ce qui clochait dans cette ville, à commencer par l'activité anormale autour des falaises. Nous repérâmes que trop de citadins se rendaient dans cette zone prétendument dangereuse et en travaux, en particulier des hommes en uniforme bariolé, au crâne rasé pourvu d'une queue de cheval faisant penser à des moines; en tout cas pas des ouvriers. Nuls outils, nuls matériaux ne transitaient. Il se passait là-haut quelque chose d'importance, quelque chose qu'on ne voulait pas nous montrer, et pour lequel Destin nous avait délibérément menti. Il fallait que je sache. Il fallait que je trouve un moyen. Il fallait que je vois par moi-même. Et pour cela, il fallait que je puisse m'éclipser sans donner l'alerte.


La phase numéro un, primordiale, consistait à inventorier tous les systèmes de surveillance qui étaient mis en place autour de nous. Le plus évident était la garde de faction autour de l'aile du palais que nous occupions, et qui gérait nos allées et venues; le plus difficile était de détailler de manière exhaustive tous les moyens furtifs qui étaient employés : caches, passages secrets et appareils géniaux de la technologie naissante... Nous conclûmes qu'il nous serait impossible de tout répertorier avec certitude, et qu'il nous fallait créer une illusion.


Nous élaborâmes donc un plan avec Kaelia, basé sur ma faculté d'ubiquité. C'était risqué, je ne maîtrisais pas encore parfaitement cette compétence et par dessus tout elle me coûtait énormément d'énergie. Je devrais faire vite, afin de ne pas être vidé de mes forces avant mon retour.


Notre plan comportait plusieurs étapes : je devrais simuler une fatigue anormale pendant la journée, allant en s'amplifiant. Le soir, vers la fin du repas, je prétexterais être souffrant pour quitter prématurément les convives et rejoindre nos appartements, pendant que Kaelia et les conseillers iraient seuls dans le petit salon intime pour le rituel du soir et peaufiner les accords commerciaux.
Je créerais ensuite mon double mental, allongé dans le lit, aidé en cela par quelques uns de mes proches pour donner plus de corps à mon illusion. En m'appuyant sur leurs énergies combinées, j'espérais aussi économiser la mienne et m'octroyer plus de temps pour récolter des informations. Puis je sortirai le plus discrètement possible en passant par les toits. Une fois libre, j'irai voir ce qu'il se trame du côté des falaises, puis rentrerait rapidement par le même chemin pour limiter les risques d'être démasqué.


Nous comptions que les gardes me voient passer souffrant et ne pas ressortir, et que les espions de Destin me voient alité. Nous prévîmes d'agir dès le lendemain.»
Jeu 6 Jan - 20:39 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
J'interromps le récit du Prince. Il y a quelque chose que je ne comprends pas.


- Vous dites que votre double est resté dans votre chambre, et que c'est vous qui êtes allé sur le terrain. N'aurait-il pas été plus simple et surtout moins dangereux de faire l'inverse ?


«Si, sans doute. C'est d'ailleurs ce que voulait ma soeur. J'aurai pu glaner des informations et me déplaçant par mon corps astral, mais j'avais une autre idée en tête : j'avais besoin d'une présence physique, forte et imposante, pour procéder au besoin à un interrogatoire musclé. Et pour cela il me fallait une couverture.


Le lendemain nous mîmes donc notre plan en action. Comme convenu je feignis un mal progressif, aidé en cela par quelques plantes bien choisies qui me donnèrent un teint livide et me firent frissonner. Bien évidemment ces effets étaient très temporaires et je reprendrai tous mes moyens pour ma mission commando.


Il fut très difficile de refuser les multiples propositions de Destin de m'envoyer ses meilleurs médecins. J'arguais que le jeûne, le repos devraient suffire à me remettre d'aplomb. Je promis de les consulter le lendemain si il n'y avait pas d'amélioration.


Je pris part au repas par simple politesse, mais ne touchait à aucun plat. Avant la fin je priais mon hôte et mes compagnons de m'excuser, mon état de fatigue ne me permettant pas de rester plus longtemps ni de prendre part au rituel du digestif. Destin insista à nouveau pour m'envoyer un médecin, ce que je refusais encore le plus délicatement possible. Le sommeil serait mon meilleur remède.


Je quittais la salle de réception et regagnais nos appartements, en compagnie de quatre soldats d'élite de ma garde personnelle. Je passais devant les gardes de faction, les saluais et arrivais dans ma chambre. Je me déshabillais, enfilais ma tunique en soie et me mis au lit pour donner le change. J'attendis quelques minutes, avala discrètement un émétique caché dans ma manche et me levais précipitamment vers les latrines pour vomir, sans prendre la peine d'emmener un chandelier avec moi. Je régurgitais bruyamment un peu de bile, n'ayant rien avalé à part quelques tisanes de la journée.


C'est à partir de là qu'il fallait être synchrones et efficaces, et la pénombre jouait en notre faveur.
Au moment ou je rouvrais la porte des toilettes, je projetais mon double dans le couloir. L'énergie de mes hommes lui donna corps immédiatement, et le guida vers le lit après lui avoir fait refermer la porte, ce qu'en réalité je fis moi-même de l'intérieur.


Je me retrouvais donc seul et dans le noir de la petite pièce. Nous l'avions bien inspecté, et elle paraissait sûre une fois enfermé dedans. J'avais pris soin avant de partir d'y dissimuler une tenue en cuir souple et des chaussons légers. Je quittais ma tunique et m'en vêtis.


Le jour précédent, nous avions pris soin, à tour de rôle, de desceller quelques pierre dans le mur du fond, et conformément à nos calculs nous étions tombé sur le réseau de galeries secrètes qui servaient à nous épier.


Je me tire-bouchonnais par l'ouverture étroite et me retrouvait de l'autre coté du mur. Tout allait bien : il n'y avait personne. Au bout de quelques secondes, un de mes hommes vint aux latrines pour se soulager et en profiter pour replacer les pierres. Parfait. Les risques d'être découvert seraient plus minces.


Je me guidais à l'instinct. Le couloir était très étroit, camouflé dans l'épaisseur des murs, où un seul homme pouvait se faufiler. A intervalles irréguliers des poches un peu plus larges devaient servir de zones de planques et d'observation. L'une d'elle éveilla un peu plus ma curiosité : un rat grignotait un quignon de pain frais, et un pot de vin était resté à côté, sans doute oublié par le précédent observateur. Un examen plus poussé me permit de découvrir un petit interstice auquel il suffisait de coller l'oeil pour avoir immédiatement une vue imprenable sur ma chambre. Je souris : je me voyais allongé dans le lit, immobile dans mon sommeil.


Je mourrais de faim; j'attrapais le rat et le bu, comme au temps de ma jeunesse. Je l'avais encore dans la bouche lorsque tous mes sens se mirent en alerte soudainement : un frottement sur le pierre m'indiquait que quelqu'un était tout proche, dans le couloir. Je bondis au plafond et m'arque-boutait entre les deux murs. Heureusement pour moi le plafond était haut.


Apparût alors sous moi un vampire au pas traînant, tenant dans sa main un fromage. Il se saisit du quignon de pain, l'inspecta, et grommela un «saleté de rat», puis croqua les deux à pleines dents. Enfin, il colla la rétine à l'interstice et observa ma chambre.


Mes muscles étaient au supplice. Je pensais ne pas pouvoir tenir très longtemps dans cette position inconfortable. J'avais toujours le rat dans la bouche, et je luttais avec ma langue pour récupérer toutes les gouttes de sang qui perlaient avant qu'elles ne tombent sur mon visiteur. Cette maigre prise n'avait d'ailleurs fait qu'aiguiser un peu plus mon appétit, et l'odeur du fromage et du sang de l'espion commençaient à me rendre fou. Tous ces efforts brouillaient ma concentration et mettaient en péril mon double. J'étais quasiment résolu à me laisser tomber dessus et à m'en repaître, lorsqu'il quitta finalement son poste et repartit par où il était venu. Il reviendrait, plus tard. D'ici là je serai loin.


Je descendis souplement, et massais mes muscles saturés d'acide lactique. Puis j'empruntais avec prudence le même chemin que le vieux vampire, essayant de le suivre à l'oreille tout en gardant une distance raisonnable.


Plusieurs fois il stoppa, observant d'autres points stratégiques, puis il reprenait sa marche à travers le dédale de galeries. Il rebroussa chemin deux fois, revenant vers moi jusqu'à une bifurcation, et je du reculer vivement et en silence pour ne pas être découvert. Ce petit jeu me parût durer une éternité, et j'avais l'impression d'avoir parcouru des kilomètres. J'enrageais, me maudissant d'avoir choisi ce moyen chronophage pour sortir incognito, regrettant de perdre un temps précieux et refoulant les pulsions de lui sauter dessus sauvagement. Je réussis tant bien que mal à prendre mon mal en patience, conscient que sans ce guide je me perdrais dans ce labyrinthe. Enfin, sa tournée d'inspection achevée, il arriva devant une porte en bois qu'il ouvrît.


Elle tourna sur ses gonds sans émettre le moindre son. Tout devait être bien huilé. Puis, tout aussi silencieusement, elle se referma derrière lui.


J'attendis quelques minutes, et m'approchais de la porte. J'espérais qu'elle ne fût pas fermée à clef de l'extérieur. Je ne vis pas de trou par lequel regarder. Je tendis l'oreille, et perçus les bribes d'une conversation lointaine. Deux voix, pas directement derrière la porte, mais dans une pièce adjacente sans doute.


- … spécial à signaler… Prince dort... jouent aux cartes … demain...


«… bien William … disposer... plus tard»


Tout doucement, je levais la clenche de la porte. Celle-ci s'entrebailla sans un bruit».
Jeu 6 Jan - 20:39 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
« Par la fente ainsi créée, je glissais un regard dans une petite pièce qui semblait être une bibliothèque, à en juger par les boiseries remplies de livres qui couvraient entièrement les murs latéraux. Il semblait n'y avoir personne, aussi osais-je pousser un peu plus la porte pour passer la tête.


Il n'y avait effectivement aucune présence. A l'opposé de la pièce, le mur s'ouvrait en un angle de cent trente cinq degrés, et une arcade en pierre donnait sur un autre espace que je ne pouvais distinguer de ma position actuelle. La lueur d'un feu en provenait, éclairant faiblement la bibliothèque, et faisant danser des ombres fantomatiques, folles et démesurées. Parmi elles, une silhouette vampiroïde. A n'en pas douter il y avait quelqu'un dans la pièce contigüe; j'entendais d'ailleurs, en plus du crépitement du bois dans l'âtre, quelques raclements qui trahissait une activité.


Sur la défensive, prêt à bondir, j'avançais à pas de loups en rasant les murs de livres. J'espérais ne pas en bousculer un par mégarde, donnant immédiatement l'alerte. Arrivé près d'une pile en pierre de l'arcade, je m'arrêtais, m'accroupis et risquais un regard au ras-du-sol dans la pièce à côté.


Devant la cheminée, affairé à exciter les braises avec un tisonnier, se tenait un grand vampire émacié aux longs cheveux argentés. Il était seul. Je le voyais de profil, et lui ne semblait pas avoir remarqué ma présence. C'est du moins ce que je croyais jusqu'à ce qu'il s'adresse à moi très clairement :


«Bienvenue Majesté, je vous attendais. Pourriez-vous avoir l'obligeance de refermer la porte secrète avant de me rejoindre ? L'air froid de ses couloirs contrarie mes efforts pour réchauffer cette pièce.»


Aucune menace, aucun danger n'était perceptible dans sa voix. Au contraire, il y avait de la bienveillance, du respect. J'étais pétrifié de stupéfaction. Il me fallut quelques secondes avant de réagir. Machinalement, je lui obéis et allais fermer la porte. Puis toujours abasourdi je revins vers lui, gardant tout de même une certaine distance et me tenant prêt à réagir au moindre signe d'agression.


Deux fauteuils étaient disposés devant la cheminée. Entre les deux, une carafe de sang et deux verres étaient posés sur une table basse. Mon hôte s'assit dans l'un des fauteuils et m'invita d'un geste de la main à en faire autant. Je ne bougeais pas.


«Comme vous voudrez. Croyez que je comprends votre stupéfaction et votre méfiance, mais je ne vous veux aucun mal. Nous avons à parler, et cela risque d'être long. J'ai de nombreuses choses à vous apprendre.»


Je ne bougeais toujours pas. A peine parvins-je à murmurer :


- Qui êtes-vous ?


«Je m'appelle Cyvan, mais ce nom ne vous dira rien. Disons que je suis en quelque sorte les yeux et les oreilles de ce Palais.»


Il se servit un verre de sang qu'il dégustat du bout des lèvres, et se recala au fond de son fauteuil. Le chef des services secrets de Destin, ou quelque chose comme ça. Rester sur le qui-vive.


- Et vous m'attendiez...


«Je vous espérais serait plus exact. Je n'étais pas sûr que vous oseriez tenter une sortie, et je m'apprêtais à vous rendre moi-même une petite visite discrète. J'ai eu tort de douter, je vous prie de m'en excuser.»


- Discrète ? Dois-je comprendre que cet entretien n'a rien d'officiel, et que Destin ne doit pas en être informé ?


Je crus discerner à cet instant un éclat de malice dans ses yeux.


« Je vous conseille à nouveau de vous asseoir. Mon récit risque de durer...»


Je n'en fis rien. Il haussa les épaules, et entama son monologue.


«Je ne m'étendrais pas sur mon histoire personnelle. Cependant il me faut vous livrer un certain nombre d'informations sur mon parcours et celui de Destin pour que vous compreniez bien quelle est ma position aujourd'hui, et si oui ou non vous pouvez me faire confiance.


J'ai toujours été un solitaire. Au temps de la grandeur de notre nation déjà, je ne me mêlais que très rarement aux rassemblements populaires. Tout au plus étais-je en retrait, comme un observateur se tenant au courant de l'actualité politique et économique de ses semblables.


La folie du Roi et l'éclatement de notre société n'a pas arrangé les choses. Cette situation sulfureuse m'a décidé à partir définitivement. J'ai parcouru le monde, vécu de longues périodes d'ermitage, consacrant mon temps à la méditation, à l'étude de la nature, des plantes, délaissant toute forme de vie humanoïde. La connaissance, la purification de l'esprit et du corps, voilà quelle était ma quête. De solitaire j'étais devenu mystique à la limite de l'ascétisme, vivant dans une grotte au fond de la montagne, me nourrissant juste assez pour survivre.


Un jour, alors que je m'étais octroyé une petite chasse pour refaire mes réserves de nourriture avant l'hiver, je découvris au bord d'un chemin de pierre le corps d'un soldat inanimé. Il portait les stigmates d'un combat ultra-violent. Son armure était défoncée et maculée de sang, sa chair meurtrie de profondes plaies et son squelette était émietté de multiples fractures. Miraculeusement il avait survécu jusque là. J'hésitais quant à l'attitude à adopter, puis décidais finalement de lui venir en aide. Il ferait un excellent cobaye pour l'arsenal médical que j'avais élaboré.


Je le recueillis donc, le portait jusqu'à mon antre et l'allongeait sur ma litière de bruyère. Je défis son harnachement, le lavait à l'eau glacée des montagnes puis j'enduisis ses blessures des onguents que j'avais fabriqués et le pensais. A mon grand étonnement il respirait encore, mais ne bougeait toujours pas. Je le couvris de fourrures de bêtes, alimentais le feu près de lui et partit inspecter les lieux où je l'avais trouvé.


En le dévêtant, j'avais reconnu l'armure de la garde royale. Un soldat d'élite en service ne se baladait jamais seul en tenue. Je voulais savoir ce qu'il s'était passé et ce qu'il était advenu de ses compagnons, peut-être même du Roi.J'avais le pressentiment à cet instant qu'un événement majeur venait de se jouer.»


La garde royale... mon père... Un fol espoir naissait en moi. Bouleversé par ces révélations, je me laissais choir dans le fauteuil. Cyvan esquissa un petit sourire avant de reprendre.


«Je retournais donc à l'endroit précis ou j'avais pris le mourant dans mes bras. Je fouillais alentour, en quête d'un indice, mais ne trouvais rien. Je suivis alors les traces sur le chemin qui l'avait mené jusque là, je parcourus plusieurs centaines de mètres, en vain. Ses traces ne menaient à rien, le vent et la pluie qui s'était mis à tomber les effaçaient peu à peu.


Je décidais d'abandonner mes recherches et de revenir aux nouvelles du soldat. Il n'avait pas bougé, et n'était ni plus mort ni plus vivant que je ne l'avais laissé. Je vérifiais ses blessures : mes onguents avaient commencé à agir, arrêtant les saignements et désinfectant ses plaies. Mais il avait perdu beaucoup de sang, et avait cruellement besoin d'une transfusion. C'était extrêmement risqué, mais sa seule chance de survie.


Je bricolais un système rudimentaire pour lui injecter du sang, composé pour l'essentiel de deux os de lapin fins et creux, vidés de leur moelle, en guise d'aiguilles, et d'une veine de sanglier comme tubulure; la gravitation et la puissance de mon coeur serviraient de pompe. Enfin de nous piquais tous deux, et lui octroyais un bon litre mon propre sang.


Le don de vie... cette opération m'avait épuisé, et lui avait immédiatement repris des couleurs. Il avait accepté mon sang, il survivrait. J'étais fier de moi, plus par la prouesse médicale que je venais de réaliser que par l'abnégation dont j'avais fait preuve. Je m'allongeais près de lui, et m'endormis paisiblement.


Ses gémissements me réveillèrent. Plusieurs heures s'étaient écoulées, et mon sang avait réchauffé son organisme et activé son processus de régénération. Pour l'heure il délirait. Il s'agitait dans son sommeil, et émettait des sons dénués de sens. Puis il se calma peu à peu, et des mots commencèrent à se former. Je mangeais un morceau en l'écoutant, espérant apprendre quelque chose sur lui, sur son histoire. Hélas c'était bien trop décousu. Il me faudrait attendre qu'il revienne à lui pour me raconter sa mésaventure.»


- Ce vampire, ce soldat... c'était Destin n'est-ce pas ?


«Oui c'est exact. C'était Destin. C'est du moins comme cela que nous décidâmes de le nommer quant il reprit connaissance. Car il était amnésique, et avait tout oublié de son histoire, jusqu'à son propre nom.»
Jeu 6 Jan - 20:39 (2011)
Ezeckhiel
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 27

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
A bout de forces, je m'effondre au sol. Ce combat m'a permis de découvrir mes limites: j'ai été largement trop loin, et le combat n'est peut-être pas fini, alors même que je gis au sol, à la limite du coma.
C'est la première fois que je me retrouve dans un état pareil, et je n'y suis pas préparé: lorsque les effets de mes potions s'estompent, la douleur et la fatigue sont nettement moins horribles. Là, j'ai l'impression que l'ont m'arrache chaque morceau de ma peau avec un coupe-ongle. Un onguent, comme celui qui se trouvait dans ma regrettée ceinture, ne serait pas de refus. Et même, accompagné d'un bon petit massage par une petite brune en...Aïe.
Je souffre.


Derrière moi, j'entends les hommes d'Urdaan. Ils me passent devant; certains examinent les corps qui jonchent le sol, vérifient le pouls d'untel, prélèvent de l'ADN d'un autre. Tant bien que mal, je me retourne pour faire face au gros du groupe. Armes aux poings, ils me regardent, avec un mélange de pitié, et d'admiration. Celui qui semble être leur chef s'avance vers moi, calmement, s'accroupit, et me parle tout aussi calmement :


"Ezekiel, c'est bien ça ?"


Dans un murmure, presque honteux d'avoir cru pouvoir leur échapper, je lui réponds, aussi fort que je le peux.


"Ouai...c'est bien ça."


Il me sourit, comme un père sourirait à son fils lorsqu'il gagne un match de baseball.


"Bien joué."


Puis, parlant à ceux de ses hommes qui analysent le champ de bataille derrière moi :


"Combien ?"
"Quarante-sept. Et trois fugitifs."


Il sourit d'autant plus. Se retournant cette fois vers le reste de la troupe, qui me regarde attentivement.


"Quarante-sept. Apportez-lui tout les soins qui lui sont nécessaire. A commencer par un brancard."


Et il ajoute, pour moi :


"Vous m'avez l'air d'un combattant hors-pair. Ca va faire plaisir au Général."
"Urdaan ?"


Presque offensé que je le désigne par son nom, il hoche la tête.


"Vous comptez me renvoyer dans votre cellule misérable ?"
"Aucunement. Le Général veut vous parler. Vous lui ferez forte impression quand il vous entretiendra. Quarante-sept, pour un deux-fois-né, cela relève de l'exploit. Si je peux me permettre, vos capacités sont énormes, et vous seriez un membre très utile dans notre armée. Enfin, vous verrez cela avec lui."


Le peu de paroles que nous avons échangées m'ont épuisé. Son offre me semble trop lointaine pour le moment, et pas assez explicite pour que j'y porte attention.


"J'ai cru comprendre que vous aviez de fortes connaissances en ...sciences, vous sauriez peut-être créer l'une de vos mixtures pour vous soigner, avec l'aide de tous mes soldats ?"


Surpris de cette seconde offre, je ne réfléchis pas plus pour lui répondre :


"J'ai besoin de Cerfeuil, de Menthe poivrée, de Sauge, d'Orties, de Marjolaine et de..."


Je marque une pause, pendant laquelle une douleur intense m'arrache l'estomac. Derrière moi, l'un de ses soldats annonce à mon interlocuteur:


"Monsieur, il y a une espèce de bunker en ruine, là-bas. Je pense que ça peut valoir le coup d'aller voir. On dirait une vieille bâtisse abandonnée, mais c'est peut-être intéressant..."


Ici ? Une ruine? En plein milieu de la forêt ? Ca me rappelle quelque chose...
Mobilisant mes dernières forces, je lui explique qu'il faut que j'aille voir, que je vienne avec eux.


"Evidemment. On va vous embarquer sur un brancard, et vous donnerez vos ordres à mes hommes afin qu'ils vous préparent votre...enfin, qu'ils vous soignent. Vous y serez à l'abri le temps d'être remis sur pied."


Si mon état me le permettait, je rigolerais de sa maladresse. Mais mes côtes cassées, mon estomac perforé, mon coeur fatigué, mes multiples contusions, mes deux poignets brisés et mes muscles froissés m'en empêchent.
Dommage.


Avec toute la douceur qu'ils peuvent y mettre, deux soldats me placent sur un brancard de fortune, et me soulèvent, attendant les ordres. Tandis que leur supérieur transmet à trois autres la liste que je lui ai dictée, le reste se met en place pour aller visiter le bunker. Quand tout le monde est enfin prêt, nous marchons en direction dudit bunker. Pendant la centaine de mètres que nous parcourons, je sens les regards, plutôt admiratifs, des soldats d'Urdaan. A côté de moi, mon nouvel ami me regarde, inspecte mes blessures, et s'adresse à moi :


"Au fait, mon nom est Ruthwen."


Je hoche la tête, mais ne prends pas la peine de lui répondre: nous sommes arrivés.
Cinq soldats passent devant, munis de torches, tandis que trois autres restent derrière. Moi, mes deux porteurs et Ruthwen restons au milieu, observant les lieux. Nous avançons dans un long couloir, sombre et glacial, pendant quelques minutes, quand des bruits, autres que ceux de nos pas, se font entendre à notre gauche: des sortes de gémissements, de craquements d'os et d'entrechocs de verre. Les premiers soldats éclairent alors une grand pièce, y rentrent, et l'inspectent: de mon brancard, j'arrive à distinguer trois formes humanoïdes sur le sol, qui reculent à la vue de la lumière.


Elles se relèvent, s'écartent des élites, et vont se poser, lentement, difficilement, dans le coin opposé, comme pour fuir notre compagnie. Je devine qu'ils ne sont pas nos alliés: des captifs ou des otages auraient supplié de l'aide.
Leur physique est, vu d'ici, très étrange. Je ne sais si c'est la douleur, le poison qui doit avoir infecté mon sang ou la fièvre, mais il me semble voir que ceux-ci, en plus de ne pas avoir de bras surdimensionné, ce qui n'est pas pour me déplaire, ont un globe en verre, d'une quinzaine de centimètres de hauteur, à la place de la boîte crânienne. Leur cerveau est largement apparent, d'une couleur orangée plutôt inhabituelle et émet une faible lueur phosphorescente qui palpite doucement dans la pénombre.


Les soldats qui ouvrent la marche les interpellent, méfiants :
"Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous faites ici ?"


Soudain, trois de ceux là qui les tenaient en joue se voient projetés au plafond et au mur, et atterrissent assommés. Les deux restant n'hésitent pas à tirer sur nos ennemis, et quelque chose me surprend alors. Les armes, tombées à terre lors du choc entre le plafond et le crâne de mes nouveaux compagnons, commencent à trembler au sol. Comme hantée, manipulée par une entité invisible, l'une d'elle commence à tirer sur les deux autres, en touchant un à la jambe alors que l'autre a à peine le temps de sauter par dessus les tirs pour envoyer un couteau dans le canon de la mitraillette maudite.
Puis, quand celle-ci semble hors-service, les deux élites reprennent les trois humanoïdes en joue.


"EST-CE QUE C'EST VOUS QUI AVEZ FAIT CA ?! RÉPONDEZ! IDENTIFIEZ-VOUS!"


Alors qu'un murmure sort du groupe et qu'une seconde arme s'élève dans les airs, les soldats d'Urdaan ouvrent le feu. Conscients que nos ennemis nous serons plus utiles vivants que morts, ils tirent pour intimider, à quelque centimètres de leurs jambes.


Quelque chose d'étonnant arrive alors: alors que l'arme retombe au sol, un bruit de verre, comme une bouteille qu'on aurait lâché, se fait entendre. Et le bruit d'un corps qui tombe au sol: je crois deviner que l'un de ces êtres vient de mourir d'une explosion de boîte crânienne, projetant des débris de verre et de cervelle un peu partout dans la pièce. Les deux autres ne tardent pas à suivre, et leurs corps tombent, inertes, au sol. Les soldats vérifient qu'ils sont morts, et relèvent leurs coéquipiers, méfiants.


Cette nouvelle espèce, d'après ce que j'en ai vu, me semble plutôt expérimentale. Leur fatigue apparente lors de notre arrivée et l'odeur d'acide pourri qui se dégage de leur sang me conforte dans cette idée: des prototypes, ou quelque chose du genre.


Après avoir réveillé les soldats au sol, nous continuons l'inspection des lieux. Derrière nous, les trois soldats que Ruthwen avait envoyé à la cueillette reviennent, les bras chargés de mes ingrédients. Ils avisent leur supérieur du succès de la mission qu'il leur avait confiée, et m'offrent le Cerfeuil, la Sauge, les Orties et la Marjolaine en bouquets. Je les remercie grandement, et m'interroge sur le manque de Menthe Poivrée. Celle-ci n'étant pas indispensable à la réalisation de ma potion, servant surtout à faire passer le goût à la manière de la lavande contre les maux de tête, je compte les quantités de plantes qu'ils m'ont fournies, tandis que nous continuons à avancer. Au vu de mon état, je ne ferais pas la fine bouche.


Alors qu'ils viennent de finir leur mission des plus passionnantes, leur supérieur leur confie la tâche, peu attrayante, de récupérer les corps des Têtes-de-verre et de les mettre dans de la glace, afin de procéder, plus tard, à une autopsie. Je devine que ces trois-là sont des nouveaux dans la troupe, et qu'ils ont droit au bizutage habituel. De la glace en grande quantité, dans la forêt... Ruthwen ne manque pas d'humour.


Une fois qu'il finit de donner ses ordres, les "bleus" s'exécutent, et notre groupe continue d'explorer le bâtiment.


Au fond du couloir, nous trouvons différentes pièces. Ici, un dortoir, là, ce qui semble être les cuisines, ici encore, les vestiaires et...et là, un lit médical.
Délivrance: c'est l'infirmerie.
A ma demande, nous entrons dans une pièce vétuste, un semblant de laboratoire présentant quelques ballons de verres brisés par ici, un refroidisseur là, et deux ou trois Bécher. Celui qui travaillait ici n'a aucun sens de l'ordre.


Au mur, des étagères remplies de flacons divers: des médicaments, des crèmes, des suppositoires, des substances plus ou moins chimiques... Des yeux, je cherche la couleur caractéristique du chlorate de potassium, élément clé de la recette, et, enfin, j'aperçois sa douce couleur verte, au milieu de composés chimiques dangereusement laissés à l'air libre. Celui ou ceux qui travaillaient ici n'étaient pas non plus très précautionneux.
Faisant appel aux soldats, avec l'autorisation de Ruthwen, je prépare enfin ce qui va me permettre de supporter cette atroce douleur. Au bout d'une dizaine de minutes, ils ont fini.


J'attrape le tube à essai qu'ils me tendent, le renifle, vérifie la préparation, et goûte. C'est atroce, mais c'est ça, ou presque. Ils n'ont pas l'expérience d'un vrai médecin, et n'ont pas su extraire correctement l'huile de sauge, mais je m'en contenterais. Cela me permettra de tenir jusqu'à de véritables soins, là où l'on m'emmène.


Au bout d'une heure d'investigation dans le bunker, nous rentrons, et rejoignons les "bleus" qui, à ma grande surprise, n'ont pas failli : derrière eux, les corps de ce qu'ils nous signalent comme étant des "Connaisseurs". Cette inscription est gravée sur une plaque de laiton scellée dans la nuque des cadavres, avec un numéro d'identification. Cela me conforte dans l'idée de sujets expérimentaux. Ils sont plongés dans des bassines de glace avec, à côté de chaque corps, un sac rempli des débris de verre, triés et rendus à chacun des trois morts.


Cet excès de zèle me fait sourire, maintenant que je le peux. J'aimerai me relever, mais la douleur est encore très présente. Fatigué de mon combat de tout à l'heure, je finis par tomber dans un long sommeil dans ce qui sera, pour les prochaines heures, mon très confortable lit.
Jeu 6 Jan - 20:40 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
«Enfin sa fièvre tomba et il eût quelques fenêtres de conscience. Durant ces cours laps de temps nos échanges se limitaient au strict minimum concernant sa santé. Il s'alimentait un peu, je le soignais, puis il retombait dans une longue phase de profond sommeil .


Il récupérait lentement. Je n'étais qu'un médecin improvisé, et mes potions artisanales ne remplaçaient peut-être pas une médication conventionnelle. Toujours est-il que jour après jour son état s'améliorait et que ses phases de conscience duraient plus longtemps. De fait il retrouvait son appétit et il me fallut chasser plus pour nous nourrir tous deux. Nous étions au sortir d'un automne rigoureux et le gibier venait à manquer. Je dus me mettre à voler dans les fermes isolées, et dès qu'il put je lui procurais également une proie humaine, seule source d'énergie suffisante pour booster son processus de régénération.


A ma grande surprise, il refusa. Il m'expliqua qu'il avait renoncé à se nourrir de sang d'êtres doués de conscience, quitte à mettre plus de temps à se rétablir. De toute façon il n'était pas pressé. Il avait l'éternité devant lui.


Je dus donc moi-même consommer l'humain que j'avais ramené, et je dois avouer que j'y pris un certain plaisir. Ce fût ma première remise en question. Moi l'ermite qui avait fait voeu d'élévation spirituelle, je me délectais en ôtant une vie, alors que lui qui en avait plus que besoin s'y refusait ? Ce fût le début d'un processus intellectuel qui me mena ultérieurement à le suivre dans son entreprise.


Plus je l'observais, et plus j'étais séduit. Je le regardais dormir, et malgré ses blessures cicatrisantes il était empreint d'une sérénité absolue. Il remuait les lèvres parfois, semblant converser avec les êtres peuplant ses songes, et un simple sourire ne quittait jamais son visage.


Nos discussions s'enrichirent et s'allongèrent. De nature méfiant et renfermé, j'étais avec lui dans une confiance qui me permettait de parler librement, de lui raconter mon histoire. Pour la première fois de ma vie j'avais un confident, j'osais parler de choses que jusque là j'avais tues et verrouillées au fond de moi. J'avais un peu honte, mais je me sentais libéré d'un poids. Le fait qu'il soit amnésique me facilitait la tâche je pense.


Lorsque nous évoquâmes son histoire, il dit simplement qu'il ne se souvenait de rien et que c'était mieux ainsi. Peu importait son nom et qui il avait été avant, soldat comme l'indiquait son armure ou comédien, bon ou mauvais... ce qui comptait désormais c'était l'avenir et ce qu'il avait à accomplir. Car il avait une mission.


Pour décrire les suites de son traumatisme il ne parlait pas de coma, mais de voyage. Il avait quitté son enveloppe, et il avait rencontré un Etre Supérieur qui lui avait parlé longuement, lui montrant les vérités sur notre monde, les erreurs commises et la manière de les corriger, et lui révélant patiemment quel était son destin au milieu de tout cela. Et puisque j'insistais pour lui trouver un nom afin de faciliter nos échanges, il me dit de l'appeler ainsi. Destin. Je ne perçus que plus tard la mégalomanie que cela sous entendait.


Il parlait avec calme et mesure, semblait animé d'une foi inébranlable qui me renvoyait à la figure l'illusion de ces années d'exil. Il m'expliqua en substance la tâche qu'il avait à accomplir : la société vampirique était éparpillée et avait besoin de se reconstruire autour d'un pouvoir fort. Pas un pouvoir monarchique dictatorial et belliqueux comme avant, mais un pouvoir spirituel, respectueux de chacun, respectueux des autres races. Les vampires n'étaient pas des guerriers mais des esthètes, doués d'une sensibilité hors du commun qui leur permettait mieux que quiconque d'apprécier la complexité, la finesse, la beauté des oeuvres Divines. Ils avaient besoin d'un guide pour les mener sur les chemins de la spiritualité, et il serait celui-là. Et ceux qui auraient contribué à rassembler les brebis égarées se verraient récompenser en s'élevant peu à peu vers la déification et la Connaissance Absolue...


Je pensais avoir atteint un certain niveau de conscience et de sérénité dans la méditation, mais tout ceci vola en éclat face à la force de sa certitude absolue. Je compris alors que j'avais faim de croire, une faim vorace qui avait toujours été en moi, enfouie, en sommeil, et venait de se réveiller, me hurlant d'embrasser sa cause aveuglément. Peut-être alors moi aussi pourrais-je accéder à la sérénité, peut-être même pourrais-je rencontrer l'Etre Supérieur qui l'avait visité pour qu'il me révèle mon rôle dans ses plans divins ?


Je m'abandonnais donc corps et âme à la suite de Destin, qui m'accueillit sans effusion. Il savait, puisque cela aussi était écrit. Il devint mon guide, et moi son premier fidèle.


Dès qu'il fût sur pied nous nous mîmes en route. Notre première quête avait pour but de trouver un endroit capable d'accueillir dans un premier temps une petite communauté autarcique, et de répondre dans un second aux besoins d'extension. Nous parcourûmes les montagnes, et jetâmes finalement notre dévolu sur un hameau paysan d'une dizaine de bâtiments en pierre rouge.


Les habitants étaient des éleveurs et des agriculteurs humains. Nous les respections et avions besoin d'eux pour notre communauté. Nous les abordâmes en toute fraternité, leur révélant le plus simplement du monde ce que nous étions. Hélas leur réaction fût à la hauteur de notre naïveté, et mus par une peur humaine ancestrale ils voulurent nous chasser. Nous n'avions donc pas le choix. Nous ne voulions pas les tuer, misant sur le temps et la connaissance pour qu'ils nous acceptent tels que nous sommes et finissent par avoir confiance en nous. Ainsi ils pourraient aussi parler à leurs congénères, les convaincre de ne pas nous craindre, et la partie serait gagnée.


Utilisant notre supériorité physique et psychique, nous les asservîmes. Une fois le rapport de force établi et reconnu, nous étions devenus leurs chefs, comme dans une meute de loup. Nous les traitâmes alors avec un maximum d'égard, de douceur, de paternalisme, afin de remplacer leur crainte par du respect. Nous leur apportâmes de nombreuses innovations technologiques qui transformèrent leur quotidien, leur facilitant la tâcher tant au travail qu'à la maison. Nous tranchions les querelles de voisinage afin qu'aucun ne sorte perdant du différent. Peu à peu ils s'adoucirent, nous acceptèrent pour finir, je crois, par nous aimer.


Destin leur parlait de son ambition pour leur village. Il leur promit que bientôt la civilisation viendrait à eux, que des gens viendraient ici pour les rejoindre, que tous vivraient en harmonie et que eux, les pères et mères fondateurs de cette cité, auraient un rôle central à jouer. Ils seraient traités avec révérence, considérés comme des pionniers. Richesse, grandeur, harmonie, telle était leur destinée, telle était la destinée de cette ville. Telle serait le nom de cette ville.


Son charisme et ses talents d'orateur avaient opéré à merveille. Ils étaient prêts à accueillir à bras ouverts le monde entier. Nous pouvions passer à la seconde étape du plan divin : parcourir les routes en prêchant la bonne parole, et en ramenant dans notre giron de nouveaux adeptes. Notre foi dans la réussite de cette entreprise était inébranlable. Nous partîmes donc, et je mesurais alors la dépendance que nous avions créée chez les villageois à leur détresse de nous voir les abandonner.»


Le Prince interromps son récit alors que quelqu'un frappe à nouveau à la porte.


«Entrez»


La porte s'ouvre sur un Astoban à l'air grave.


- Excusez à nouveau mon intrusion, mais nous venons d'avoir des nouvelles du groupe de poursuite. La fille a réussi à rejoindre une base de ses congénères, et il est tombé dans le piège qu'ils lui tendaient. Notre unité les a rejoins alors que le combat était déjà bien amorcé.


Je blémis. Et si je m'étais trompé sur le jeune vampire ? Si je l'avais envoyé à une mort certaine ? Pas de sentimentalisme. Je suis un soldat. L'instant de vérité.


«Bilan des pertes, commandant ?»


- Deux blessés légers dans nos rangs. Et un plus grave : Ezekiel. Mais d'après le chef du groupe il s'en remettra. Quarante-sept morts, trois en fuite dont la fille chez l'ennemi. Mais... quarante-deux étaient déjà morts ou gisants lorsque notre troupe est intervenue.


Je jubile. Une fois de plus, j'avais vu juste. Je regarde le Prince. Celui-ci m'adresse un petit sourire de connivence. Astoban reste droit, attendant visiblement de passer à la suite.


«Autre chose Commandant?»


Astoban se râcle la gorge. Il hésite, prend un air énigmatique.


- Nos soldats ont fouillé ce qui leur servait de base et ont fait ... une étrange découverte. Trois humanoïdes d'espèce inconnue, à l'apparence et aux capacités psychiques déconcertantes. Ils sont morts également, de manière inexplicable, après avoir causé quelques dégâts.


Un silence s'installe. C'est le Prince qui reprend la parole le premier.


«Donnez ordre de revenir au Q.G., avec des prélèvements effectués sur les spécimens.»


- Notre unité est déjà sur le chemin du retour, Majesté. Ils ramènent avec eux Ezekiel, et les restes complets des humanoïdes pour un examen médical et scientifique approfondi. Ils ne devraient plus tarder maintenant.


«Très bien. Vous pouvez disposer, Commandant.»


Celui-ci nous salue et quitte la pièce. Le Prince émet une pensée à voix haute :


«J'ai hâte de voir de mes propres yeux ces étrangetés.»


Puis il reprend son histoire où il l'avait laissé : le récit de Cyvan concernant la fondation de Destinée.
Jeu 6 Jan - 20:41 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
« Nous avions vidé la première bouteille, Cyvan se leva pour en chercher une nouvelle et recharger le feu. Je ne sais depuis combien de temps je l'écoutais. J'étais captivé par son récit, qu'il livrait d'un ton doux et apaisant. Mais le personnage de Destin qu'il me peignait ne ressemblait pas à celui que je connaissais. Il décrivait un être bon, rêveur et déterminé, habité. Presque un Saint. J'avais vu un personnage exubérant, trop théâtral, à la limite du grotesque et de la folie dont on aurait pu se gausser s'il n'avait ce regard parfois incisif, trahissant la dangerosité et une vive intelligence. J'attendais la suite pour comprendre comment pareil changement avait pu s'opérer. Cyvan but une longue gorgée, s'éclaircit la gorge et reprit son récit :


«Inlassablement nous sillonnâmes les routes à la recherche de nos congénères éparpillés, nous arrêtant aux limites des villes. Nous ne voulions pas y pénétrer, moi par rejet de l'urbanisation, Destin par choix stratégique. Il disait vouloir connaître de manière personnelle chaque vampire, et le convaincre patiemment. Je crois maintenant qu'il avait surtout peur de se heurter à un groupe important, comptant peut-être même un Premier-Né à sa tête, et qui risquait de ruiner ses efforts. En campagne, les groupes étaient petits et les risques plus limités.


Parmi tous les vampires que nous repérâmes, beaucoup étaient des bêtes sanguinaires sans contrôle. Des deux-fois nés créés à la hâte, et qui n'avaient pas bénéficié de l'accompagnement et de l'instruction nécessaire à leur nouvelle vie. Ils avaient subi leur transformation sans rien y comprendre, avaient appris la faim et la chasse au seul instinct. Au lieu d'une évolution subtile et complexe, le passage de l'humain au vampire avait été chez eux une régression vers l'animalité.
Destin les considéraient comme des brebis perdues, et la seule chose que nous pouvions leur offrir était le repos et la paix. Nous tuâmes donc tous ceux que nous ne pouvions pas sauver.


Fort heureusement, quelques uns avaient reçu un minimum d'instruction et pouvaient être remis dans le droit chemin. Ils étaient très méfiants et agressifs, les approcher pour pouvoir leur parler était toujours très délicat. Nous dûmes même en maîtriser certains, les enchaînant pour les obliger à écouter Destin. Mais dès que celui-ci se mettait à leur parler, leur disant qu'il était là pour les sauver, les guider, les protéger d'eux même, ils s'accrochaient à lui avec un abandon, une foi et une fidélité immense. Il leur promettait asile, nourriture physique et spirituelle, connaissance, divertissements et mille autre merveilles; enfin la survie au jour le jour prenait fin, et la perspective d'un lendemain radieux s'ouvrait à eux.


Notre petit groupe s'étoffait peu à peu, et le travail était d'autant plus facile qu'il y avait d'adeptes pour nous épauler, relayer et amplifier les promesses de Destin. Enfin, lorsque notre groupe eût atteint les trente-cinq membres, nous rentrâmes à Destinée.


Les vampires voyaient ce hameau comme leur terre promise, le lieu d'où s'établirait un ordre nouveau, accueillant et lumineux. Destin le leur avait vendu comme tel, ils en seraient avec les humains les fondateurs et ce serait à jamais chez eux, si bien qu'à leur arrivée ils ne firent pas attention aux modestes masures de pierre et de chaume, mais virent d'emblée la cité radieuse qu'ils avaient à bâtir.


Ils furent accueillis par les humains avec un mélange de joie, de respect et de crainte. Un grand banquet avait été préparé pour célébrer ce nouveau départ, et nombre de têtes de bétail étaient prêtes à être sacrifiées pour l'occasion. Mais au grand dam des humains et des vampires, Destin interdit cette manifestation et cloisonna les vampires hors du regard des humains, prétextant un jeûne purificateur nécessaire aux bases d'une cité vierge de toute souillure. Bien qu'accueillie avec quelques grognements, cette décision fût respectée par tous.


En fait, cette décision était extrêmement sage : Destin avaitt averti les vampires que toucher aux humains constituait à présent un crime puni de bannissement ou de mort. Un banquet où le sang des animaux sacrifiés coulait à flot aurait à la fois attisé la folie sanguinaire des vampires, et horrifié les humains devant ce sinistre spectacle, et cela aurait anéanti son projet. Paradoxalement il fallait maintenir au sein de la population des barrières fortes entre communauté vampirique et humaine pour que cela reste viable, et ne surtout pas provoquer la tentation.


Pendant les années qui suivirent, Destin ne quitta plus la cité en construction, et moi rarement. La société nouvelle avait besoin d'une main de fer omniprésente pour être dirigée. Il s'entoura de conseillers qu'il choisit parmi les vampires les plus dévoués et intelligents, et délégua certaines tâches : un Ministre dirigeait les travaux, un autre s'occupait des relations courantes avec les humains, plusieurs sillonnaient encore le pays pour amener de nouveaux adeptes et recruter de la main d'oeuvre humaine. Je restais son bras droit, son éminence grise, agissant toujours en retrait dans son ombre.


Destin quant à lui traçait les grandes lignes de notre société. Il planifiait l'essor de la population, dessinait les plans des quartiers et des bâtiments à construire, rendait la justice dans des affaires épineuses ou trop graves pour être déléguées. Ainsi il trancha quelques incidents, bannit trois vampires qui s'étaient rendus coupables de morsures sur des humains, et en fit exécuter publiquement un autre qui avait tué un enfant. Cela servit d'exemple et dissuada certainement plusieurs tentations.


La ville était continuellement en chantier. Au courage des humains venait se joindre les compétences et la force de nos congénères. Tous travaillaient dans le même sens, dans le même but. Les rues se ramifiaient, les bâtiments poussaient comme des champignons et se remplissaient de population. L'urbanisme était simple, organisé suivant une trame radiocentrée sur le Palais de Destin, et l'architecture était constituée de formes simples rapides à mettre en oeuvre, parant à l'urgence des besoins. Ce n'est que plus tard qu'ils s'enrichirent des ornementations ostentatoires, des couleurs criardes et des dômes d'or.


Au nord la montagne se creusait, modelant peu à peu un réseau de salles formant bientôt un temple troglodyte. C'était le sanctuaire de Destin, son lieu de prêche, son oratoire, son outil de travail. Son chef d'oeuvre. Le années passant, il y consacrait de plus en plus de temps, s'absorbant dans un mysticisme toujours plus profond. Par trois fois il dit avoir rencontré à nouveau notre Dieu, mais bien entendu personne à part lui ne l'avait vu. Et chose très étrange, plus il passait de temps à méditer, et plus il s'éloignait de ses idéaux de départ.


Il promettait toujours la force et la connaissance, rappelant qu'il n'était qu'un prophète et que leur vrai guide, leur Dieu viendrait les chercher pour les conduire sur le chemin de la Félicité, eux les élus, eux les vertueux, les sachants, les éclairés, et que ce jour était proche. Mais ce jour ne venait pas, leur Dieu ne venait pas, et le doute commença à s'insinuer dans le coeur des vampires. De plus, les tentations de pêché de chair n'avaient pas disparues, elles n'étaient qu'enfouies, dissimulées, et le ralentissement des travaux laissait plus de temps à l'introspection. Ce qui devait arrivait arriva : un groupuscule de vampires se mutina, massacra nombre d'humains et tenta de renverser le pouvoir de Destin.


La réaction de celui-ci fût d'une violence inouïe. Lui d'ordinaire si posé, explosa dans une colère rouge. Je ne l'avais jamais dans cet état. Heureusement les rebelles n'avaient pas réussi à contaminer beaucoup de vampires, et ils furent rapidement arrêtés et exécutés. Destin lui-même conduisit les opérations sur le terrain, et je le vis tuer de ses mains trois d'entre eux. Le pouvoir l'avait empâté, mais il n'avait rien perdu des qualités de tueur qu'il avait du être dans sa vie de soldat d'élite.


Ce jour là et pour la première fois, j'eus peur de lui. Quelque chose entre nous s'était brisé, et je commençais à ne plus voir en lui un guide spirituel mais un dictateur impitoyable. Et par la suite un tyran sanguinaire.»
Jeu 6 Jan - 20:41 (2011)
Saënd
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 04 Jan 2011
Messages: 9

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
PREFACE :


Bonjour cher lecteur, sache que ce livre renferme les bases de l’art de la manipulation des énergies magiques. Tu devras faire preuve de discernement quant à leur utilisation, ce pouvoir comme tout les autres pourra faire aussi bien le mal que le bien même si ses valeurs ne sont pas aussi tranchées que l'on veux bien le croire... mais ce n’est pas le sujet de ce livre.


Tout d’abord sache que les énergies que tu vas manipuler sont de deux sortes :


¤ Celles qui viennent des dieux, en l’occurrence vents solaire et vents lunaires puisque se sont les deux formes qu’ont pris la déesse de la magie et de l’énergie et l’Esprit du chaos


¤ Celles qui émanent de tout les êtres vivants.


Nous ne parlerons pas des différentes façons d’implorer les dieux pour qu’ils accèdent à diverses demandes de votre part. Ceci ne relève pas de la magie, mais de la foi.


Les énergies divines sont déviées par le bouclier terrestre au même titre que les courants magnétiques des vents solaires et renvoyés vers les pôles d’où ils se diffusent à travers le monde selon des courants qui leurs sont propres et qui changent souvent ; c’est d’ailleurs une des missions des Scruteurs d’étudier et de prévoir leurs progressions.
Ces courants sont à la base de l’utilisation de la magie de la lumière et des ténèbres (ne crois pas apprenti que l’une ou l’autre soit bénéfique ou maléfique, seul la façon dont tu utiliseras leur puissance importe.)


L’énergie produite par les différentes espèces vivantes ou animées est plutôt utilisée pour l’eau, le feu, la terre, l’air, et l’énergie. Cependant chacune des deux sources peu être utilisée pour Sculpter n’importe quel élément ou combinaison.


Pour commencer nous allons voir comment percevoir sa propre énergie, puis celle des deux courant divins. Dans ce volume nous n’aborderons pas la Perception de l’énergie des autres.


* Page 5 *


Ce Chapitre sera dédié à apprendre à ressentir son énergie personnelle et celle des dieux.
Premièrement ne partez pas avec des a priori sur la puissance de telle ou telle énergie ou manière de l’utiliser.
Votre premier exercice se pratiquera juste avant de vous endormir.
Vous devrez fermer les yeux et chercher en vous une lueur qui n’émet aucune lumière, un feu qui ne chauffe pas, une eau sèche, une terre gazeuse et un air solide tout cela réuni en une seule et même chose, qui vous sera propre et qui vous représentera intimement.
Sachez que les plus brillants des mages l’on trouvé le soir même ; certains ne l’ont jamais trouvé et ne sont pas même capable d’allumer une chandelle.
Bonne nuit, et bon exercice.


J’essayais d’ouvrir les autres pages du livre mais cela se révéla impossible… apparemment il me fallait passer cette première étape pour progresser…


Trois jours passèrent sans résultat, le quatrième j’entrevis comme une flamme quelques part entre mon plexus et ma tête tout en étant dans ces deux endroits en même temps.


Le lendemain matin je retrouvais Tyalïnn au cuisine, lorsque je lui racontais mon avancement elle lâcha le plat quelle tenait entre ses mains.
-QUOI ? Tu as perçu le feu en trois jours ??? Il m’a fallu une semaine pour percevoir mon premier élément, et je suis l’une des plus précoces !


Le soir venu je retentais l’expérience, cette fois la flamme fût rejointe par un poids énorme et en même temps d’une légèreté surprenante, comme si une énorme vitre qui ne pesait rien m’écrasait, puis le lendemain une lueur semblant illuminer des ténèbres sans fin apparût à son tour, mais ce fût tout, après plusieurs semaines où je ne sentais rien de plus j’en fis part à celle que je connaissais désormais sous le nom de Tyalïnn. Surprise, elle ne put me fournir de réponse.


Le soir j’essayais de rouvrir le livre et tombais sur le chapitre suivant, dans l’introduction il était dit que pour lancer un sort l’esprit devait d’abord donner à l’énergie la forme voulue.


Le premier exemple proposé de tenter d’imaginer une enveloppe faîte avec le feu intérieur. Il y était préconisé de se plonger dans l’état où il nous était possible de voir nos éléments intérieurs et de prendre le feu pour s’en recouvrir la main. Les yeux ouverts aideraient sans doute à visualiser la « couverture » de flammes froides.


Une fois atteint l’état j’isolais mon feu, ouvrant les yeux je tentais de le voir sur ma main , la recouvrant. Soudain ma main s’illumina de flammes comme si elle brûlait vive, la surprise rompit ma concentration, le livre ne disait pas que ma main allait vraiment prendre feu…juste qu’il fallait que je l’imagine…


Me reconcentrant je réitérais la manœuvre. Ma main fut recouverte d’une couverture de petites flammes. J’arrêtais rapidement de peur d’être remarqué par les autres, et m’endormis le sourire aux lèvres.
Jeu 6 Jan - 20:42 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
"Destin prit une série de mesures drastiques pour prévenir toute nouvelle tentative de putsch. Il s'entoura d'une garde militaire et d'une milice qu'il forma lui-même. Il se rappelait très bien des techniques martiales pointues, et je vins aussi à douter de son amnésie. Il cantonna les communautés dans des quartiers distincts, en réglementa les accès et décréta le couvre-feu. Les humains qui n'avaient pas encore fui la cité furent rassurés, mais les vampires n'appréciaient que peu d'être ainsi traités. Alors, pour les calmer et assouvir leurs instincts primitifs, il organisa mensuellement des orgies sanglantes.


Les humains de Destinée étaient protégés, car ils étaient intégrés et utiles à l'organisation de la société nouvelle. Il faisait venir des groupes de l'extérieur, et dans le ventre de la montagne ceux-ci étaient impitoyablement dévorés lors de nouveaux rituels. Je désapprouvais ces méthodes, essayant de montrer à Destin qu'il s'était égaré de son chemin initial. Hélas rien n'y fit, là encore c'est son Dieu qui l'avait guidé et qui était satisfait. A raison il mit en doute ma foi, et commença à se méfier de moi. Il me cantonna au rôle d'intendant du Palais et ne me parla plus des affaires théologiques. Le temple ne m'était pas formellement interdit, mais je n'y étais pas le bienvenu.


Il para ses moines, ainsi que lui-même, d'habits excentriques hautement colorés pour se distinguer des uniformes sobres des soldats. La ville ne grandissait plus, Destin le bâtisseur était devenu Destin le mystique. Destin le gourou. Destin le tyran sanguinaire.


Pourtant, et c'est là que mes doutes commencèrent à s'amplifier, les vampires continuaient à affluer à Destinée, attirés par les promesses des apôtres dépêchés par Destin ou simplement guidés par le bouche à oreille. Où passaient donc ces nouveaux prosélytes ? Je les voyais arriver, rester quelques temps parmi nous, puis disparaître subitement. En fait, j'appris que des mouvements secrets vers les montagnes avaient lieu sans que j'en sois informé, ce qui était un comble vu ma fonction. Je décidais donc de faire la lumière sur cette énigme sans éveiller les soupçons de Destin. Pour la première fois, j'opérais pour mon seul compte. Avec tout mon art de la dissimulation je me rendis au temple et me cachais, attendant l'heure de la grand’ messe du printemps.


Je restais ainsi plusieurs heures, tapi dans une anfractuosité de la roche située en contre-haut de ce qui semblait être une scène. De ma position, je jouissais d'un point de vue exceptionnel sur l'ensemble de la salle. J'espérais que la réciproque ne fut pas exacte, et que le jeu d'ombre et de lumière participerait à mon camouflage. Les années de solitude m'avaient appris la patience et l'immobilité. J'attendais, observant cette salle que je n'avais jamais vu achevée.


Les ouvriers avaient creusé une grotte préexistante qu'ils avaient agrandie par endroits. Un soin particulier avait été apporté pour le portail d'entrée, mais à l'intérieur tout était resté sommaire. Des piliers naturels, résultants de la jonction de stalactites et de stalagmites semblaient soutenir le plafond. De grandes torchères étaient scellées dans la roche ou posées sur des trépieds. Le sol avait été aplani, et l'aménagement était relativement dépouillé d'ornementation, mobilier, statuaire ou idole, mis à part l'autel en dessous de moi, foyer de cette salle à la géométrie elliptique.


La scène en dessous de moi était composée d'une grande estrade en pierre sur laquelle reposait lourdement une sorte d'autel en premier plan, et plus en arrière cinq croix de Saint-André en bois et pourvues de lanières en cuir. A en juger par les traces noirâtres à leurs pieds, j'imaginais aisément quel pouvait être l'usage de tout cela.


J'entendis un frôlement. Un premier groupe de moines entra, et entreprit d'allumer tous les bougeoirs qui baignèrent bientôt la salle d'une lueur orangée et dansante. A mon grand soulagement, une roche saillante en dessous de moi projetait une ombre qui couvrait ma cachette.


Une fois leur mission accomplie, les moines vinrent s'aligner le long de l'estrade et prirent une immobilité minérale. Puis un choeur grave se fit entendre, et une procession pénétra la salle, composée de moines, de simples vampires que je ne connaissais pas tous, dont certains étaient couverts d'une sorte de linceul blanc, et de Destin à leur tête. Celui-ci monta sur l'estrade et s'installa derrière l'autel comme derrière un pupitre, tandis que le reste de la procession emplit le volume de la salle.


Une fois tout le monde à sa place et le silence revenu, Destin entama son prêche d'une voix de Stentor :


«FRERES ! Aujourd'hui est un grand jour ! C'est un jour de fête ! Un jour de joie, et d'allégresse pour tous ! Et pour certains d'entre vous...»


Il laissa planer un silence théâtral, puis reprit d'une voix profonde et grave :


«Pour certain d'entre vous, c'est un jour béni. Par deux fois déjà vous avez connu la naissance. Vous êtes nés humain, puis vous êtes nés à nouveau vampire. Aujourd'hui, vous allez renaître une troisième fois. Plus forts ! Plus rapides ! Plus intelligents ! Plus instinctifs ! Votre évolution vers l'Etre parfait se poursuit ! Vous avez été choisis ! NOTRE MAITRE VOUS A CHOISIS !»


Un brouhaha d'excitation se fit entendre. Destin jubilait. D'un geste apaisant des mains, il demanda le retour au calme.


«Pour tous les autres, j'ai un message du Maître à vous transmettre : gardez la foi, et prenez patience, votre tour viendra. Plus de prières ! Plus de jeûne ! Plus de rédemption ! Vous devez continuer à vous purifier pour pouvoir être choisis à votre tour et recevoir le Don, comme nos Frères aujourd'hui !»


Nouvelle pause, nouveau brouhaha d'approbation.


«Mais pour l'heure place aux réjouissances, célébrons les Elus et communions une dernière fois avec eux dans la liesse et le festin !»


Un cri de joie unanime et assourdissant emplit la caverne, couvrant un temps des cris de terreur étouffés par des baillons. Alors je vis amener des humains se débattant dents et ongles, se tortillant en vain pour essayer d'échapper à leur sort cruel. Ils furent attachés aux grandes croix sur l'estrade, tandis que l'assemblée formait cinq colonnes en file indienne, les vampires en tenue blanche à leur tête. Ce devait être les fameux élus. Un par un, ils défilèrent pour se gorger du sang des humains impuissants, livrés en pâture comme aux temps les plus obscurs de notre race. Dès que l'un d'eux fût entièrement vidé, on le détachait et il était remplacé par un nouvel humain terrorisé, et ce jusqu'à ce que tous les vampires présents furent rassasiés. Destin lui-même participa à l'orgie.


J'étais profondément triste. Ces pratiques déviantes déshonoraient notre race, et jetaient le discrédit sur l'ordre nouveau basé sur des valeurs morales, dont le respect et la cohabitation avec les autres peuples. Elles faisaient voler en éclat les principes fondateurs de la nouvelle société que nous voulions établir à l'origine, Destin et moi.


Une fois le carnage terminé, Destin prit une dernière fois la parole.


«Mes Frères, l'heure est venue d'accompagner les Elus jusqu'à leur nouvelle condition. Formons processions, entourons-les, escortons-les jusqu'au lieu de rencontre avec les Trois-fois nés !»


Alors tous formèrent une longue colonne derrière Destin, la salle se vida progressivement et les lumières furent éteintes.


J'attendis un petit moment, redoutant qu'un officiant ne soit resté pour ranger ou nettoyer, mais n'y tenant plus je sortis de ma cachette et me lançait sur les traces de la procession. Il me fallait voir, il me fallait savoir.


Je repérais le groupe sur un chemin bordant la falaise. Il sortait du village, et remontait sur le plateau au-dessus en faisant un large détour par une plissure du terrain. Je pensais savoir où ils se rendaient, et je connaissais un raccourci. C'était un pari, je pouvais me tromper mais je décidais de le tenter. J'arriverai avant eux, et je risquerai moins d'être repéré.


Par une sente escarpée, tantôt courant, sautant, escaladant, je rejoignis le sommet de la falaise. Puis comme un félin en chasse j'arpentais le plateau, à la recherche du point de rendez-vous. Je n'eus pas à chercher longtemps : bientôt un nuage de poussière m'indiqua un groupe en approche, composé d'individus à cheval, de plusieurs chariots, et d'une diligence. Ils s'arrêtèrent quelques centaines de mètres devant moi.


Avec le plus de précautions possibles, j'approchais encore pour mieux voir qui étaient ces gens. Une sorte de malaise s'empara de moi. Il y avait chez eux quelque chose de profondément mauvais. Des vampires, assurément, mais dotés d'un bras titanesque, difforme. J'avais déjà entendu parlé d'êtres de cette sorte, sans en avoir jamais rencontré. Etaient-ce cela, les Trois-fois nés ?


Quelques instants plus tard, le groupe de Destinée fit son apparition, Destin toujours à leur tête. Alors la porte de la diligence s'ouvrit, et une apparition qui me glaça jusqu'à la moelle en sortit. On eut dit une sorte de fantôme grisâtre, très grand, et une aura malsaine émanait de lui.


Les vampires de Destinée étaient figés dans un mélange de peur et d'admiration. Destin s'approcha, mit un genou à terre et s'adressa à lui. Malheureusement j'étais trop loin et je n'entendis pas ce qu'ils se dirent. Les vampires en livrée blanche furent emmenés et répartis dans les chariots, et le convoi repartit en faisant demi-tour, laissant le groupe de Destinée médusé.


J'attendis encore que ceux-ci se décident à rebrousser chemin, puis je filai par mon raccourci et rentrai chez moi à toute vitesse sans être vu.


J'étais physiquement et nerveusement épuisé, mais ne pouvais dormir, bouleversé par les évènements auxquels j'avais assisté. Mille pensées se bousculaient dans ma tête, j'étais submergé d'émotions et ne parvenais pas à y mettre de l'ordre. Il fallut plusieurs heures au sommeil pour finalement m'emporter.»
Jeu 6 Jan - 20:42 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
«Le feu crépitait doucement dans l'âtre. Cyvan s'était tu, et nous étions tous deux profondément plongés dans nos pensées. Lui devait revivre les moments qu'il m'avait narrés, et moi j'essayais d'anticiper les actes à venir d'un personnage tel que Destin. Le danger qu'il représentait m'éclatait soudain au visage, et j'en arrivais à la conclusion qu'il me fallait agir rapidement, avant qu'il ne soit trop tard.»


Je regarde le Prince changer de visage. A l'évocation de ces souvenirs, la colère remonte en lui et attise son teint et son regard.. J'imagine comme elle devait être intense à l'époque.


«Nous étions en danger, physiquement parlant. J'étais en danger, ma soeur était en danger, toute notre délégation l'était. Je m'en ouvris à Cyvan. Celui-ci confirma mes craintes :


«Rien de précis» me dit-il, «Je n'ai pas entendu comploter contre vous ouvertement, cependant je ne suis plus dans les confidences de Destin. Et j'ai un pressentiment. C'est un mégalomane calculateur, et sous couvert de négociation avec vous je suis persuadé que lui et son Maître vous ont attirés à Destinée pour vous assassiner et prendre votre place.Il attend simplement le bon moment.»


Je jaugeais Cyvan, et le pensais sincère. Je frissonnais. Destin ne me faisait pas peur, j'étais simplement furieux contre lui, prêt à le tuer de mes mains. Mais ce qu'il y avait derrière lui m'inquiétait au plus haut point. L'ombre de cette pseudo divinité représentait une menace réelle pour une société vampirique naissante et fragile. Il me fallait savoir quelle était l'ampleur du mal, et le juguler au plus tôt, avant qu'il ne fasse trop de dégâts.


- Je dois m'entretenir avec ma soeur et mon état major au plus vite. Y'a-t-il d'autres espions autour de nos appartements ?


«Pas que je sache. Je connais tous les corridors secrets de cette aile du Palais, et seuls mes hommes les parcourent. Ils me sont fidèles, et Destin, même s'il se méfie de moi, ne se doute pas que je suis prêt à le trahir. Je vais les poster autour de vous pour empêcher toute intrusion.»


Son regard se fit presque implorant, j'en étais gêné. Il posa une main sur mon bras.


«Prince, la population de Destinée, humains comme vampires, vit sous la terreur. Nombreux sont ceux à s'être rendu-compte qu'il est devenu fou. Seule une minorité de fanatiques est prête à le suivre aveuglément.


J'aime cette ville et son peuple. Mener une guerre ouverte contre elle n'avancerait à rien, elle ferait de nombreuses victimes inutiles de part et d'autre. Croyez les conseils d'un vieux vampire, une frappe chirurgicale devrait suffire. Faites tomber le chef et la population même de cette ville fera le reste. J'ai déjà commencé à tout préparer dans ce sens, je coordonnerai moi-même la révolte.


Je n'ai jamais été un bon sujet de sa Majesté feu votre Père, mais j'ai toujours été loyal à la nation vampire et elle a grandement besoin de vous ici aujourd'hui».


Nous échangeâmes un long regard. Je sondais son âme et il me laissait faire. Il était sincère, profondément réaliste et triste de voir le rêve qu'il avait tenté de construire avec Destin finir ainsi. Mais il n'y avait pas d'autre alternative. Tout était déjà allé trop loin, le point de non-retour avait été franchi depuis longtemps.


Lourdement, sans plus un mot je me levais et regagnais le réseau de galeries secrètes. Cyvan m'accompagna jusqu'au pas de la porte dérobée où m'attendait le vampire que j'avais suivi tout à l'heure.


«Rudy va vous raccompagner. Merci Prince, et bonne chance».


J'emboitais le pas trainant de mon guide qui m'amena sans hésitation devant la pierre descellée. Je l'ôtais et repassais par l'ouverture étroite que Rudy reboucha derrière moi. J'étais à nouveau dans les latrines, mais je n'avais plus besoin de prendre trop de précautions : les espions m'étaient désormais dévoués.


Je regagnais ma chambre et tomba nez-à-nez avec ma soeur. L'expression sur son visage passa de l'inquiétude à la surprise, de la surprise à la colère. Elle mourrait d'envie de m'enguirlander et de me poser mille questions. Je souris et la pris dans mes bras.


«Tu peux parler librement. Les murs n'ont plus d'oreilles»


- Qu'est-ce que tu faisais ? Tu te rends compte du temps que tu es parti ? Ca devait être une simple reconnaissance ! Je me suis inquiétée ! J'étais à deux doigts de venir te chercher !


«Je sais, je suis désolé. Mais ça valait le coup, je t'assure. Réunis les conseillers, nous avons à parler sans attendre. Je vais relever les télépathes, ils doivent être épuisés.»


Nous nous exécutâmes chacun de notre côté. Mon double était toujours dans mon lit, un peu plus flou, un peu moins tangible. Sur le visage des quatre gardes, immobiles, se lisait l'épuisement. Doucement je leur touchais l'épaule et les remerciaient de l'excellent travail qu'ils avaient fourni. Reconnaissants et à bout de force, ils s'endormirent instantanément dans leurs fauteuils.


Quand j'arrivais à la grande table abbatiale du salon, la plupart des conseillers étaient déjà installés, les yeux encore embrumés. Je pris place et attendis patiemment que tous furent présents. Ma soeur accompagnait le dernier.


Je pris la parole et relatais succinctement mon aventure, ma rencontre et mon entretien avec Cyvan.
Tous m'écoutèrent avec une grande attention, le visage grave. Lorsque j'eus terminé mon récit, le silence se fit pesant. Puis un conseiller prit la parole :


«Quel crédit accorder à ce Cyvan ?»


- Il est sincère. Il m'a laissé lire en lui, et j'y ai vu une infinie tristesse, celle d'un homme qui comprend qu'il ne réalisera jamais ses rêves, et qui s'y résout. Il est notre allié, je m'en porte garant.


«Mener une action guerrière contre une armée, si petite soit-elle, nécessite un minimum de préparation et de temps...


- Nous n'avons pas de temps ! Il ne s'agit pas de guerre, il s'agit d'un assassinat ! Nous devons frapper à la tête, directement, furtivement, et sans délai ! Demain il sera peut-être trop tard ! Frappons les premier, par surprise, avant que ne rapplique son Dieu ou je ne sais quoi avec son armée de vampires mutants !


«Mais vous n'y pensez pas !»


Je fusillais l'auteur de cette phrase du regard. Il comprit instantanément qu'il s'était emporté, oubliant qu'il parlait au Prince héritier. Il reprit trois tons plus bas :


«Excusez-moi Majesté. Mais... et la population ? Nous ne sommes qu'une poignée ! Eux sont plusieurs milliers ! Nous ne ferons pas le poids !»


- D'après Cyvan la population nous soutiendra. Agissons, et il mènera lui-même la rebellion contre ce tyran qui les opprime et les terrorise. Leurs soldats sont plus nombreux certes, mais il n'est pas dit que tous soient prêts à soutenir Destin jusqu'au bout. Et nous sommes mieux entraînés et équipés qu'eux. De plus, nous aurons l'avantage de la surprise.


Ma soeur intervint.


«Destin a coupé court aux discussions digestives ce soir, prétextant que nous reprendrions les négociations demain en ta présence. Je crois qu'en réalité il en a profité pour monter au Temple.»


Je réfléchis rapidement. Il pouvait revenir avec son «Dieu» et ses cohortes pour nous massacrer. Il n'y avait plus de temps à perdre.


- Très bien. Neutralisons discrètement les gardes Réunissons les hommes, et allons nous occuper de Destin. Immédiatement.


«Mais Majesté...»


- Sur le champs ! Il ne s'agit pas d'une suggestion, c'est un ordre !
Jeu 6 Jan - 20:43 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
Je regarde le Prince sous un jour nouveau. Astoban avait raison, il n'a plus rien du jeune paltoquet dont j'avais dû étouffer les frasques il y a bien longtemps maintenant. Il a manifestement l'étoffe d'un chef, et je retrouve en lui la détermination de son père. J'éprouve alors une fierté incommensurable, et je comprends à cet instant que je lui suis acquis corps et âme, et que je le suivrai fidèlement au mépris de ma propre vie comme je n'avais pas su le faire avec le Roi.


«Nous allâmes tous nous équiper en silence et dans le noir, et je laissais le chef de ma garde mobiliser nos soldats. De bons soldats, triés sur le volet. Des guerriers d'élite, précis, efficaces, dévoués. Nous vaincrons.


Lorsque ma soeur et moi sortîmes dans la cour, tous étaient déjà prêts et se tenaient en retrait de la cour, à l'abri des regards. Un mouvement rapide me permit de voir que les gardes à l'entrée étaient toujours debout. Je m'inquiétais, puis aperçus deux corps ligotés adossés dans l'ombre. Ils avaient été neutralisés furtivement et dissimulés, tandis que deux de mes soldats avaient revêtu leurs tenues. Parfait.


Je sentis le poids d'un regard posé sur moi, comme une présence insistante. Je scrutais l'ombre de la coursive, et aperçus une silhouette longiligne et solitaire, postée hors de vue de mes hommes. Méfiant je m'approchais, mais je savais déjà à qui j'avais affaire. Cyvan était sorti de son labyrinthe. Il me parla à voix basse, dans un murmure :


- Prince, je vous confirme que le palais est vide. Destin et ses fanatiques sont montés au temple, et d'après mes informations ils vont à nouveau livrer des vampires à leur Dieu ce soir. Il ne reste donc plus que les militaires et les civils en ville. Je m'occupe des civils.


Subtil. Il ne m'avait pas ordonné de me charger des militaires, son silence m'invitait humblement à le faire. J'appréciais son tact.


«Très bien. Merci Cyvan» et il s'évanouit dans l'ombre.


J'allais trouver le capitaine de ma garde, un solide gaillard du nom de Serock, pour lui communiquer mes directives :


«En ordre de marche, derrière-moi. Emmenez les prisonniers» et tandis qu'il s'exécutait je rejoignais ma soeur.


- Et maintenant ? Me demanda-t-elle


«Maintenant, allons prendre le contrôle de cette cité.Première étape : la caserne » et d'un pas décidé je sortis de l'aile du palais où on nous avait confinés, la troupe de vampires d'élite silencieuse sur mes talons.


Nous ne rencontrâmes âme qui vive qu'arrivés devant le bâtiment massif abritant le contingent militaire de Destinée, situé tout près de là. Deux gardes en surveillaient distraitement l'entrée, bavardant à voix basse. Lorsqu'ils nous virent approcher, ils écarquillèrent les yeux. Leur stupeur et leur crainte étaient clairement visibles. Ils se redressèrent vivement pour se donner de la contenance, et barrèrent l'entrée de la cour de leurs hallebardes. De concert, ils poussèrent un «Halte !» auquel ils ne croyaient pas eux-même.


Je fis signe à mes vampires de s'arrêter, et j'avançais de quelques pas dans la direction des gardes.


«Soldats, nous ne vous voulons aucun mal. Allez chercher votre commandant.»


Ils se regardèrent avec inquiétude, hésitants, ne sachant s'ils devaient obéir à mon ordre et quitter leur poste, ou rester là et risquer de se faire malmener. Finalement, l'un deux obtempéra tandis que l'autre restait symboliquement devant l'accès. Il avait du mal à contenir quelques tremblements.


La réaction ne se fit pas attendre. De la caserne monta soudain un tintamarre désordonné, un cliquetis d'armes et d'armures s'entrechoquant. Les soldats se rassemblaient à la hâte dans la cour, paniqués, ne sachant quelle menace inhabituelle les tiraient de leur repos. On eut dit une fourmilière en effervescence.


Apparut alors un petit vampire noueux et surexcité dont la singularité de l'uniforme indiquait qu'il était le commandant. Derrière-lui, serrés les uns contre les autres, ses soldats pointaient vers nous leurs lances effilées et leurs regards affolés. La voilà donc, la grande armée de Destin ? Un ramassis de rats apeurés ? Mis à part pour quelques manoeuvres d'intimidation et d'ordre interne, ils n'avaient jamais du se servir de leurs armes et de leur discipline martiale. Le peu de rudiments qu'ils avaient acquis dans l'art de la guerre volait en éclat devant une fraction de l'armée vampirique immobile.
Pathétique.


D'une voix criarde, le commandant m'interpela :


- Que... qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que vous faites là ? C'est une attaque ? Une rebel...


«JE SUIS LE PRINCE SETHI DE LECIDEA, REGENT ELU PAR LE SENAT VAMPIRIQUE, GENERAL EN CHEF DE L'ARMEE REGULIERE, ET JE VIENS REMETTRE DE L'ORDRE DANS CETTE CITE DECADENTE !»


La puissance de ma voix avait écrasé le commandant en plein élan. Il s'était arrêté net, et s'était recroquevillé sur lui-même en un réflexe défensif, comme un cloporte. Les soldats étaient pétrifiés.


Un geste de la main de ma part, et les deux prisonniers furent amenés devant moi. Ce que j'avais à dire était valable pour eux aussi. J'enchaînais :


«Soldats ! Nous ne sommes pas vos ennemis. Votre chef suprême, a comploté contre moi, et à travers moi contre la société vampirique dans son ensemble. Il s'est rendu coupable de haute trahison, nous sommes venus l'arrêter pour qu'il soit jugé selon les lois de notre peuple.


Nous n'avons rien contre vous, vous n'êtes coupable d'aucun crime ou délit. Il vous avait promis une société nouvelle, cosmopolite, basée sur des valeurs d'ordre et de respect, mais il s'est égaré. Qu'en est-il aujourd'hui ?»


Je marquais une pause. Les regards et les lances n'étaient plus autant pointés vers nous, ils hésitaient, chuchotant les uns avec les autres, échangeant commentaires, doutes, critiques. Je repris :


«Je vous offre tout cela. Nous rejoindre, c'est rejoindre la nation vampirique à laquelle vous appartenez de fait. Pour ceux qui souhaiterons poursuivre une carrière militaire, vous serez formés pour être aux côtés de mes soldats. Pour les autres, vous serez libre de retourner à une vie civile et de choisir le métier qui vous correspond.L'heure est à la décision. »


Le brouhaha s'intensifia, et une houle semblait agiter la masse des soldats pressés les uns contre les autres. Il y eut des éclats de voix, et des rixes éclatèrent. Des épées furent tirées, et le groupe se scinda en deux parties inégales qui se firent front. A mon grand soulagement, les partisans de Destin étaient largement minoritaires. Secoués par le tamis de mon discours, les grains de sable s'étaient séparés d'eux-même. Il me fallait intervenir pour éviter le bain de sang. J'ordonnais à mes soldats de s'interposer. Ils encerclèrent le petit groupe des fidèles à Destin, et les maîtrisèrent non sans esquiver quelques coups d'épée maladroits.


Je baissais la tête vers les deux prisonniers à mes pieds, leur ôtait leur baillon.


«Et vous ? Avez vous fait votre choix ?» demandais-je simplement.


Ils me regardèrent avec anxiété et une certaine reconnaissance, et les deux dire d'une seule voix :


- A vos ordres Majesté !


Je souris imperceptiblement, les libérait de leurs liens et leur indiquait de rejoindre les soldats ayant choisi notre cause. Tout s'était passé dans le calme, rapidement et sans un seul blessé. Parfait. J'étais maintenant face à deux groupes bien distincts.


«Ceux qui préfèrent rester fidèles à Destin vont être conduits dans les geôles. Prenez le temps de réfléchir et de reconsidérer vos positions, afin de prendre une décision bien mûrie et en votre âme et conscience. La nation vampirique vous tendra la main encore une fois, si vous la refusez à nouveau vous serez jugés pour trahison aux côtés de Destin. Quand aux autres, vous faites désormais partie de l'armée vampirique. Allons arrêter Destin : en route pour le temple.».
Jeu 6 Jan - 20:43 (2011)
Alexis le narrateur
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 16

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
"Ces humains m'écoeurent. Leur vue, leur odeur, leur présence m'écoeurent. Tout autant que leur incapacité à m'offrir des résultats. Insectes méprisables..."


Glissant sur le sol, l'ombre de la Momie s'avance, silencieusement, vers le scientifique.


"Où en êtes-vous, professeur ?"


L'humain se retourne, horrifié. Il redoutait ce moment depuis l'arrivée des informations du bunker. Il sait parfaitement ce qu'il risque, et n'a aucune possibilité d'y échapper. Son arrivée annonce sa fin, et il croît même entendre une cloche au loin, comme un glas qui retentit.


"Mo...Monseigneur, j-je..."


"Qu'en est-il de nos prototypes ?


"Les..Les Con...Les Connaisseurs ?"


S'impatientant, l'être décharné hausse le ton.
"Evidemment, misérable Vermine! PARLE!"


"Monseigneur, ils...ne sont p-pas encore t-tout à fait au p-point. Leur globe cr-crânien continue d'exploser au bout de quelques heures, sans raisons apparentes... Alors m-même qu-qu'ils ut-tilisent leurs pouvoirs!"


Calmement, Sa Pourriture s'avance encore un peu plus près du scientifique, l'attrape au col, et lui crache sur le front. Une petite fumerole s'en échappe.


"C'est tout ce que vous méritez. Cela fait maintenant plus de 2Millions qui ne sont TOUJOURS PAS rentabilisés. Et nos réserves de cobayes s'écoulent. Alors vous allez me faire le PLAISIR de TROUVER le PROBLEME."
Il le gifle, puis continue.


"Je suppose que nos premières expériences sur le terrain n'ont pas été concluantes ?"
"N-non, en eff-effet Monsieur... Les prototypes C-1Zx51, dans la Zone 51, Bunker 24-B, ont été...abattus. Ainsi que l'unité qui y résidait..."


La Momie regarde le scientifique, stupéfaite.
"L'unité qui y résidait était une unité d'élite, chargée de protéger la zone. QUI LES A EXTERMINÉ ? PARLE!!"


L'humain, mélangé entre la surprise d'avoir survécu aussi longtemps, et l'horreur en pensant à ce qu'il peut bien advenir de lui, continue.


"D-D'après nos r-renseignements, i-i-il s-s-s'agirait d'une s-seule et même p-personne... T-Trois sold-dats ont r-réussi à lui éch-échapper et s-sont en ce m-moment même en route pour vous faire leur rapport. I-ils ramènent également un o-objet d-d'une "grande valeur", app-partenant à l'Ennemi, u-un certain...Ez-Ezekiel. Qu-Quant aux prototypes, i-ils ont été d-découvert dans le bunker p-par les r-renforts de cet Ennemi, et n-nos caméras camouflées ont r-réussi à filmer la scène, que j'étais en train de visionner, af-afin de comprendre. Je s-savais qu'elle vous intéresserait, c'est pourquoi je vous ai fait cop-copier la vidéo sur ce CD..."
Tremblant, il se retourna vers son bureau, s'essuya le visage discrètement afin d'en retirer la salive, gluante, verdâtre et corrosive de Son Horreur, et attrapa le CD.


"M-Monsieur, je dois aus-si vous avertir qu'ils o-ont...emmené les corps...Les prototy-types C-1Zx51/1 et C-1Zx51/2 sont hors d'état, mais le C1Zx51/3 a continué de survivre plusieurs minutes après l'explosion de son g-globe crânien..."


La Momie le fixe, et réfléchit à la torture qui conviendrait le mieux. Puis, lui arrachant des mains le précieux CD, elle siffle. En quelques secondes, tous les scientifiques de la salle, qui jusque là avaient fait semblant de rester au travail, se figent. Lentement, tous se retournent, honteux.


"Cloporte, déshabille-toi."
"M...Monseigneur..."
Sous le regard insistant de son maître, il s'exécute. Alors qu'il se retrouve en sous-vêtements, Sa Méchanceté l'interrompt.
"Arrêtes. Tous, ici, ne veulent pas subir la vue de ton anatomie informe."


Et, alors que tous regardent, la Momie sort d'une manche en lambeaux ses longs doigts griffus, qu'elle pose sur le torse du scientifique en pleurs.
"Que cela te serve de leçon, être inférieur."


Puis, s'adressant à tous.


"Rapportez-moi, ne serait-ce qu'une fois de plus, la preuve de votre incompétence, et vous subirez un châtiment que vous n'oseriez jamais imaginer. En voici un avant-goût, larves!"
Accompagnant le geste à la parole, elle lacère les tétons du pauvre scientifique, qui hurle de douleur. Son nom, elle le signe à la pointe de ses griffes acérées, d'un M qui veut dire Minable...


"Arrête de pleurer, minable et stupide humain. J'ai une nouvelle opération pour toi, avant que tu ne te remettes au travail sur les Connaisseurs. Un invité de choix candidat pour une greffe de bras, qu'on ne peut faire attendre."
Sous le regard, à la fois honteux et interrogateur du scientifique qui pleure de douleur, Son Horreur reprend :


"Un Premier-Né..."
Jeu 6 Jan - 20:50 (2011)
Urdaan
L'Encre des Rois

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2011
Messages: 34

Message "Le Sang des Rois" : L'histoire Répondre en citant
«Les deux ancien gardes que je venais de libérer, à plus d'un titre, nous ouvrirent le chemin. J'étais persuadé qu'ils deviendraient des soldats zélés à mon service.


Ils nous guidèrent à travers les rues pentues de la cité, vers le lieu de culte creusé dans la falaise. Une atmosphère étrange, cotonneuse, pesait sur ces lieux inhabituellement déserts et silencieux. Tout était immobile, il n'y avait pas même un chat, un rat ou un souffle d'air pour apporter un semblant de vie. Nous avancions dans un décor minéral, pétrifié. On eut dit que le temps retenait son souffle.


Je savais que rien n'est gratuit, que le temps est élastique et qu'en compensation il y aurait fatalement une accélération. Le flux et le reflux. Le calme, avant la tempête.


Mes soldats étaient sensibles à cette ambiance. Ils étaient nerveux, tous leurs sens en alerte maximale. Mais c'était des professionnels et ils maîtrisaient leurs émotions.


Où était passée la population ? Se cachait-elle derrière ces portes closes ? Se préparait-elle depuis ces toits à nous sauter dessus pour nous combattre ? Nous n'étions pas à l'abri d'un trahison, d'un guet-apens orchestré par Destin lui-même, avec la complicité de Cyvan. C'était possible certes, mais je n'y croyais pas vraiment. Toujours est-il que nous avancions très prudemment à travers le réseaux de venelles, scrutant chaque recoin susceptible de dissimuler une menace.


Malgré nos craintes, nous arrivâmes sans encombres en vue du temple. Je fis arrêter ma troupe à l'abri des regards et désignait mon soldat le plus furtif pour une reconnaissance. Silencieux, nous le regardâmes filer vers le temple, utilisant chaque détail de l'architecture et de la nature pour se fondre dans le paysage. Il finit par disparaître de notre vue.


Il revint quelques minutes plus tard nous informer que le temple paraissait vide.


«Allons voir ça de plus près» me glissa ma soeur.


Inutile. Ce ne serait que perte de temps. A l'heure qu'il est, Destin et sa suite doivent être en route pour rejoindre leur Dieu et ses Archanges. S'il y parvient, nous aurons alors un ennemi bien plus puissant à affronter. Trop puissant même. Nous devons impérativement le rattraper au plus tôt. Nous aurons tout le temps pour visiter les curiosités architecturales une fois que nous l'aurons neutralisé.».


Et me retournant vers l'ensemble des soldats :


Destin et ses prêtres se dirigent vers le haut de la falaise. Il faut que l'un de vous nous guide, et rapidement. Nous devons le rattraper avant qu'il n'atteigne le plateau.


«Je connais le chemin».


Le vampire qui avait parlé fit un pas en avant pour se porter à ma connaissance. Je l'examinais : c'était un soldat de Destin repenti, jeune et athlétique.


Très bien, alors en route. Au pas de course.


Nous le suivîmes à travers les dernières ruelles de la cité. L'urgence avait effacé la discrétion. Nous franchîmes une des portes de la ville, et filâmes à travers la campagne, au pied de la falaise. Le sentier se rétrécit, le terrain devient plus accidenté. Le chemin était bien délimité, le passage régulier des processions ayant balayé le sol, poli les pierres et cassé la végétation.


Un peu plus loin, la crête de la falaise s'abaissait et s'ouvrait comme un col en forme de V. Je vis quelques tâches de couleurs vives à mi-pente : c'était eux. Heureusement que leurs tenues étaient nulles en terme de camouflage.


Il fallait faire vite. J'ordonnais d'accélérer la cadence.


Nous parvînmes à notre tour au bas de la pente et entreprîmes l'ascension à grande vitesse. Le groupe de Destin, en une plus lente procession, serpentait d'un bord à l'autre pour ne pas affronter la déclivité de face. Nous apercevant soudain, ils pressèrent le pas pour tenter d'atteindre le sommet avant que nous ne leur tombions dessus. Une course contre la montre s'engagea, qu'il était hors de question que je perde.


J'accomplis les derniers mètres en volant, suivi par mes soldats qui contrôlaient cet art, et fondis littéralement sur l'arrière-garde des moines de Destin. Ils ne présentèrent pas une grande compétence au combat et nous transperçâmes leur ligne facilement, tandis que le reste du groupe, Destin en tête, tentait toujours d'atteindre le plateau et la promesse de renforts salvateurs. A ma grande surprise, je vis ma soeur et quelques soldats postés au-dessus de lui, bloquant son ascension. Elle avait profité d'un instant de stupeur pour contourner tout le monde par le flanc. Belle initiative. J'exultais, et éprouvais une grande fierté à son égard.


Destin se retourna et comprit qu'il était désormais acculé. A la vue de ses anciens soldats qui se battaient maintenant à mes côtés, il eut un rictus de dégout. «Traîtres !» lis-je sur ses lèvres. Il sut qu'il n'avait plus le choix et devait se battre.


Avec l'énergie du désespoir, je le vis se jeter comme un fou sur Kaelia, protégée par ses soldats. Le combat s'engagea, et il faisait preuve d'une rapidité et d'une efficacité stupéfiante pour un vampire ventripotent et rouillé. Je reconnus dans sa façon de se déplacer et de frapper les techniques martiales de la garde personnelle de mon père. Le soldat d'élite dormant en lui s'était réveillé, et les soldats tombaient un à un. Ma soeur était en danger et s'apprêtait à l'affronter seule.


Je poussais un cri de rage :


«Kaelia ! Il est pour moi ! Destin vient te battre, sombre lâche !» et je redoublais de coups pour les rejoindre. Mes sabres décrivaient des arabesques dans l'air, pourfendant un à un les vampires se mettant en travers de mon chemin. Encore onze, et je serai sur eux. Dix, neuf... tiens bon Kaelia... huit, sept, six... je veux tuer Destin personnellement. Cinq... Il me faut apprendre qui est son Dieu, quelle est la menace qu'il fait peser sur mon peuple, et pour cela je dois le vider de son sang et de ses souvenirs. Quatre, trois... les deux derniers furent tués par mes archers.


Je sautais sur les talons de Destin, occupé à croiser le fer avec ma soeur. Elle saignait légèrement d'un bras, il avait réussi à percer sa garde et lui avait porté un coup de taille qui avait déchiré ses vêtements et laissé une estafilade dans sa peau.


Nous étions maintenant à deux contre un, et je dois avouer qu'un instant les talents de Destin au sabre m'impressionnèrent et me firent douter que nous puissions venir à bout de lui. Il paraît et esquivait aisément nos coups, et portait des bottes redoutables d'efficacité. A un contre un, je n'aurais pas donné cher de notre peau. Heureusement ma soeur et moi unissions nos forces, et je connaissais les techniques utilisées par Destin pour les avoir vues répétées maintes fois dans la cour des gardes lors d'interminables séances d'entraînement lorsque j'étais enfant. Cela nous sauva probablement la vie.


Nous nous rendîmes donc coup pour coup pendant un moment. Je risquais quelques coups d'oeil en arrière pour voir où en étaient nos soldats, et sur la crête de la falaise car je redoutais toujours l'arrivée des «Trois-Fois nés» dont m'avait parlé Cyvan. Rassuré, je pouvais me concentrer à nouveau sur Destin.


Peu à peu l'affrontement tourna à notre avantage. Le manque d'exercice et le surpoids de Destin le fatiguaient rapidement, sa respiration se fit haletante, ses coups et parades plus lents, ses épaules se voutèrent. Cette baisse d'énergie provoqua en nous l'effet inverse, je fis glisser ma lame le long de la sienne et d'un coup de poignet la fis claquer sur sa garde. Son sabre s'envola pour aller se planter plus loin dans la terre, tandis que Kaelia s'accrochait à son dos, passant les bras par-dessus ses épaules, enroulant ses jambes autour de ses cuisses pour entraver ses mouvements et le déséquilibrer. Ils tombèrent tous deux en arrière, ma soeur contractant tout ses muscles pour immobiliser Destin, me livrant en offrande sa gorge dénudée.»
Jeu 6 Jan - 20:50 (2011)
Contenu Sponsorisé






Message "Le Sang des Rois" : L'histoire

Aujourd’hui à 08:10 (2018)
Montrer les messages depuis:    
Répondre au sujet    Le Sang des Rois Index du Forum » Le Sang des Rois » Le Sang des Rois Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Aller à la page: <  1, 2, 316, 17, 18, 19  >
Page 17 sur 19

 
Sauter vers: 

Index | Panneau d’administration | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Design by Freestyle XL / Music Lyrics.Traduction par : phpBB-fr.com